Publié dans Arthur Conan Doyle, Gyles Brandreth, Irlande, Londres, Oscar Wilde, Passion polar

Passion polar : Oscar Wilde et le jeu de la mort, Gyles Brandreth.

Le roman: et-le-jeu-de-la-mort

Oscar Wilde and the Ring of Death ou Oscar Wilde and a Game Called Murder, paru en Angleterre en 2008, a été publié en français sous le titre de Oscar Wilde et le jeu de la mort  aux éditions 10/18 en 2009, et réédité en 2010 également aux édition 10/18 dans la collection « Grands détectives ».

angleterre-victorienneLe contexte mondain de la fin du 19ème siècle est admirablement reconstitué avec  beaucoup de précision et de brio, ainsi qu’ une savoureuse petite pointe de snobisme qui caractérise si bien notre célèbre héros : « Oscar avait convié l’admirateur marié de Constance, le jeune avoué Edward Heron-Allen. Bosie était accompagné de son frère aîné, lord Drumlanring. C’était à l’époque le jeune homme « qui montait » à Westminster. Il était le protégé de lord Rosebery, ancien et futur ministre des Affaires étrangères. »….. »Je sais que nous ne nous connaissons que depuis une semaine mais nous déjeunons déjà ensemble un lundi. Or, monsieur Hornung, de même qu’une dame ne porte pas ses diamants à la campagne et qu’un gentleman ne met pas de chaussures marron en ville, deux messieurs ne partagent pas un repas le lundi en ville à moins d’envisager de nouer une solide amitié. » ...Le ton est délicieusement donné

 

La Londres victorienne, littéraire et culturelle de la fin du 19ème siècle est admirablement mise en scène. Gyles Brandreth distille les allusions littéraires, les citations d’Oscar, les décors, le snobisme et les mœurs de la bourgeoisie et de l’aristocratie anglaises à des doses homéopathiques, sans en faire trop . Tout est affaire de fin dosage, afin de plonger le lecteur moderne dans cette ambiance si particulière sans toutefois l’étouffer ni le lasser. Le fait est qu’on en redemande !! Pourtant, derrière ce fin vernis de beauté, d’élégance et de manières aristocratiques se devinent de sombres vices et des secrets inavouables que l’on cherche à tout prix à dissimuler.images-5

La fin: petit clin d’œil au Whodunit, notamment à Hercule Poirot, personnage de détective créé par Agatha Christie: Oscar réunit tous les protagonistes de cette histoire afin de leur révéler comment il est parvenu à trouver la vérité.

L’intrigue:londres-2

L’action se situe à Londres, du 1er au 14 mai de l’année 1892. Deux ans après la précédente affaire relatée dans Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles, Robert Sherard reprend sa plume afin de relater les événements qui précédent cette fameuse soirée au club Socrate. Chaque premier dimanche de chaque mois, dans une salle à manger du Cadogan Hôtel ,Oscar retrouve quelques amis afin de combler la sensation d’ennui et de monotonie qui l’étreint par moment. Car c’est un homme qui a besoin de vivre constamment dans une ambiance propre à le stimuler intellectuellement. Les membres habituels du club sont tous des personnalités issues des milieux littéraires ou scientifiques: Bram Stoker; Sir Arthur Conan Doyle; Walter Sickert; Lord Alfred Douglas; Robert Sherard et Oscar lui-même.

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Cadogan Hôtel
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Robert Sherard

Ce soir-là, chacun d’entre eux est venu accompagné d’un ami. En comptant Mr. Byrd, le secrétaire du club, et son invité, l’assemblée se compose de 14 personnes. Après un repas riche en mets délicats et en paroles, Oscar, encore sous l’impression des présages funestes de Mme Robinson, la diseuse de bonne aventure, convie tout ce petit monde à jouer au « Jeu de la mort », jeu qui consiste à écrire sur un morceau de papier le nom de la personne que l’on désirerait voir mourir. Mais ce qui n’était, au départ, qu’un jeu, tourne vite à la tragédie lorsque les deux premières personnes de la liste sont découvertes mortes et que l’on sait que les noms d’Oscar et de sa femme sont en fin de liste. Seul Conan Doyle ne goûte pas du tout ce genre d’amusement; quand on découvre que certains ont désigné des cibles bien réelles, contrairement aux personnages fictifs ou aux métaphore et autre dieu choisis par d’autres, l’ambiance devient lourde.

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Lord Alfred Douglas

Liste des victimes désignées: Miss Elizabeth Scott, ancienne fiancée du révérend George Daubeney, invité de Robert Sherard; Lord Abergordon, parrain de Lord Drumlaring, invité de son frère Alfred Douglas surnommé Bosie; Captain Flynt, perroquet de l’hôtel; Sherlock Holmes; Mr. Bradford Pearse, acteur invité par Walter Sickert; David McMuirtee, boxeur, invité de Mr. Byrd dont le nom a été inscrit sur quatre papiers; le Temps; Eros; une feuille vierge; Oscar Wilde; son épouse Constance.

Quand peu à peu, les personnes de la liste décèdent dans l’ordre où elles ont été désignées, le jeu devient pour le moins macabre.

Les personnages: 

  • Oscar Wilde.
  • Mrs Robinson, diseuse de bonne aventure.
  • Arthur Conan Doyle, écrivain, créateur de Sherlock Holmes, ami d’Oscar. Grand, carré d’épaules, petits yeux perçants.

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    Conan Doyle
  • Willie Hornung, journaliste, ami d’Arthur Conan Doyle.
  • Lord Alfred Douglas, surnommé Bosie, ami d’Oscar. Beau, intelligent, de la répartie mais paresseux.
  • Sybil Queensberry, mère de Bosie.
  • Robert Sherard, écrivain, ami d’Oscar, narrateur, de 7 ansson cadet. Sa mère était la petite-fille du poète Wordworth.
  • David McMuirtee, invité du club Socrate, boxeur, 40 ans, beau, grand, large d’épaules, ancien policier devenu informateur.
  • Archie Gilmour, inspecteur en chef de la police métropolitaine, la Met.

Contexte littéraire et culturel:

Comme dans les précédents romans de cette série, Gyles Brandreth émaille son récit d’allusions littéraires et culturelles propres à Oscar Wilde habilement disséminées afin de recréer le plus exactement possible l’ambiance dans laquelle évoluait le poète dandy ainsi que son extraordinaire érudition .En voici un aperçu:

  • Mickael Field, pseudo d’Edith Cooper et Katherine Bradley, poétesses.
  • Edouard Héron-Allen,homme de loi et écrivain de récits de science-fiction et de fantasy.

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    Edouard Héron-Allen
  • Oscar possède le bureau de Thomas Carlyle, écrivain écossais.
  • Henry Irving, acteur et directeur du Lyceum Théâtre, ami d’Oscar.
  • Mari Lloyd, chanteuse de music-hall.
  • Capitaine Flint, nom du perroquet de Long John Silver dans L’île au Trésor, donné au perroquet de l’hôtel où se réunit le club d’Oscar.
  • Vers célèbre de John Donne, poète et prédicateur anglais du règne de Jacques Ier, considéré comme étant le chef de file de la poésie métaphysique: »Ne demande pas pour qui sonne le glas. »
  • Vers célèbres de Shakespeare: »Rien ne peut sortir de rien » (Le Roi Lear). 

« Amants au lit, c’est presque l’heure des fées » (Songe d’une nuit d’été).

  • Allusion à certains tableaux de Walter Sickert, peintre postimpressionniste anglais.

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    Walter Sickert

Bons mots d’Oscar Wilde: 

« Un gentleman ne tue pas son père le dimanche. »

« Vous êtes assurément trop bien habillé pour qu’on vous confonde avec un gentleman anglais. »

Mon avis:

Ce deuxième opus de la série « Oscar Wilde mène l’enquête » est tout à fait dans la continuité du premier et, à mon sens, un tout petit plus réussie: le charme, le charisme du poète irlandais brillent de tous leurs feux; l’ambiance de la société victorienne admirablement mise en scène; une intrigue solidement bâtie qu tient le lecteur en haleine; images-2des dialogues savoureux; des allusions littéraires et culturelles habilement distillées; sans oublier la noirceur de l’âme humaine qui se devine sous un fragile vernis, peu importe l’origine sociale.

Esprit de Wilde es-tu là? Assurément oui !!

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Un commentaire sur « Passion polar : Oscar Wilde et le jeu de la mort, Gyles Brandreth. »

  1. Voilà un auteur que j’affectionne beaucoup. Quelle belle idée de transformé Oscar Wilde en détective.
    J’ai eu la chance de le rencontrer (Gyles Brandreth, pas Oscar Wilde, )pas si vieille que ça tout de m^me). Et ce monsieur est un homme charmant. Il a tout du parfait gentleman anglais. En plus il est francophile et parle couramment la langue de Molière, ce qui ne gâche rien !

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