Publié dans Angleterre, Italie, Passion thriller

Passion thriller : Le Prix de l’Hérésie, S.J. Parris.

L’auteur: 

S.J. Parris est le pseudonyme de Stéphanie Merritt, journaliste et critique littéraire anglaise née en 1974 dans le Surrey. De 1998 à 2005, elle a travaillé dans l’édition pour The Observer. Elle a collaboré avec un certain nombre de journaux britanniques,

notamment  The Guardian, pour lesquels elle publie régulièrement.L’essentiel de son activité tourne autour de ses romans catalogués thrillers ésotériques, notamment la séries j parris avec Giordano Bruno comme personnage principal, ainsi que ses interventions à la BBC comme interviewer et dans divers festivals littéraires.

Le roman:

Le Prix de l’Hérésie, publié en 2010 sous le titre Heresy, dont la traduction française est parue en 2011, est un thriller ésotérico-historique mettant en scène le moine philosophe italien ayant vécu au 16 ème siècle, Giordano Bruno; en effet, toute l’oeuvre reposant entièrement sur son personnage,  le roman est écrit à la première personne. Etant donné que l’Histoire en a retenu sa fin tragique puisqu’il a été brûlé vif pour hérésie en 1600, et que le présent récit se déroule en Angleterre, le lien avec le contexte religieux de l’époque se fait aisément, notamment avec des mots tels que Inquisition, Catholiques, Protestants…

téléchargement (1).jpgMais qui était réellement Giordano Bruno?https://legereimaginareperegrinareblog.wordpress.com/2018/03/29/complement-denquete-n-3-giordano-bruno-le-moine-philosophe-heretique-ou-visionnaire/#more-13555

Le contexte historique: 

la reconstitution de l’esprit universitaire de l’époque, surtout oxfordien, est très réaliste avec ses controverses entre catholiques et protestants, pendant le règne de la fille d’Anne Boleyn, considérée par une partie des anglais comme une bâtarde.
Extrait page 85 : »C’est une histoire affligeante, docteur Bruno, et source de honte pour le collège. L’ancien sous-recteur, le docteur Allen, a perdu son poste l’année dernière lorsqu’on a découvert qu’il s’était…parjuré en prononçant le serment de fidélité. Apparemment, il était dévoué à l’Eglise romaine. »
En effet, toute l’intrigue tourne autour du contexte des luttes entre les papistes, dont la reine voudrait éradiquer la présence et l’influence dans son royaume, et les protestants, aussi intransigeants et fanatiques les uns que les autres. C’est en cela, à mon sens, que réside le véritable intérêt de ce roman.

inquisition
Inquisition

L’intrigue:

Le Prix de l’Hérésie propose une intrigue assez classique, avec les rebondissements d’usage pour ce genre de thrillers: poursuites nocturnes dans les rues; messages secrets; livres cachés; chambres fouillées; identités usurpées;tortures, etc.

En 1576, Giordano Bruno, âgé de 28 ans, surpris à lire les Paraphrases d’Erasme, ouvrage mis à l’index par l’Eglise alors toute puissante, est contraint, afin d’échapper à l’Inquisition, de fuir son monastère et son pays natal.

En 1583, huit années plus tard, on le retrouve à Londres, devenu espion de sa majesté la reine Elisabeth 1 ère. Il profite du cortège royal pour se rendre à Oxford à la recherche d’un livre perdu du sage égyptien Hermès Trismégiste qui lui permettrait de consolider ses théories quant à l’infini de l’univers. Mais, une fois arrivé sur place, le moine italien se trouve plongé au cœur des conspirations papistes, l’empêchant de mener tranquillement ses recherches. Surtout que dès le lendemain, un crime horrible est commis dans l’enceinte même de l’université. Suivi bientôt par un second meurtre tout aussi épouvantable semant le trouble et le désordre. Giordano Bruno se voit confier l’enquête afin de démasquer le ou les auteurs de ces meurtres commis en prenant pour modèle les martyrs de Saint Ignace et de Saint Sébastien. Mais sa tâche est loin d’être facile…

Les thèmes: 

les thèmes abordés dans ce roman sont aussi variés que la question religieuse et le fanatisme; la cavale d’un moine défroqué poursuivi par l’Inquisition pour avoir étudié, entre autres, les thèses révolutionnaires de Copernic et lu des ouvrages interdits; la condition des femmes de la bourgeoisie et de leur éducation; la vie étriquée au sein de l’université d’Oxford.

Les personnages:giordano-bruno-2

Toute une galerie de personnages impliqués dans cette histoire donne une épaisseur à l’intrigue, je pense notamment au recteur obnubilé par la réputation de son collège; à sa fille Sophia, maintenue dans son rôle de jeune fille à marier mais dont l’esprit vif est sans cesse en recherche de réponses; à Cobbett, le gardien qui, malgré son absence d’éducation et son esprit un peu obtus, est capable de bien plus de bienveillance que ces messieurs de l’université à l’esprit souvent rassis.
Quelques autres portraits un peu tracés à la va-vite manquent de finesse et de subtilité, notamment le trésorier Slythurst, aveuglé par sa haine des étrangers, qui ne parviendra jamais à reconnaître les mérites de Bruno, le palatin Laski, véritable caricature du courtisan stupide et bouffi d’orgueil.

Les lieux et les ambiances:

Les lieux, notamment Divinity School de l’université d’Oxford, au sein de laquelle se déroule l’essentiel de ce roman, est très bien reconstituée; il est aisé pour le lecteur de se retrouver circulant dans ses couloirs obscurs une torche fumante à la main, de pénétrer dans ses pièces spacieuses et mal chauffées, de manger à la table du recteur Underhill, entouré de ses proches et de ses collaborateurs.

L’auteur parvient parfaitement à nous plonger au cœur de l’atmosphère étouffante et périlleuse de cette époque troublée. On ressent la difficulté de se consacrer à sa religion sans encourir les foudres soit de l’Inquisition, soit de la monarchie anglaise. L’intransigeance et le fanatisme religieux ne sont malheureusement pas propres au passé. Et nous, hommes et femmes du 21 ème siècle, comprenons, au regard de certains événements actuels, quelle dut être la souffrance et l’inquiétude permanente dans laquelle vivaient les esprits dits « éclairés » de cette époque.

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Université Oxford

Mon avis: 

Le Prix de l’Hérésie est un thriller bien construit et divertissant, mais qui à mon sens manque un peu de profondeur, notamment le personnage de Bruno qui aurait mérité d’être plus fouillé. On peut regretter, par exemple, que la disputation avec le recteur, raison officielle de sa venue à Oxford, soit à peine ébauchée, car même si cette joute orale n’avait pas de rapport direct avec l’intrigue, elle méritait certainement un meilleur traitement.

Malgré ce bémol, j’ai apprécié la reconstitution historique de l’esprit universitaire et religieux de l’époque dont S. J. Parris a bien montré la mesquinerie, ainsi que celle de l’époque élisabéthaine rarement mise à l’honneur et plutôt mal connue de nos contemporains. Je salue également son audace : bâtir une intrigue policière autour d’un personnage historique tel que Giordano Bruno, moine défroqué et philosophe hermétiste, mettant ses qualités intellectuelles au service d’une enquête policière est certainement un défi complexe pas tout à fait réussi. Gageons que le deuxième opus de cette série comblera ses lacunes.

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