Publié dans Dossiers police scientifique

Dossier n° 7 : Le médecin légiste.

Un cadavre vient d’être découvert: Qui est-ce? Comment cette personne est morte? Pour répondre à ces questions, les enquêteurs ont souvent besoin d’un médecin légiste, spécialiste qui travaille au service de la justice et intervient dans les cas de mort suspecte.

1 Constater :

  • Température: en bonne santé, le corps humain maintient une température d’environ 37°. Après la mort, il perd en moyenne 1° par heure et atteint la température de son environnement à peu près en 24 h. Ainsi, pour évaluer la mort du décès, le médecin légiste mesure la température au niveau du rectum, parfois du foie, à l’aide d’une sonde. Il prend en compte la température ambiante, la corpulence et les vêtements de la victime, une possible hypothermie ( chute interne de la température corporelle) due à une noyade, par exemple. C’est grâce à toutes ces informations qu’il peut donner une estimation de l’heure du décès.
  • Opacification: la cornée est la couche supérieure de l’œil, normalement transparente. Chez un cadavre, à cause de la déshydratation, elle devient peu à peu trouble : c’est l’opacification de la cornée qui permet au médecin légiste d’avoir un premier indice quant au moment de la mort. Lorsque les yeux sont restés ouverts, ce phénomène intervient à peu près au bout de 45 minutes, et plus de 24 heures si les yeux sont fermés.
  • Rigidité: certaines réactions chimiques ne se faisant plus dans les muscles après la mort, ils perdent de leur élasticité. Ceux des paupières et de la mâchoire sont les premiers à se figer en une à trois heures, puis ce sont du tronc et des membres, pour atteindre un maximum 12 environ après le décès. Après 2 ou 3 jours, cette rigidité s’estompe. Mais comme ce phénomène n’est pas mesurable car il varie beaucoup selon les individus et/ou les conditions extérieures, elle constitue un indice peu fiable.
  • Lividité: en raison de la pesanteur, le sang s’accumule vers les points les plus bas du corps qui ne sont pas compressés pour former des taches d’un rouge violacé: ce sont les lividités cadavériques. Elles apparaissent quelques heures après le décès mais disparaître ou changer d’emplacement si le corps est déplacé. Au bout de 8 à 12 heures, elles deviennent fixes et définitives. Certaines colorations de la peau, rouge cerise par exemple, évoquent une intoxication au monoxyde de carbone ou un empoisonnement au cyanure.

2 Observer:

L’autopsie a lieu le plus rapidement possible avant que le corps ne se dégrade. La première étape est l’observation au cours de laquelle le médecin légiste cherche à récolter un maximum d’informations; il doit procéder assez rapidement car certains indices peuvent disparaître avec le temps ou au cours de la dissection. Souvent, il procède à un examen complet du corps aux rayons X avant l’autopsie dans le but de visualiser d’éventuelles fractures osseuses, des projectiles pour connaître leur trajectoire, ou des indices tels que la dentition, le port d’une prothèse permettant d’identifier plus facilement le cadavre.

L’autopsie peut maintenant commencer: le médecin est assisté d’un technicien appelé « agent de chambre mortuaire ». Le corps est dévêtu, lavé puis allongé sur une table sous un éclairage puissant. Si l’identité de la personne est inconnue, tous les détails particuliers sont relevés: tatouages, cicatrices…Les blessures sont photographiées et décrites. Elles peuvent de différente nature:

  • Traces de liens: si la victime a été attachée ou étranglée, des traces de corde ou de câble sont visibles. Avec un cordon plus souple, les marques sont plus discrètes et apparaîtront plus facilement au cours de la dissection dans les couches profondes de la peau. Selon l’état de la peau, le légiste peut déterminer si les liens ont été posés avant ou après la mort.
  • Hématome: lors d’un choc sur la peau, des micro-vaisseaux sanguins éclatent : le sang s’échappe et crée un hématome dont la forme renseigne sur l’objet qui en est à l’origine: poing, matraque…Sa couleur évolue dans le temps même après le décès, mais cette évolution est tellement variable d’une personne à l’autre qu’elle ne constitue pas d’indice fiable.
  • Impacts de cartouches de fusil: ils sont très reconnaissables car un fusil de chasse, contrairement aux autres armes, tire une volée de plombs. Selon la distance, les blessures infliges par des plombs ne sont pas les mêmes: grosses et uniques pour un tir à bout portant, ou petites et multiples si le tireur se trouvait à plusieurs mètres de la victime, ce qui permet de faire la différence entre un accident de chasse et un tir volontaire.
  • Impacts de balles: les détails d’une blessure par balle sont une mine d’informations: s’agit-il d’un trou d’entrée ou de sortie? Le tir a-t-il été réalisé à bout touchant (arme contre la peau), à bout portant ( arme à quelques centimètres) ou de plus loin?La victime était-elle déjà morte lorsqu’elle a reçu cette balle? Des indices qui peuvent permettre d’identifier un homicide camouflé en suicide.
  • Coup de couteau: la taille d’une plaie par arme blanche et sa profondeur informent sur le type de couteau utilisé ( à double ou simple tranchant), sur la longueur de la lame, etc…L’angle et la trajectoire dans le corps peuvent éventuellement renseigner sur la corpulence de l’agresseur et s’il est gaucher ou droitier.
  • Marques de lutte: si des contusions ou des plaies sont visibles au niveau des mains ou des avant-bras de la victime, cela suggère qu’elle s’est défendue. Il peut également arriver que l’on retrouve des résidus de peau sous les ongles de la victime, résidus qui seront soumis à une analyse ADN.

3 Disséquer:

Après avoir pratiqué une grande ouverture dans le thorax ( souvent en forme de Y), le légiste prélève chaque organe le plus délicatement possible afin de ne pas les abîmer,  dans le but de les étudier minutieusement, car aucun indice ne doit être oublié ! Il commence par observer leur aspect extérieur au cas où ils présenteraient des blessures. Ils sont ensuite pesés et disséqués les uns après les autres: leur contenu est étudié, on constate d’éventuelles lésions internes, puis des échantillons sont prélevés afin de les envoyer au labo qui procédera à des examens complémentaires. Tout est absolument soigneusement noté!

L’équipement: la même tenue que celle utilisée par un chirurgien, à laquelle on ajoute un masque, un bonnet et des gants chirurgicaux; le légiste et son aide doivent être protégés de tout risque de contamination au cas où le cadavre serait porteur d’une maladie contagieuse. En effet, même décédée, une personne peut receler des bactéries ou des virus encore actifs. Parfois, un ou plusieurs membres de la police peuvent assister à une telle autopsie, mais seulement en observateurs.

Les outils:

  • Un scalpel: permet d’inciser la peau et de disséquer les organes et les tissus mous.
  • Un costotome ( ou pince à os): sert à couper les côtes afin de faciliter l’ouverture du thorax.
  • Une scie à main et une scie circulaire: utilisées pour découper les os de gros diamètre ( par exemple le fémur) et pour ouvrir la boîte crânienne.
  • Un couteau: sert à découper les organes en tranches fines, comme le cerveau ou les poumons, afin de les étudier au microscope.

En détails:

  • Cœur et poumons: le cœur est scruté minutieusement: la personne souffrait-elle d’une maladie particulière qui pourrait expliquer sa mort soudaine? Les poumons peuvent également fournir des renseignements importants dans le cas où on suspecte une intoxication respiratoire accidentelle ou, au contraire, un étouffement provoqué par une tierce personne. Et en cas de noyades, ils renferment des indices quant à l’endroit où cela s’est produit ( micro-organismes, vase).
  • Organes digestifs: l’œsophage, l’estomac, le foie et les intestins sont examinés de près afin de détecter des signes de maladie éventuelle. Leur contenu peut renseigner sur le dernier repas de la victime afin de retracer son emploi du temps les dernières heures qui ont précédé sa mort. Des prélèvements sont effectués afin de procéder à des analyses complémentaires.
  • La boîte crânienne: le légiste dégage la peau du visage et du cuir chevelu, puis il découpe l’os crânien à l’aide d’une scie électrique afin d’accéder au cerveau qui sera pesé puis découpé en tranches afin de visualiser d’éventuelles traces d’hémorragie ou de caillot sanguin, ce qui signifierait que la personne a reçu des coups violents, peut-être à l’origine du décès.

4 Analyser et conclure:

Une fois l’autopsie terminée, l’ assistant du médecin remet en place tous les organes puis referme le corps en essayant de laisser le moins de traces possible.

Ensuite, une tape très importante: la rédaction du rapport d’autopsie. Tout y est consigné: les observations du médecin légiste et les conclusions qu’il peut en tirer concernant les causes du décès. Il lui est parfois beaucoup plus difficile de se prononcer sur les circonstances: accident, suicide ou meurtre. Y sont également consignées les résultats des analyses auxquelles le labo a procédé: génétiques, sanguines, recherches de poison.

Le rapport doit être écrit dans un langage clair et compréhensible par des personnes qui ne sont pas médecins. D’autant qu’il peur servir de preuve lors d’un procès. Dans 10 % des cas autopsiés, les circonstances de la mort demeurent indéterminées, laissant planer le doute sur un éventuel homicide. C’est alors aux enquêteurs de poursuivre leurs investigations…

 

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