Publié dans détecteur de mensonges, Dossiers police scientifique, polygraphe

Dossier n° 9 : La vérité sur le détecteur de mensonge.

Pourquoi un détecteur de mensonges?

L’erreur judiciaire est le cauchemar de la police et de la justice: tout repose sur les déclarations des inculpés. On a beau jurer sur la Bible de dire  » la vérité, toute la vérité et rien que la vérité », quand on joue sa tête, tous les coups sont permis. Oui, mais tout repose sur la capacité à mentir et, surtout, à faire croire à ses mensonges; ou sur la biblecapacité à convaincre les jurés que l’on dit la vérité, malgré des apparences trompeuses. Alors, comment séparer le bon grain de l’ivraie? Pas étonnant que, depuis plus d’un siècle, les chercheurs s’acharnent à inventer LE détecteur de mensonges parfait, d’une fiabilité sans faille.

Un rêve impossible?

J’ai l’honneur de vous présenter IRMF ( imagerie cérébrale par résonance magnétique fonctionnelle), une grosse machine en forme de tunnel capable de voir en direct quelle zone du cerveau travaille et donc de lire le mensonge dans le cerveau de la personne interrogée ( du moins on l’espère très fort) . IRMF n’a pas été inventée pour la police, mais pour les médecins et les scientifiques menant des recherches sur le cerveau. Elle repose sur une technique sophistiquée permettant de visualiser les parties du cerveau les plus actives dont le principe de base est le suivant: mesurer le taux de globules rouges appauvris en oxygène; en effet, plus les cellules cérébrales travaillent, plus elles consomment d’oxygène et plus les globules rouges s’appauvrissent localement en oxygène.irmf

Ce qui a donné à Daniel Langleben, chercheur à l’université de Pennsylvanie, une idée géniale: et si, grâce à IRMF, il était possible de voir « s’allumer » les zones du cerveaux responsables du mensonge? Afin de parvenir à ce résultat, Daniel Langleben a imaginé l’expérience suivante.

Expérience:

Le chercheur américain a sélectionné un groupe d’étudiants volontaires pour participer à l’étrange expérience conçue ainsi: avant de se coucher dans la machine, le volontaire reçoit une enveloppe contenant deux cartes à jouer, un 5 de trèfle et un 7 de pique, et un billet de vingt dollars. Afin de pouvoir conserver le billet, les « cobayes » vont devoir mentir sur la possession d’une des deux cartes. Voici comment: l’étudiant prend place dans la machine ( qui, je vous rappelle, ressemble à un gros tube); sur un écran placé au-dessus de ses yeux, défilent, l’une après l’autre, les images de 432 cartes à jouer. La consigne est de mentir systématiquement à propos de l’une des deux cartes qu’il possède dans son enveloppe quand il la voit apparaître à l’écran. Pour cela, il clique sur le bouton « non » à l’aide de la souris informatique qu’il tient dans sa main. Pour les autres images, il doit être sincère.cerveau 1

Analyser les données:

A partir de ces données, un ordinateur a pu déterminer si on lui présentait l’image du cerveau d’un étudiant menteur ou sincère, détectant le mensonge de chacun à 1% d’erreur près !! Dans la mesure où il s’agissait des étudiants dont les cerveaux avaient justement servi à construire le modèle mathématique utilisé par l’ordinateur, ce résultat n’est pas vraiment impressionnant.

Mais ce qui l’est plus, c’est que, grâce à ce modèle, l’ordinateur a été en mesure de classer en « vérité » ou « mensonge » les réponses d’autres étudiants n’appartenant pas au groupe testé, avec 88% de résultats justes. Même résultat avec un groupe d’étudiants entraînés à mentir sans vergogne. Certes, ces résultats sont impressionnants, mais Daniel Langleben ne crie pourtant pas au miracle. Car sa méthode a ses limites. D’autant qu’avec la rareté de IRMF et son coût exorbitant, on est pas prêt de la voir s’installer dans tous les commissariats du pays…

Le polygraphe:

Nombreux sont les chercheurs de part le monde qui ne sont pas du tout convaincus par les résultats obtenus par Daniel Langleben. Et pour cause…Depuis 80 ans, ils pensent posséder la solution idéale avec le fameux polygraphe, autre nom du détecteur de mensonges. Aux USA, la police, les services de contre-espionnage, les compagnies d’assurance et même les recruteurs l’utilisent à tour de bras. Plus d’1 million de personnes y sont soumises chaque année !!polygraphe

Son fonctionnement, très simple, permet d’enregistrer l’intensité de quatre paramètres: une enveloppe pleine d’air placée sur l’abdomen du sujet interrogé sert à évaluer la pression qu’il exerce pour respirer; sa tension artérielle est mesurée grâce à un tensiomètre placé autour de son bras; la résistance électrique de la peau est mesurée au niveau des doigts afin d’évaluer si le sujet transpire ou non; on mesure également sa respiration au niveau du thorax.

Une brusque variation d’un de ses paramètres est sensée trahir une forte émotion. Et c’est là que tout se gâte, car tout est affaire d’interprétation. En effet, comment être certain à 100% que l’émotion détectée est liée à un mensonge et non au stress ressenti à l’idée d’être accusé d’un crime que l’on n’a pas commis?

Questionnaires:

C’est la question cruciale à laquelle le polygraphe mais aussi tous les systèmes de détection de mensonge doivent impérativement répondre. C’est pourquoi les spécialistes ont mis au point des questionnaires dont le but est de distinguer chez les suspects une émotion sans rapport avec un quelconque mensonge. Ces questionnaires se répartissent en deux catégories: CQT et GKT.

CQT: Test à question de contrôle ( oui Control Question Test en anglais): au cours de ce test, une question pertinente (liée à l’enquête) est posée au milieu d’un grand nombre de questions sans intérêt. Par exemple: la question « avez-vous tué votre mari » sera noyée dans un flot de questions telles que « Avez-vous l’heure? », « Etes-vous assises sur une chaise? », « Aimez-vous les bonbons à la menthe? », etc… Attention!! Une question de contrôle, censée bouleverser la personne interrogée, du genre « Avez-vous été triste l’année dernière quand votre mère est décédée d’un cancer? » est glissée dans le questionnaire CQT. Les spécialistes partent du principe que l’intéressée y répondra sincèrement. Reste à comparer les réactions de son corps quand elle répond à la question de contrôle et quand elle répond à la question pertinente pour se faire une idée de sa franchise. La limite du test est qu’il faut trouver une question de contrôle à laquelle le suspect répondra sans mentir, et s’assurer que la question de contrôle et la question pertinente revêtent la même valeur émotionnelle pour la personne interrogée, ce qui est loin d’être évident !!polygraphe3

GKT: Test de connaissance coupable (Guilty Knowledge Test en anglais). Au cours de ce test, les enquêteurs cherchent à établir l’importance que revêt une question aux yeux du suspect. Par exemple, si le tueur s’est enfui dans une voiture rouge, renseignement que seuls le coupable et la police savent, les enquêteurs poseront les questions suivantes: « La voiture de l’assassin était-elle rouge? », « La voiture de l’assassin était-elle bleue? »; « La voiture de l’assassin était-elle…? » ainsi que d’autres questions neutres, sans rapport avec l’enquête. On part du principe que sel le coupable réagira plus intensément à la question évoquant la voiture rouge. Le gros inconvénient de ce test est qu’il suppose que l’enquêteur soit en possession d’un renseignement sur le crime ignoré de tous sauf du coupable et de lui-même, circonstance très rare, ce qui explique que ce type de test soit fort peu utilisé.

Pas de bluff dans les commissariats:

C’est pourtant ce dernier questionnaire que l’équipe de Daniel Langelben a utilisé pour mettre au point ses expériences. Car pour les utilisateurs du polygraphe, ce qui compte n’est pas la réponse donnée mais l’émotion suscitée par la question même. Ainsi, pour une équipe de chercheurs travaillant à cartographier le cerveau d’un menteur, il faut pouvoir être absolument certain que le suspect mente à une question donnée. Ce qui est loin d’être évident en situation d’interrogatoire réel, dans un commissariat.

polygraphe 2

Quel avenir pour le détecteur de mensonge?

Nous l’avons vu, le polygraphe n’est pas assez fiable, l’IRMF trop coûteuse et peu pratique: l’avenir des détecteurs de mensonge semble bien sombre…Ce qui n’empêche pas les enquêteurs américains de continuer à utiliser le polygraphe dans le but de tester un suspect et éventuellement de le faire craquer pour obtenir des aveux , bien que les tests de détection ne soient pas acceptés comme preuves irréfutables par les tribunaux pour les affaires criminelles, que ce soit aux USA ou au Canada…ce qui est plutôt une bonne chose !!

 

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3 commentaires sur « Dossier n° 9 : La vérité sur le détecteur de mensonge. »

  1. Super intéressant, merci ! Cet article me fait penser au film Minority Report… C’est sûr que ceux qui sont tout en haut de la pyramide, œuvrent pour avoir accès à ce que les gens ont de plus intime : la pensée. La recherche de et pour la vérité n’étant qu’un prétexte (selon moi, bien entendu).

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