Publié dans Angleterre, Charles II d'Angleterre, Journal d'une courtisane, Londres, Nell Gwyn, Oliver Cromwell, Passion lecture, Priya Parmar, théâtre

Passion lecture: Journal d’une courtisane, Priya Parmar.

L’auteur: priya parmar 1

Priya Palmar est une romancière anglaise. Diplômée d’Oxford en littérature anglaise et théâtre anglais qu’elle a étudiés au Mount Holyoke College, elle a travaillé comme éditrice indépendante et dramaturge. Actuellement doctorante à l’Université d’Édimbourg, elle partage son temps entre Hawaï et Londres. Journal d’une courtisane est son premier roman.

Le roman:

Journal d’une courtisane, roman historiquea été publié en 2012 par les éditions des presses de la Cité. Il raconte le destin extraordinaire d’Ellen Gwyn, dite « Nell », une actrice anglaise devenue l’une des nombreuses maîtresses du roi d’Angleterre Charles II.

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Afin de lui donner une authenticité historique, Priya Parmar a inséré dans son récit des extraits de la chronique mondaine de la London Gazette, des extraits du journal intime de Nell ainsi que les lettres échangées par le roi avec sa soeur Minette, épouse de Monsieur frère de Louis XIV , et leur mère la très sévère Henriette-Marie de France.

Le style est agréable à lire malgré une certaine familiarité de ton, un peu trop moderne à mon goût, peu en adéquation avec le style officiel de l’époque (par exemple, la façon de s’adresser au roi ou aux membres de la famille royale). Agrémenté d’innombrables anecdotes et faits historiques, comme london gazettel’incendie qui ravagea Londres en 1666 ou les recettes pour soigner la peste ou enrayer les taches de rousseur,  Journal d’une courtisane est d’une lecture plaisante et agréable.

Pourtant, ce sont ces faits et anecdotes qui auraient dû situer le contexte historique de ce 17e siècle anglais peu ou mal connu, mais ce n’est pas le cas. Seule la correspondance personnelle du roi évoque d’une manière superficielle le contexte politique et international. Ainsi, le lecteur peut éprouver certaines difficultés à comprendre comment et pourquoi le roi a pris telle ou telle décision, pourquoi il avait souvent les mains liées pat un Parlement omniprésent, contexte qui a eu des répercussions indirectes sur sa liaison avec Nell qui a duré quinze années. C’est un peu comme si on vous donnait seulement une partie des pièces d’un puzzle avec pour mission de reconstituer l’image intégrale.
Sont également évoqués les démêlés de Charles avec sa maîtresse, Barbara Palmer, dont il parvient difficilement à se débarrasser, et avec d’autres membres de la cour, notamment lord John Wilmot, George Villiers, duc de Buckingham, montrant que la haute naissance n’était pas garante d’une parfaite éducation…

L’histoire: 

La plus grande partie du roman raconte la vie et la carrière de comédienne de Nell, avant sa rencontre avec Charles II,  avec une intéressante, quoique un peu superficielle, reconstitution de la vie du théâtre royal de Londres dont le roi était le principal mécène: les répétitions, les programmes, les relations du directeur Tom avec ses acteurs, le poids du public, les auteurs dramatiques, les pièces montées.théâtre

La dernière partie se focalise sur la liaison que Nell a entretenue avec Charles II, jusqu’à ses adieux à la scène, lors de sa première grossesse. Le petit plus est que l’auteur montre bien les états d’âme de la jeune femme qui, contrairement aux autres maîtresses royales, semble aimer Charles II pour l’homme et non pour le roi et les avantages inhérents à la position de favorite royale, raison pour laquelle elle refusa d’avoir ses propres appartements à la cour, afin de se préserver un tant soit peu de ce monde cruel et sans pitié.

Contexte historique:

Le 16e siècle anglais avait vu l’avènement et la montée en puissance des Tudor avec le règne d’Henri VIII et surtout celui d’Elisabeth 1ère qui dura 45 ans, jusqu’à la mort de la reine en 1603, et donna au royaume une certaine stabilité économique, même s’il fut perturbé par la lutte entre Protestants et Catholiques et endeuillé par la détention et l’exécution de Marie Stuart, reine d’Ecosse. Suivront les règnes de Jacques Ier, fils de Marie Stuart (!), et de son fils Charles Ier, qui finira sur l’échafaud en 1649, avec pour corollaire l’abolition de la monarchie, plus d’un siècle avant la Révolution Française. Après un interrègne qui durera onze ans, Charles II monte sur le trône de son père en 1660 dans une Angleterre instable économiquement, déchirée par les soubresauts résultant du gouvernement d’Oliver Cromwell et par la lutte entre les factions catholique et protestante. Voilà en substance ce qu’il faut savoir pour comprendre la position inconfortable du roi Charles qui, bien que sacré roi par l’archevêque de Cantorbéry, a été témoin de l’exécution de son père et a vécu en exil jusqu’à son retour en avril 1660.

incendie londres

Le grand incendie qui ravagea la capitale du royaume en septembre 1666 montre combien la position du monarque anglais reste fragile. Relatons les faits: peu après minuit, le dimanche 2 septembre, un incendie se déclare dans une boulangerie de Pudding Lane se propageant rapidement vers l’ouest de la cité. Plus tard dans la nuit, le lord-maire, Thomas Bloodworth, ordonne de nombreuses démolitions, seul moyen que l’on avait à cette époque pour lutter efficacement contre les incendies, mais il est trop tard: le vent de la nuit attise les flammes, faisant progresser le feu vers le nord de la cité. Des rumeurs accusant les Français et les Hollandais d’avoir sciemment allumé l’incendie circulent dans toute la ville, donnant lieu à des règlements de compte parfois sanglants. Le lendemain mardi, l’incendie d’étend de plus en plus, détruisant la cathédrale Saint-Paul, plus de 13000 maisons, 87 églises et la majorité des bâtiments publics. Traversant la Fleet, ancienne rivière londonienne qui coulait à l’ouest de la ville avant de se jeter dans la Tamise et recouverte au 18e siècle, les flammes menacent Whitehall, résidence du roi et de la cour. Finalement, le feu sera circonscrit grâce à l’utilisation de la poudre à canon pour créer des coupe-feus efficaces et surtout grâce à la tombée des forts vents venus de l’est. Même si les pertes humaines ne furent pas très importantes, les conséquences économiques et sociales de l’incendie sont désastreuses. Redoutant une révolte du peuple sinistré, Charles II encourage leur évacuation vers des villages proches de la capitale.

Les personnages historiques:

  • Eleanor Gwyn, ou Gwynne, dite Nelle, née le 2 février 1650, décédée le 14 nell gwynnovembre 1687, plus de deux années après son royal amant, est une comédienne anglaise qui fut l’une des nombreuses et plus connues des maîtresse du roi Charles II d’Angleterre. A travers les extraits de son journal intime, elle nous fait partager ses émotions, ses sentiments, ses opinions, les déceptions et les joies de sa vie d’actrice, ses relations amicales et ses amours avec le roi. Afin de ne pas sombrer dans l’alcool comme sa mère, ou dans la prostitution comme sa sœur, et surtout désireuse de se sortir de sa modeste condition et du minable logement qu’elle partage avec elles et son grand-père,Ellen Gwyn prend son destin en main en devenant vendeuse d’oranges au théâtre Royal de Covent Garden. Bientôt, les propriétaires apprécient la finesse et la joie de vivre de la jeune fille et lui proposent d’intégrer la compagnie.
  • Charles II, né le 29 mai 1630 à Londres, décédé le 6 février 1685 à Whitehall, roi d’Angleterre de 1660 à sa mort. Il est le fils du roi Charles Ier, qui fut exécuté en charles II1649 sous l’accusation de haute trahison, et de Henriette-Marie de France, fille du roi Henri IV et de Marie de Médicis, soeur du roi Louis XIII. Quelques jours après l’exécution de son père, le Parlement d’Angleterre vota une loi qui interdit la succession légitime, décision qui eut pour conséquence l’entrée du royaume, devenu un Commonwealth républicain dirigé par Oliver Cromwell qui se fit élire Lord Protecteur par le Parlement. Après sa défaite contre les troupes parlementaires menées par Cromwell lui-même le 3 septembre 1651 lors de la bataille de Worcester, Charles II est contraint à l’exil en France, dans les Provinces-Unies et dans les Pays-Bas espagnols. Ce n’est qu’après la mort de Cromwell que le Parlement restaura la monarchie et rappela Charles sur le trône. Monarque avisé, il essaya d’instaurer une plus grande liberté de culte pour les catholiques et pour les protestants non conformistes, mais le Parlement refusa de voter sa déclaration d’indulgence royale. Après la décennie passée sous la férule puritaine et intransigeante de Cromwell, le règne de Charles, plus axé sur les plaisirs, lui vaudra d’être surnommé « Merry Monarch », « le monarque joyeux ». Aucun des enfants qu’il eut avec son épouse légitime, Catherine de Brabance, ne survécut, ce qui ne l’empêcha pas d’engendrer une douzaines d’enfants adultérins, tous reconnus et titrés, avec sept de ses nombreuses maîtresses, dont cinq avec Barbara Palmer, appartenant à l’illustre famille des Villiers, qu’il fit duchesse de Cleveland, entre autres titres. Bien entendu, le peuple anglais ne se réjouit guère de savoir qu’une partie des impôts sert à entretenir les maîtresses et les enfants illégitimes du roi, ce qui rend sa position parfois intenable. Petite anecdote: les actuels ducs de Richmond, de Grafton et de Saint-Albans sont des descendants directs de Charles II par les hommes, ainsi que Lady Diana, mère de l’actuel héritier du trône!! Ayant dissous le Parlement, il gouvernera seul les quatre dernières années de son règne. Sur son lit de mort, il se convertit au catholicisme.
  • Henriette-Marie de France, née le 25 novembre 1609 et décédée le 10 septembre henriette-marie1669, est le sixième et dernier enfant du roi de France Henri IV et de Marie de Médicis. Elle est la soeur de Louis XIII, la belle-mère du Grand Pensionnaire des Pays-Bas Guillaume d’Orange. Par son mariage avec le roi d’Angleterre Charles Ier, elle est également la mère des deux souverains anglais Charles II et le catholique Jacques II. Après la décapitation de son mari en 1649, elle se réfugie en France où elle terminera sa vie. Elle a hérité de son père son caractère entreprenant et courageux, et de sa mère son caractère pieux et généreux, et son goût prononcé pour les arts.
  • Barbara Palmer, née le 17 novembre 1640, à Londres, dans le district de Westminster. Elle est la fille unique de William Villiers, second vicomte Grandison de Limerick et de Mary Banying. Son père succombe à ses blessures lors du siège de Bristol contre les troupes d’Oliver Cromwell. Elle est la nièce de George Villiers, duc
    george villiers
    George Villiers

    de Buckingham, favori du roi Jacques Ier et de son fils Charles Ier, qui accompagna le jeune prince dans son exil. C’est en avril 1660, juste avant son retour en Angleterre, que Barbara et son mari Roger Palmer font la connaissance du futur Charles II. La belle Barbara devint sa favorite vraisemblablement dès arrivée à Londres. Elle donne au roi quatre enfants qu’il reconnaîtra et auxquels il donnera titres et pensions. Lorsque Charles se marie avec Catherine de Brabance en mai 1662, elle obtient de devenir dame d’honneur de la nouvelle reine. En avril de l’année suivante, Barbara a ses propres appartements au palais de Whitehall. La belle Barbara a eu une vie bien remplie, mais ceci est une autre histoire…

barbara palmer

 

Mon avis:

Journal d’une courtisane est un roman dont j’ai apprécié la lecture divertissante, malgré ses quelques défauts, notamment le choix de raconter l’histoire de Nell à partir de son journal intime que je trouve discutable dans la mesure où cela donne un aperçu peu approfondi des événements et du contexte historiques. A mon avis, c’est vraiment le gros bémol de ce roman historique, qui, comme son nom l’indique, doit raconter une histoire, certes, mais doit également permettre au lecteur de revivre l’époque évoquée.

Cela dit, son ton frais et léger, malgré la tristesse de certains événements, ou l’injustice des déboires essuyés par la jeune femme, ses nombreux dialogues et les extraits de lettres rendent ce récit vivant et très agréable à lire. Priya Parmar nous fait le portrait d’une jeune femme courageuse et attachante, bien que sa relation avec le roi soit certainement montrée sous un jour plus positif, plus romantique que dans la réalité.

A ce propos, je recommande, pour ceux qui voudraient en savoir un peu plus, le film de stage beautyRichard Eyre, « Stage Beauty », sorti en France en mars 2005, qui évoque la carrière du grand acteur Edward Kynaston sous le règne de Charles II, à une époque où les femmes ne pouvant monter sur la scène des théâtres royaux, les rôles féminins étaient assurés par des acteurs masculins. Le stage beauty 1principal intérêt de ce film est l’extraordinaire reconstitution du milieu théâtral de l’époque. Le personnage de Nell y apparaît dans quelques scènes. La prestation de Ruppert Everett dans le rôle du monarque est absolument savoureuse.

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