Publié dans Erica Falck, Fjallbacka, Le Tailleur de pierre, Passion polar, Patrick Hedstrom, Suède

Passion polar: Le Tailleur de Pierres, Camilla Lackberg.

L’auteur:

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Camilla Lackberg est une romancière suédoisede romans policiers (ente autres) née à Fjallbacka le 30 août 1974. Les romans de la série Erika Falk ont obtenu un succès mondial largement mérité.

Vous trouverez une biographie complète dans la rubrique  » Les Auteurs » de ce blog.

Le roman:

Le Tailleur de pierres a été publié en Suède en 2005 et en France en 2009. L’action se situe en octobre. Pas de préambule, ni de prologue: avec la découverte du cadavre dès la deuxième page, le lecteur est immédiatement plongé dans l’histoire, sous son aspect le plus sordide. La présentation des personnages aura lieu au fur et à mesure du déroulement de l’enquête.                            le-tailleur-de-pierre

Le roman se découpe selon de nombreux allers et retours entre la période actuelle et différents moments du passé, d’abord en 1923, puis en 1928, 1946 et 1954; les différents flash-back racontent l’histoire d’Agnès et d’Anders, le tailleur de pierre, histoire qui se déroule en parallèle de l’intrigue du présent => Il faudra de nombreux chapitres au lecteur pour comprendre quel rapport existe entre les deux, même si, bien sûr, dès le début, il comprend qu’il existe forcément un rapport.

Camilla Lackberg affectionne particulièrement le procédé de flash-back,  très souvent utilisé en littérature. Elle l’avait employé de façon moins systématique dans ses précédents romans. Par exemple, dans La Princesse des Glaces, certains flash-backs autour du meurtre de la victime. Dans Le Prédicateur également . Ces flash-backs étaient néanmoins ancrés dans la narration de l’histoire en cours à laquelle ils étaient directement reliés, même si l’identité des assassins n’était pas dévoilée.
Dans le Tailleur de Pierre, c’est une technique un peu différente qu’emploie l’auteure. En effet, à aucun moment elle ne donne d’indice concret pouvant éclairer le lecteur; ce n’est vraiment qu’à la toute fin du roman que l’on comprend comment et pourquoi ces deux histoires nous sont racontées.

Dans ce roman plus intimiste que les deux précédents, Camilla Lackberg s’attache particulièrement à l’aspect humain des personnages dans un style sobre, donnant peu de descriptions des paysages ou de l’ambiance contrairement à d’autres auteurs scandinaves tels que Ake Edwardson ou Karin Fossum. Car ce qui compte ici, ce sont les pulsions qui motivent les actions de chacun.

Les nombreux passages racontant les péripéties et la vie quotidienne des personnages récurrents, tout comme  celles des personnages propres à cette histoire, les nombreuses scènes de plongée « intimiste » de tel ou tel acteur du drame, bâtissent la trame psychologique sur laquelle s’appuie le récit; car seul le facteur humain, dans ce roman d’enquête, est primordial. Tous ces passages  » annexes » ont pour rôle de disséminer les pièces du puzzle aux quatre coins du roman ce qui contribue à donner une certaine lenteur à l’enquête, retardant délicieusement le moment de vérité, laissant ainsi largement le temps au lecteur de s’interroger: Qui a commis le crime? Comment et pourquoi? Là réside la force de Camilla Lackberg…

Les thèmes:

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mère-enfant

Le thème de prédilection de Camilla Lackberg est, nous l’avons vu dans sa biographie, celui de la maternité, de la relation mère-enfant dans toute sa complexité: ici, la mère sans cœur, la maltraitance des enfants.

Mais elle développe également un autre thème qui revient souvent dans ses romans, tout au moins en filigrane: celui des destins brisés, des vies gâchées. Ainsi que le thème de la dissolution du couple, de la femme battue, de l’adultère, de la trahison…thème illustré par l’histoire d’Anna, sœur d’Erica, qui vit un cauchemar avec Lucas, son mari:  » Elle était pratiquement prisonnière chez elle, avec un Lucas agressif et irrationnel pour geôlier. Il l’avait forcée à démissionner de son mi-temps à la salle des ventes de Stockholm, un travail qu’elle adorait et qui la comblait. Il l’autorisait à sortir uniquement pour faire des courses et aller chercher ou déposer les enfants. »

L’intrigue :

Le roman débute par la découverte du cadavre d’une petite fille par un pêcheur: « La dernière nasse était particulièrement lourde et il cala son pied sur le plat-bord pour la dégager sans se déséquilibrer. Lentement il la sentit céder et il espérait ne pas l’avoir esquintée. Il jeta un coup d’œil par-dessus bord mais ce qu’il vit n’était pas le casier. C’était une main blanche qui fendit la surface agitée de l’eau et sembla montrer le ciel l’espace d’un instant.
Son premier réflexe fut de lâcher la corde et de laisser cette chose disparaître dans les profondeurs (…) » Mais très vite, les enquêteurs découvrent que Sara, 7 ans, a de l’eau savonneuse dans ses poumons, ce qui signifie qu’elle a été tuée avant d’être jetée à l’eau. Mais qui peut être assez pervers pour assassiner une gamine de sept ans ?? Il se trouve que Charlotte, la mère de la petite fille, est la meilleure amie d’Erica, impliquant celle-ci, d’une manière ou d’une autre, à certains aspects de l’enquête.

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Mère et son enfant

Alors qu’Erica vient de mettre leur fille au monde, Patrick va devoir mener l’enquête sur cette sordide affaire de meurtre d’enfant sans son aide car la jeune femme éprouve beaucoup de difficultés à assumer sa nouvelle maternité: les tétées, les pleurs de Maja, les absences de Patrick pris par son enquête. Heureusement, la vie tumultueuse d’Agnès, femme froide et sans scrupule, de son mariage forcé avec Anders, un modeste tailleur de pierre incapable de lui offrir la vie luxueuse à laquelle elle est habituée depuis sa naissance, en passant par son exil en Amérique, jusqu’à son retour en Suède, donne du relief au roman. Avec en fil rouge la question qui revient titiller le lecteur: quel peut bien être le rapport entre cette histoire et l’enquête…Tout s’éclairera quand l’intrigue atteindra son paroxysme, c’est-à-dire presque à la fin, of course !!               tailleur-de-pierre

L’enquête: 

L’enquête met en scène un personnage atteint du rare syndrome d’Asperger, tout comme Lisbeth Salander dans Millenium. Enquête qui, encore une fois, pâtit de la bêtise du policier Ernst Lundgren:  » Ce qu’il maîtrisait le mieux c’était cirer les pompes des uns en bottant le cul aux autres. Il n’avait aucune compétence ni aucune ambition d’effectuer un travail de police dans les règles. » Et lorsque un homme est soupçonné de pédophilie, Lundgren, parce que ce dernier est, comme lui, joueur de poker, ne donne aucune suite alors que cette avancée pourrait être décisive pour l’enquête.

Les personnages: 

  • Patrick Hedström: policier au commissariat de Tanumshede;  compagnon d’Erica et père de leur fille Maja.  » Patrick savait qu’il était sentimental et pathétique. Mais ce n’était qu’aujourd’hui, au cours de cette matinée, qu’il comprenait l’étendue de la responsabilité que lui imposait la naissance de sa fille et l’étendue de l’amour et de la peur qu’elle impliquait. Pendant une seconde, quand il avait vu la fillette noyée allongée immobile telle une statue au fond du bateau, il avait voulu que Maja ne soit jamais née. Car comment faire pour vivre avec le risque de la perdre? « 
  • Erica Falck: biographe, maman d’une petite fille âgée de quelques mois, dont la maternité ne se déroule pas aussi sereinement qu’elle l’aurait souhaité:  » Elle avait potassé bon nombre de livres sur la naissance d’un bébé et la vie de parent, mais rien ne l’avait préparée à la réalité qu’elle rencontrait.(…) Les auteurs parlaient d’hormones du bonheur et ils précisaient qu’on flottait sur un nuage rose quand le bébé était déposé dans vos bras (…) « Des conneries » était l’avis sincère d’Erica au bout de deux mois comme maman. Mensonges, propagande et pures conneries! Jamais, de toute sa vie, elle ne s’était sentie aussi misérable, fatiguée, en colère, frustrée et à cran que depuis l’arrivée de Maja ! »
  • Martin Molin: enquêteur avec Patrick.
  • Annika: standardiste du commissariat où travaille Patrick.
  • Bertil Mellberg: commissaire.  » Il estimait avoir vu de tout durant ses années de service et il se faisait un point d’honneur de rester impassible mais, quand la victime d’un meurtre était un enfant, il lui était impossible de rester de marbre. »
  • Tord Pedersen: médecin légiste.
  • Ernst Lundgren: policier, collègue de Patrick. » Après l’incident de l’été dernier, Patrick estimait même qu’il était carrément dangereux, a cause de sa témérité et de son désir de briller ».
  • Sara: petite fille retrouvée morte dans les eaux du port; fille de Charlotte.  » Elle pouvait être tellement difficile parfois, Sara. Il fallait toujours que ce soit elle qui décide. Tout devait être comme elle voulait, sinon elle boudait ou cassait des choses. Maman se fâchait toujours tout rouge contre Sara quand elle cassait les jouets de Frida. Elle devait rentrer chez elle, puis maman appelait la maman de Sara et elle prenait sa voix énervée. Mais, quand Sara était gentille, Frida l’aimait beaucoup, vraiment, et elle voulait bien jouer avec elle. »
  • Charlotte, maman de Sara, amie d’Erica.
  • Niclas, son mari.
  • Arne, père de Niclas.
  • Asta, mère de Noclas.
  • Lilian, sa mère.                                        le-tailleur-de-pierre-2
  • Stig, mari de Lilian, invalide.
  • Frida, copine de Sara.
  • Veronika, mère de Frida.
  • Kaj Wiberg, voisin de Lilian avec lequel elle ne s’entend pas.
  • Monica, femme de Kaj.
  • Morgan, fils de Kaj.
  • Kristina, mère de Patrick.
  • Anna, soeur d’Erica.
  • Lucas, mari d’Anna.
  • Anders, le tailleur de pierre.  » S’il n’y avait pas eu l’enfant, il aurait tourné les talons et serait parti, mais un vrai homme prenait ses responsabilités quelles que soient les circonstances, il l’avait appris tout petit déjà. C’est pourquoi il resta dans la pièce qui lui paraissait à présent petite et oppressante, et il essaya d’imaginer l’avenir avec une femme qui manifestement le voyait comme un compagnon de vie répugnant. »
  • Agnès, son épouse.  » Elle finirait bien par trouver un moyen de se sortir de ce pétrin, jamais auparavant elle n’avait connu de situation dont elle n’était pas venue à bout, soit par le mensonge, soit en usant de son charme. »

Les lieux: 

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Fjallbacka

Contrairement à l’ensemble de ses collègues, Camilla Lackberg ne donne que peu de détails concernant soit la météo, soit l’ambiance générale. Seule la petite ville de Fjallbacka fait l’objet de quelques descriptions, mais il faut dire que l’essentiel de l’intrigue s’y déroule :  » Erica ne cessa de s’émerveiller du soleil qui changeait si totalement l’environnement quand il faisait son apparition. Durant les intempéries, Fjallbacka était tellement rude, tellement implacable et grise, mais à présent la ville étincelait, adossée au mont Vedde. Plus aucune trace des grosses vagues qui avaient submergé les pontons et causé une inondation temporaire de la place Ingrid Bergman. L’air était limpide maintenant, et l’eau plus calme et lisse que jamais. »

 

Mon avis:                   tailleur-de-pierre-2

Je vais commencer par les quelques réserves que m’inspire ce récit: comme dans le précédent roman, des pistes qui semblaient intéressantes sont très vite refermées par l’auteur sans les exploiter. Je conçois son intention d’égarer le lecteur mais ce procédé doit être, à mon avis, utiliser avec beaucoup de parcimonie afin de ne pas créer une impression d’éparpillement qui serait nuisible, au final, à la cohésion de l’histoire.Je m’étonne également de ne jamais voir Erica ni lire, ni écrire, alors qu’elle est sensée rédiger des biographies d’auteurs; aucune allusion littéraire ne vient émailler le texte.

Cela dit, Le Tailleur de Pierre est un très bon roman qui se lit d’une traite avec beaucoup de plaisir. Camilla Lackberg est tellement douée à décortiquer la famille afin d’en étudier l’amertume, la rancœur, les non-dits qui, peu à peu, empoisonnent la vie de ses membres. Il est difficile de ne pas se laisser entraîner dans l’enquête menée par Patrick et ses collègues, de ne pas leur emboîter le pas. Le lecteur participe à leur travail commun, aux discussions, aux recherches d’indices, s’interroge avec eux sur les tenants et les aboutissants de cette affaire bien complexe.

 

 

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