Publié dans ADN, Dossiers police scientifique

Dossier n° 5 : L’ ADN…

Je me suis toujours demandé si l’ADN constitue un moyen vraiment fiable pour identifier un criminel. J’ai donc mené une minutieuse enquête afin de répondre au mieux à cette question.

  1. L’ADN préféré des experts:

L’ADN préféré des policiers est celui qui est niché au cœur de nos cellules réparti dans 23 paires de chromosomes et que l’on appelle ADN nucléaire. Dans chaque paire, deux chromosomes quasi identiques: l’un hérité du père ( via le spermatozoïde), et l’autre de la mère ( par son ovule).

L’ADN s’y présente en une double hélice formée de deux longs brins en vis-à-vis appelés chromosomes. Si l’on détorsade la double hélice, elle prend la forme d’une échelle dont les trois milliards de barreaadn-6ux, appelés bases, résultent de l’association deux à deux de motifs chimiques, les quatre lettres du code génétique: A (adénine),T (thymine),G (guanine) et C (cytosine). A ne peut se trouver qu’en face de T, et G à C, paires de bases formant la double hélice. Cela ne varie jamais, ce qui permet aux cellules ( ou aux machines des chercheurs) de faire des copies de l’ADN tout à fait exactes: il suffit de séparer les deux brins puis de suivre la règle pour reconstruire en face le brin complémentaire.

Sur moins de 10% de la longueur totale de notre ADN, les lettres forment des « phrases » que la cellule peut comprendre. Ce sont des gènes : des recettes pour fabriquer les molécules les plus indispensables du vivant, les protéines. Certaines permettent aux réactions chimiques vitales de se produire, d’autres participent au transport du dioxygène, à la fabrication des pigments, etc…Nous avons tous les mêmes gènes aux mêmes endroits, mais parfois dans des versions un peu différentes, raison pour laquelle nous ne sommes pas tous identiques. Seul un petit tronçon de cette spirale contient notre code génétique: les gènes qui nous donnent notre apparence et nos caractéristiques (couleur des yeux, aspect des cheveux, etc).

En plus de cet ADN nucléaire, nos cellules hébergent, dans des structures biologiques indispensables à leur fonctionnement appelées mitochondries, de courts ADN mitochondriaux (ADNmt) qui nous viennent de notre mère, car les mitochondries, livrées avec l’ovule, ne font ensuite que se multiplier à l’identique. Tous les individus d’une même lignée maternelle partagent donc le même ADNmt.

2. A la recherche de l’ADN:

L’ADN fut découvert en 1869 par le chercheur allemand Johann Friedrich Miescher qui travaillait à l’université de Tübigen, auprès de Felix Hoppe-Seyler, chimiste et

johann miescher
Johann Miescher

physiologiste allemand, l’un des fondateurs de la biochimie et précurseur de la biologie moléculaire. Alors que Miescher effectuait des recherches sur les globules blancs, il isola une substance blanche et légèrement acide qu’il appela « nucléine ». Il travailla sur sa découverte jusqu’à sa mort survenue en 1895. Il pensait que les protéines complexes des chromosomes étaient responsables de l’hérédité. Il fit sa découverte au moment où le savant britannique Charles Darwin et le moine botaniste autrichien Gregor Mendel publiaient leurs travaux portant également sur la génétique.

En 1928, Franklin Griffith, un médecin britannique, découvrit que des données génétiques pouvaient être transférées de cellules bactériennes tuées par la chaleur à des cellules vivantes. Il appela ce procédé « transformation ». En 1944, Oswald Avery, bactériologiste américain, identifia l’agent de transformation comme étant l’ADN: au cours d’une expérience, il détruisit l’ADN et constata alors que la transformation ne se faisait pas.

Les découvreurs de la structure de l’ADN, Francis Crick et James Watson, étaient des chercheurs venus d’horizons tout à fait différents. Francis Crick, né en 1916 en Angleterre, fit des études de physique à l’University College de Londres. En 1949, il rejoignit le Medical Research Council Unit au célèbre laboratoire Cavendish de Cambridge et travailla sur la structure des protéines. Quant à James Watson, né en 1928 aux USA, il étudia la zoologie à l’université de Chicago. Il obtint son doctorat en 1950. Après avoir assisté à Naples à un symposium, Crick et Watson se lièrent d’amitié. Peu après, l’Américain rejoignit le britannique à Cambridge. Ce n’est qu’en 1953 qu’ils découvrirent la configuration en double hélice de l’ADN. Pour leur découverte, ils reçurent conjointement le prix Nobel en 1962.

C’est en 1984 que Alec Jeffries découvrit les relevés d’empreintes génétiques. Quelques années plus tard, l’ambitieux projet GENOME humain, piloté par un consortium international public en compétition avec une compagnie privée, et chargé d’identifier les 20 000 à 25 000 gènes de l’ADN, parvint, en 2003, à déterminer les séquences des trois milliards de paires de bases chimiques qui constituent l’ADN humain.

3. L’analyse idéale: de la trace à l’identification.

  • Un téléphone portable a été découvert sur une scène de crime. L’officier de police chargé de l’enquête signe une demande d’analyse des traces par l’Institut National de Police Scientifique.
  • L’Institut vérifie que la demande est en règle et lui attribue un code-barres. Ensuite, un technicien frotte de grands cotons-tiges imbibés de liquide stérile sur le clavier, la batterie, la carte sim, etc…, puis il les place dans des tubes marqués du code-barre correspondant.releve-traces-adn
  • La suite de l’opération consiste à établir le profil génétique unique de celui qui aurait laissé son ADN sur l’objet. Dans les premières machines, l’ADN est sorti de ses cellules et ses parties utiles sont photocopiées en milliards d’exemplaires afin qu’une autre machine, l’analyseur, ait assez de « matière » pour lire ces morceaux d’ADN qui définissent le profil génétique.
  • Si plusieurs personnes ont laissé leur ADN sur le téléphone, leurs profils s’entremêlent. A l’expert de décider s’il est possible de repérer les portions d’ADN venues d’un donneur principal. Si oui, il enverra son profil au fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG). Si le résultat est positif, le logiciel le détecte et donne l’identité du propriétaire.

4. Comment dresse-t-on un profil génétique:

  • Pour ce type d’analyse, les segments intéressants, copiés en grand nombre, se trouvent dans l’ADN non codant, celui qui ne porte pas de gène. Ces marqueurs sont des STR : des séquences de quatre lettres, les mêmes chez tout le monde, mais répétées les unes derrière les autres un nombre de fois variable d’un individu à un autre. Et, en général, sur les deux chromosomes d’une paire.adn-1
  • Sur la paire de chromosomes 11, on trouve le STR THO1, dont la séquence est  » ATCT ». Il peut être répété, par exemple, 5 fois sur le chromosome d’origine maternelle et seulement trois fois sur celui d’origine paternelle. L’analyseur reconnaît tous les fragments THO1 ayant été copiés, et, d’après leur masse, il détermine combien de répétitions les composent. Dans le même temps, il réalise cette recherche pour 14, voire 16 autres marqueurs présents sur les autres paires de chromosomes.
  • Le résultat de l’analyse est une série de pics, deux par marqueurs, sauf si le nombre de répétitions est identique. Sous les pics, le logiciel indique le nombre de répétitions. S’il y a plus de deux pics, c’est que l’échantillon contient l’ADN de plusieurs personnes.

5. Comment dresse-t-on un portrait-robot génétique.

  • Cette fois, on s’intéresse aux gènes qui interviennent dans la couleur des cheveux et des yeux. On ne copie pas les gènes entiers avec leurs centaines de milliers de lettres, mais juste les courts segments où l’on sait que l’une des lettres varie d’une personne à l’autre. Car ce sont ces lettres différentes ( appelées SNP) qui font que tout le monde n’a pas la même couleur d’yeux ou de cheveux.
  • Prenons le gène HERC2 impliqué dans la couleur des yeux, sur le chromosome 15. Sur la position « Rs1291383 », on trouve soit la base azotée C, soit la base T. Un T sur chacun des deux chromosomes 15 prédit avec une forte probabilité des yeux bleus. En revanche, deux C ou un couple C/T font pencher la balance vers le marron. En une analyse identique, la machine identifie quelles lettres se trouvent sur ce SNP, ainsi que sur 5 autres contribuant fortement à la couleur des yeux et sur 18 comptant pour la couleur des cheveux.adn-7
  • A partir de l’analyse de ces 24 positions, le logiciel définit quelles couleurs peuvent afficher les cheveux C et les yeux D du propriétaire de l’ADN. Une autre analyse menée sur 46 autres SNP permet de préciser son origine biogéographique. Une 3e, sur 23 autres marqueurs, prévoit la couleur de sa peau, sa prédisposition à la calvitie et aux taches de rousseur. => Contrairement au profil génétique qui sert à identifier formellement une personne et peut servir d’élément de preuve scientifique au cours d’un procès, le portrait-robot génétique n’est qu’un outil pour orienter une enquête, car il n’indique que des probabilités.

6. D’où s’échappe l’ADN?

  • Les fluides: le plus riche en ADN est le sperme, ce qui n’a rien d’étonnant puisque sa vocation est justement de véhiculer de l’ADN via les spermatozoïdes. Mais également le sang dont toutes les cellules, à l’exception des globules rouges qui n’ont pas de noyau, contiennent de l’ADN nucléaire. On en trouve également dans la salive, les larmes, l’urine, la sueur et les sécrétions vaginales car ces liquides renferment, en plus ou moins grande quantité, des cellules mortes qui se sont détachées de la surface des organes ou des muqueuses.adn-3
  • Les cheveux: le mieux est le cheveu arraché avec son bulbe, la partie fichée dans la peau, car c’est dans le bulbe que se trouvent les chromosomes, donc l’ADN nucléaire. A défaut, les experts peuvent utiliser des cheveux sans racine car la tige contient l’ADNmt, moins précis car son frère, sa mère ou encore sa grand-mère maternelle ont le même. Certains ADNmt sont même partagés par 2% de la population française. Et aucun fichier national ADNmt n’existe en France.
  • La peau: Laissées sous les ongles d’une victime qui s’est débattue, les cellules de l’épiderme peuvent trahir le criminel puisqu’elles renferment son ADN. Même chose pour les peaux mortes, telles que les pellicules. En fait, la peau est une vraie plaie pour le délinquant qui veut rester anonyme car un simple contact avec un objet suffit à y déposer de l’ADN. C’est ce qu’on appelle une trace par transfert.

7. L’ADN au tribunal: 

En 2006, l’ADN fut produit en tant qu’élément probant dans 28 000 affaires jugées aux USA. Pourtant, pour les jurés, ce type de preuves continue de relever d’uns science pour le moins mystérieuse. Il est vrai que ces derniers font confiance à l’expert en criminalistique pour leur expliquer le processus, mais ils font en core plus confiance aux résultats des analyses, plus concrets. Ils pensent que la science ne saurait mentir. Certes !

Pourtant, la psychologue judiciaire Jane Goodman-Delahunty, professeur enseignant à l’université de Nouvelle-Balles-du-sud à Sidney affirme que « tout ce que fait l’ADN est d’établir un lien entre un suspect ou un accusé et la scène du crime. Ce qui ne saurait constituer une preuve de culpabilité. » Les experts travaillent souvent étroitement avec la police et les analyses ADN leur permettent seulement de demeurer impartiaux lors de leurs témoignages au tribunal. En aucun cas, ils ne peuvent dire que l’ADN implique directement l’innocence ou la culpabilité d’un accusé, affirmation qui reste la prérogative des jurés et des juges.adn 2

 

Publicités

15 commentaires sur « Dossier n° 5 : L’ ADN… »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s