Publié dans Edgar Allan Poe, Emile Gaboriau, Policier : histoire du genre, Policier: histoire du genre, roman policier

Histoire du genre: la naissance du roman policier français: Emile Gaboriau.

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Emile Gaboriau

Présentation: 

Emile Gaboriau est une figure du paysage littéraire français du 19 ème siècle, en particulier du roman policier. Admirateur d’Edgar Allan Poe, qui fut sa source d’inspiration, il

commence sa carrière littéraire en 1862, carrière qui lui vaudra d’être considéré comme le fondateur du roman policier français. A travers une galerie de personnages pittoresques, Emile Gaboriau offre un tableau des vices et des passions de son époque.

Biographie: carte_de_la_saintonge-svg

Le 9 novembre 1832, à 10 heures du soir, Marguerite-Stéphanie Magistel, épouse Gaboriau, mettait au monde un garçon que son père, prénommé Charles-Gabriel Emile, alla faire enregistrer à la mairie de Saujon, en Saintonge, ancienne province du royaume de France située sur l’actuel département de la Charente-Maritime ainsi qu’une partie de la Charente, des Deux-Sèvres et de la Vendée, sous les prénoms de Etienne, Emile.

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La Rochelle

La famille ne resta que quelques mois à Saujon car le père, receveur de l’Enregistrement, fut muté d’abord à Saint-Pierre d’Oléron, puis, quatre années plus tard, à La Rochelle, puis à Tarascon-sur-Rhône et enfin à Saumur, en 1844. C’est dans cette ville du Maine-et-Loire qu’Emile, âgé de douze ans, rentre au collège communal en qualité de demi-pensionnaire, en classe de 5e. Le directeur de l’établissement n’est pas satisfait de l’élève Gaboriau qui redoublera en 1847.Malgré tout, Emile achève ses études et, en 1852, devient clerc d’avoué quelques mois avant de s’engager dans l’armée, plus précisément dans la cavalerie, d’où il sera réformé en 185, après un séjour en Afrique.De retour à Paris, il occupe des emplois variés avant de trouver une place dans une maison de roulage de la rue Saint-Martin.

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Rue Saint-Martin

C’est au cours de ces années qu’il s’intéresse de plus près à la littérature et qu’il déclare aux trois amis avec lesquels il partage un modeste garni de la rue de la Harpe, à propos du roman de Flaubert, Madame Bovary, madame-bovaryqui vient d’être publié: »C’est un très beau roman , mais qui ne s’adresse qu’à une seule classe de la société. Le temps n’est pas loin où apparaîtra une nouvelle couche de lecteurs pour lesquels il faudra écrire des romans spéciaux, quelque chose comme de l’Alexandre Dumas et du Frédéric Soulié

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Frédéric Soulié

(romancier, auteur dramatique, critique et journaliste français né en décembre 1800 et mort en septembre 1847, considéré comme l’un des grands feuilletonistes de la Monarchie de Juillet avec Balzac, Dumas et Eugène Sue) rapetissés…Retenez bien ce que je vous dis: le jour où le journal à un sou sera réellement fondé, je gagnerai trente mille par mois. » Nous sommes en 1857.

Carrière littéraire:

En attendant la gloire, il écrit des poèmes, puis devient le secrétaire de Paul Féval qui lui fait découvrir le journalisme. Désormais, il collabore à plusieurs journaux dont Le Journal Illustré, La Lecture, La Vérité pour tous et le Tintamarre pour lesquels il écrit des le-journal-illustrechroniques.Inspiré par l’écrivain breton qu’il considère comme son mentor, il s’essaie à l’écriture.

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Paul Féval

En 1861 et 1862, il publie des recueils humoristiques et quelques ouvrages historiques. Durant cette période, il fréquente assidûment les tribunaux, les prisons ainsi que les morgues afin de chercher des sources d’inspiration. Pourtant, dans le paysage littéraire de l’époque, personne ne le connaît.

En 1863, il remet au journal Le Pays, où il travaille, sous forme de roman-feuilleton, son premier « roman judiciaire » intitulé L’Affaire Lerouge, inspiré d’une affaire criminelle contemporaine.L’ouvrage passe inaperçu jusqu’à ce que Moïse Millaud, un grand de la finance, l’achète afin de le faire paraître dans son journal Le Soleil. Le roman rencontrera enfin le succès . Gaboriau commence alors une brillante carrière de feuilletoniste. Capable de créer une série de personnages dont les vies se mêlent au travers d’une intrigue puissante qui plonge ses racines dans les vices et les passions humaines les plus puissants, c’est en cela qu’Emile Gaboriau fut reconnu par ses pairs comme un grand romancier, même si, aujourd’hui, ses romans sont un peu tombés dans l’oubli.

 

Influences: 

L’influence de Poe est indéniable: méthode d’investigation; déduction logique par l’examen des indices; ainsi dans cet extrait de L’Affaire Lerouge: « C’était à croire qu’une main furieuse avait pris plaisir à tout bouleverser.  Enfin, près de la cheminée, la face dans les cendres, était étendu le cadavre de la veuve Lerouge. Tout un côté de la figure et les cheveux étaient brûlés, et c’était miracle que le feu ne se fût pas communiqué aux vêtements ». A quelques détails près, on se croirait revenu 22 ans en arrière dans l’appartement de l’Espanaye ( Double assassinat dans la rue Morgue).edgar-allan-poe

Pourtant, d’autres ont également imprimé leur empreinte dans l’esprit du jeune Emile, comme Balzac dont il a lu assidûment toute La Comédie Humaine de Balzac, qu’il connaît par cœur. A l’instar de ce dernier, Gaboriau crée de vrais personnages: le père Tabaret, allias Tirauclair, et surtout le fameux Lecoq qui prendra une place de plus en plus prépondérante dans ses romans.

Ente le rigoriste Poe et le bouillonnant remueur d’intrigues qu’était Balzac, entre l’inconditionnel défenseur du texte bref et le monumental empereur du roman ( dixit Robert Deleuse), Gaboriau en réalise la synthèse. Un palier vient d’être franchi: décors et personnages sont plantés. Il ne reste plus qu’à les ajuster.

Style:

Vers la fin des années 1860, le roman-feuilleton tend à être supplanté par les faits divers, des affaires spectaculaires et sanglantes qui font augmenter le tirage des journaux. Ces informations romancées sont perçues comme supérieures au roman parce qu’elles présentent des faits qui se sont réellement déroulés. « L’actualité doublait le feuilleton, plus riche que lui d’un sang véritable et de passions dont les héros figuraient dans Le Bottin Mondain, l’Annuaire des Téléphones ou Plaisirs de Paris« , écrit Claude Aveline dans L’Abonné de la ligne U en 1947.

Le génie de Gaboriau est que ses romans « judiciaires » ressemblent à des faits divers mis en fiction comme le montrent sa tendance au raccourcissement et à la recherche de la vraisemblance qui passe par un refus du merveilleux afin de coller au réel le plus possible. Dans L’Affaire Lerouge, laffaire-lerougel’assassinat de Célestine Lerouge, égorgée dans le quartier de la porte d’Italie, assassinat sur lequel enquêtera l’inspecteur de la Sûreté Tabaret, a pour origine un reportage sur un fait divers réel.

Ainsi, l’oeuvre de Gaboriau diffère du roman-feuilleton. En effet, Lecoq, l’enquêteur du Crime d’Orcival (1868) et de Monsieur Lecoq (1869) n’est plus le héros bienveillant ou maléfique du roman populaire, un surhomme justicier mêlé au drame en lutte avec un adversaire présent; mais un policier lucide, extérieur au drame sur lequel il enquête, lancé sur les traces d’un coupable absent. De même, le criminel n’est plus un ange du mal mais un être humain en chair et en os avec ses contradictions, ses passions et ses faiblesses.

De plus, Gaboriau privilégie l’enquête, le mystère à élucider et non le meurtre en lui-même. Cependant, ses romans conservent des traces de l’esthétique des romans-feuilletons avec ses longueurs obligées, la tradition mélodramatique du flash-back sur le passé des personnages, la pléthore des explications finales qui plombent un peu l’équilibre du récit et le style emphatique propres à l’époque.

Bibliographie: 

  • L’Ancien Figaro : études satiriques tirées du journal Le Figaro, préface et commentaires d’Émile Gaboriau, Paris, Dentu, paru en 1861.
  • Les Cotillons célèbres, Paris, Dentu, paru en 1861.
  • Le Treizième Hussards, Paris, Dentu, poaru en 1861.
  • Mariages d’aventure (comprenant Monsieur J.-D. de Saint-Roch ambassadeur matrimonial et Promesses de mariage), Paris, Dentu, paru en 1862.
  • Les Gens de Bureau, Paris, Dentu, paru en 1862.
  • Les Comédiennes adorées, Paris, Dentu, paru en 1863.
  • L’Affaire Lerouge, Paris, Dentu, paru en 1866.
    Dans un premier temps publié en feuilleton en 1863 dans le journal Le Pays,  puis repris en 1866 par le journal Le Soleil .
  • Le Crime d’Orcival, Paris, Dentu, paru en 1866, réédité au Masque, coll. «Labyrinthes» no 141, 2005le-crime-dorcival
    Puis, paru, comme les romans suivants, dans Le Petit Journal.
  • Le Dossier no 113, Paris, Dentu, paru en 1867, puis réédité au Masque coll. « Labyrinthes » no 113, 2006
  • Les Esclaves de Paris, Paris, Dentu, paru en 1868 en deux vol. Tome 1 Le Chantage, Tome 2 Le Secret des Champdoce, Éditeur L. Boulanger en 1 volume en 1885.
  • Monsieur Lecoq, Paris, Dentu, paru en 1869 en deux vol. Tome 1 L’Enquête, Tome 2 L’Honneur du nom, Éditeur L. Boulanger en 1 volume en 1885.
  • La Vie infernale, Paris, Dentu,paru en 1870 en deux vol. Tome 1 : Pascal et Marguerite, Tome 2 : Lia d’Argelès ; réédition, France, Éditions Pascal Galodé, 2014.
  • La Dégringolade, Paris, Dentu,paru en 1871 en deux vol. Tome 1 Un mystère d’iniquité, Tome 2 Les Maillefert, Éditeur L. Boulanger en 1 volume en 1885.
  • La Clique dorée, Paris, Dentu, paru en 1871.
  • La Corde au Cou, Paris, Dentu, paru en 1873.
  • L’Argent des autres, Paris, Dentu, paru en 1873 en deux vol. Tome 1 Les Hommes de paille, Tome 2 La Pêche en eau trouble, puis réédité au Masque coll. « Labyrinthes » no 180, 2009
  • Le Petit Vieux des Batignolles (nouvelle posthume publiée en un volume avec les cinq autres nouvelles suivantes), Paris, Dentu en 1876, puis réédité au Masque coll. « Labyrinthes» no 168, 2008) :
    • Une disparition
    • Maudite maison
    • Casta vixit
    • La Soutane de Nessus
    • Bonheur passe richesse
  • Le Capitaine Coutanceau, Paris, Dentu, 1878, publication posthume
  • Les Amours d’une empoisonneuse, Paris, Dentu 1881, publication posthume
  • Le Diable de la Bastille, réédition, France, Éditions Pascal Galodé, 2014.
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