Publié dans Castle Freeman JR, Passion thriller, Viens avec moi

Passion thriller : Viens avec moi, Castle Freeman JR.

L’auteur:castle-freeman-junior

Castle Freeman JR est un romancier américain né le 26 novembre 1944 à San-Antonio dans l’état du Texas. Pendant une trentaine d’années, il a collaboré à l’Almanach du Vieux Fermier; il est également l’auteur de quatre autres romans, de deux recueils de nouvelles, écrits entre 1987 et 2015. Fils d’un officier de l’armée de l’air, il a grandi à Chicago. Il vit à Newfane, petite ville du Vermont, depuis 1975.

san-antonio

Le roman:

Viens avec moi, publié en 2008 aux USA sous le titre Go With Me, est le premier roman de Castel Freeman JR publié en France, en 2016 par les éditions Sonatine. Il a été adapté au cinéma en novembre 2016 par Daniel Alfredson, le réalisateur suédois auteur de la suite de  Millenium. Il s’agit d’un roman noir oscillant entre le polar et le thriller.viens-avec-moi

Le récit court ( 251 pages), qui ressemble à un road trip miniature, se déroule en quelques heures, juste le temps de trouver le fameux Blackway. Pas de prologue, ni d’introduction. Les chapitres s’enchaînent selon deux points de vue: l’action en direct menée par le trio improbable formé de Les, Lillian et le grand Nate; et les conversations qui meublent les journées d’ Alonzo Boot, dit Whizzer, et ses potes qui passent leurs journées à siroter des bières en devisant.

L’atmosphère ressemble à celle d’un western avec des dialogues à phrases courtes, parfois juste un mot ou deux, échangés à bâtons rompus par des personnages hauts en couleur, grâce auxquels le lecteur prend connaissance de bribes de l’histoire de chacun ou de celle du village, juste ce qu’il faut pour comprendre de quoi il retourne. Comme si nous débarquions dans ce coin perdu du Vermont et nous retrouvions avec eux afin de vivre leur quotidien le temps de quelques heures.

L’intrigue:

7 heures du matin. Une femme dort recroquevillée dans sa voiture. Elle attend le shérif. Elle se dit épiée, suivie, harcelée par un homme, Blackway. Le shérif le connaît. Et même très bien. Elle l’accuse d’avoir cassé la lunette arrière de sa voiture et égorgé son chat. Mais en l’absence de preuves, le shérif ne peut rien faire: « Je peux pas l’arrêter à cause de ce qu’il veut faire, dit-il. Ça se passe pas comme ça. C’est pas la loi. » (Page 16). Mais il lui conseille d’aller un certain Whizzer et de lui parler de son problème. Sans doute pourra-t-il l’aider à résoudre son problème, d’une manière ou d’une autre. C’est ainsi que Les et le grand Nate se joignent à Lillian à la recherche de Blackway.vermont-2

Les personnages:

  • Ripley Wingate: shérif.
  • Lillian: jeune femme âgée d’une trentaine d’années; longs cheveux bruns qui lui descendent dans le dos, très mince; forte tête, la langue bien pendue.
  • Alonzo Boot, dit Whizzer: ancien bûcheron; en fauteuil roulant depuis son accident, dix ans plus tôt; célibataire; directeur de la scierie qu’il a héritée de sa famille. « Ils appelaient la machine le Whizzer à cause du bruit qu’elle produisait, et, au bout du compte, le nom du véhicule était devenu celui du véhiculé. » (Page 24).
  • Coop: pote de Whizzer.
  • D.B.: pote de Whizzer.
  • Conrad: pote et beau-frère de Whizzer; intelligent mais ne connaît pas le territoire donc il pose toujours des tas de questions.
  • Le grand Nate: jeune homme qui « travaille » pour Whizzer; grand, les os longs, les poignets épais; n’a peur de rien, à ce qu’il dit.
  • Lester Speed, dit Les: pote de Whizzer, vieux, boiteux mais un dur à cuire.
  • Blackway: ancien adjoint du shérif, devenu le truand local: « C’est un type à qui tu veux pas chercher de noises (…)c’est un sale mec… » (Page 50).

Les lieux:

vermont
Vermont

Les descriptions des lieux et des ambiances constituent le réel intérêt de ce roman. En effet, l’auteur excelle à poser les décors, à restituer l’atmosphère particulière du bled paumé au sein des majestueuses forêts du Vermont, de son état de délabrement et d’abandon: « Le véritable nom du moulin était la Manufacture de chaises de Daed River. Il était situé à la limite du village, au-dessus du ruisseau qui avait jadis fait fonctionner ses batteries successives de machines. Une vieille enseigne en bois au bord de la route indiquait Manufacture de chaises de Dead River en lettre dorées délavées de trente centimètres de haut.(…) Apparemment, on faisait de meilleurs chaises Windsor en Caroline du Nord et à Taïwan que dans le Vermont. Whizzer avait failli mettre la clef sous la porte. Alors il avait vendu autant de machines que possible, et laissé le reste se couvrir de toiles d’araignées et de crottes de chauve-souris. Il avait cependant conservé la scierie, mais l’avait déplacée dans un grand hangar en tôle dans la cour du moulin. » (Pages 22/23)…

« A l’intérieur, le moulin était un long espace rempli d’ombres, faiblement éclairé par des fenêtres crasseuses, où vos pas sur les planches de bois faisaient plus de bruit que vous ne l’auriez voulu. De chaque côté d’une allée centrale, les établis, les tours, les scies à ruban, les dégauchisseuses, les rabots, et le reste du matériel hors d’âge reposaient dans leur poussière, tandis qu’en hauteur, des câbles, des chariots, des courroies et des roues pendouillaient dans la pénombre. » (Pages 26/27)…Les Villes perdues, territoire de Blackway: »Les Villes couvraient un vaste territoire: deux cent cinquante kilomètres carrés de forêts, de ravins, d’étangs peuplés de castors et de petits ruisseaux silencieux qui se faufilaient, invisibles, sous l’enchevêtrement sombre des branches de sapins. Dans toute la zone, il y avait une seule route, pas de village, pas de structure plus grande que des baraques de chasseurs, et encore il n’y en avait pas plus de deux ou trois (…) La forêt verte, ombrageuse, reconquérait rapidement chaque mètre de terrain, hormis aux endroits où les compagnies avaient laissé une marque plus permanente sous forme de résidus de scierie ou de de tas de bois. » (Pages 168/169).images

Sans oublier les ingrédients incontournables de l’Amérique profonde, ses lieux mal famés dans le genre du Fort Bob qui n’était pas « le genre d’endroit où vous vous arrêtiez pour boire un verre en rentrant du boulot. C’était le genre d’endroit où vous vous arrêtiez pour boire de nombreux verres en allant au boulot, jusqu’à ce que vous vous fassiez virer et puissiez passer toute la journée au Fort ». (Page 142).

Le film:

N’ayant pas vu moi-même le film adapté du roman de Castle Freeman JR, voici la fiche signalétique trouvée sur le site « Mondociné »:

Carte d’identité :
Nom : Blackway
Père : Daniel Alfredson
Date de naissance : 2016
Majorité : 07 novembre 2016
Type : Sortie Blu-ray & DVD          viens-avec-moi-film
Nationalité : USA
Taille : 1h30 / Poids : NC
Genre : Thriller

Livret de famille : Julia Stiles, Alexander Ludwig, Anthony Hopkins, Ray Liotta…

Signes particuliers : Un thriller de série B sans envergure, si ce n’est une distribution prestigieuse.

Réalisateur (entre autres) des deux suites de la saga Millenium, le suédois Daniel Alfredson n’a pas vraiment réussi à bien négocier son « après ». Trois longs-métrages depuis et rien de significatif, à l’image de ce Viens avec Moi, thriller américain de série B emmené par Julia Stiles, Anthony Hopkins et Ray Liotta. L’histoire d’une jeune femme de retour dans sa ville natale suite au décès de sa mère, qui va se faire harceler par un truand local craint de tous. Avec l’aide de deux hommes, elle va se lancer à ses trousses afin de régler le problème.

Sur le papier avec son scénario en carton pâte tiré d’un roman de Castle Freeman Jr, Viens avec Moi (Blackway en version originale) aurait pu être un sympathique thriller sans grandes prétentions mais suffisamment divertissant et haletant pour faire la blague un samedi soir de disette. Malheureusement à l’arrivée, le soufflet retombe comme il est monté. Viens avec Moi manque d’à peu près tout pour faire son effet. Reposant sur un script trop convenu et exploitant sans génie son pitch à la crédibilité relative, Viens avec Moi s’essouffle de minute en minute, faute de trop savoir comment mener à bien sa barque chancelante. Sans vraiment s’ennuyer, on traverse cette série B poussive, avec un désintérêt qui ne lui rend pas service, direction un final excessivement prévisible. Rien à signaler.

J’ai comme l’impression que le film est aussi décevant que le roman…Que ceux qui l’ont vu me donnent leur avis…

Mon avis:

Viens vers moi est essentiellement un roman de mots reposant sur la plume de son auteur, un plume certes travaillée et incisive, allant droit au but ( on sent l’influence de sa longue carrière de journaliste), mais qui laisse sur sa faim. L’intrigue, très mince, avec très peu d’action, est plutôt le prétexte à camper une ambiance où tout repose sur les personnages, un rien caricaturaux. Pour finalement déboucher sur un dénouement en partie prévisible, tant les indices disséminés çà et là ne laissent pas de place pour une autre issue.

Son point fort: les dialogues déjantés, jubilatoires, savoureux, preuve de la maîtrise du langage de Castle Freeman JR; un ton noir et très drôle; mais justement, l’omniprésence de l’humour, qui devrait se contenter d’enrichir et non de remplir l’espace, tue le côté noir du roman, laissant l’impression de lire une sorte de farce. J’ai toutefois passé un bon moment qui ne restera pas dans mes annales…

humour-dejante
Humour déjanté

Citation:        

       

« Bonne chance à eux deux. Ils vont en avoir besoin, comme tout le monde. Quant à lui, il avait fait ce qu’il avait à faire, et pour le reste, eh bien, peut-être la prochaine fois. » (Page 233).

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2 commentaires sur « Passion thriller : Viens avec moi, Castle Freeman JR. »

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