Publié dans Passion thriller, plateforme SimplementPro

Passion thriller: Le vagabond et autres thrillers, Alan Spade.

L’auteur:

Né à Quito en Équateur en 1971, Alan Spade a ensuite passé une partie de sa jeunesse en Afrique sub-saharienne. Dans son enfance, Alan a fait connaissance avec les auteurs classiques de l’hexagone en même temps qu’il baignait dans les romans de Lovecraft, Asimov, Tolkien et King.


Il a travaillé huit ans dans la presse écrite en tant que chroniqueur de jeux vidéos, ce qui se ressent dans son univers, très visuel et abordable. Il aime à dire qu’un bon livre est téléchargement (1)comme une bonne vieille paire de chaussures : on s’y sent à l’aise, confortable.

Le recueil:

 

Le vagabond et autres thrillers regroupe cinq nouvelles que l’on peut lire indépendamment les unes des autres, même si elles se suivent chronologiquement et qu’elles mettent en scène une aventure de Vick Lempereur, sauf dans la dernière qui est indépendante. Toutefois, les cinq récits reprennent la même thématique: trafics et corruption dans le monde bien fermé et bien lisse des grands laboratoires médicaux.

Nouvelle 1:

Présentation: Le Vagabond, première nouvelle de ce recueil, publiée en 2014, est un récit hybride entre aventures et thriller, dans lequel nous faisons la connaissance de Vick Lempereur, ancien mercenaire parti faire le djihad en Afrique, depuis peu devenu simple vagabond, errant telle une âme en peine. Personnage que l’on retrouvera dans les nouvelles suivantes, excepté la dernière.  Un vocabulaire choisi et précis permet de tisser le style assez soutenu d’expressions habilement construites, imprimant au récit un rythme non pas brutal mais plutôt viril, un peu rude, très vif, à l’image du héros: « Vick se retourna sur le visage chafouin prolongé d’une barbiche d’un Soninké. Ce crâne de taille si réduite surmontant ces larges épaules ne pouvait appartenir tenir qu’à Mohamed Ould Akhtar, chef de guerre de son état ».

Tel le personnage de baroudeur un peu paumé, le ton est souvent sarcastique, un tantinet désabusé parfois, empreint d’un humour souvent grinçant mais jamais méchant: « Maintenant, débarrassez-moi de votre présence ! – Oh ! Quelle tristesse ! Je vais devoir me consoler en me disant que vous allez attendre mon retour avec impatience. » Sur un dernier sourire, il s’éclipsa, l’attaché-case en main. »…Tellement revigorant !!!

Les scènes d’action de cette première histoire sont bien construites, crédibles sans en faire trop, n’étant là que pour faire progresser l’intrigue: « Vick inclina la tête et se baissa. Il forma rapidement la combinaison et le déclic se fit entendre. Il se rejeta de côté juste à temps. La rangers aux solides crampons d’Akhtar passa si près qu’il sentit le déplacement d’air au niveau du menton. La main de Vick alla plus vite que sa pensée. Elle se porta sur le mollet et entraîna la jambe irrésistiblement vers le haut, profitant de l’élan acquis. Dans la fraction de seconde suivante, il délivra un direct du droit fulgurant à l’entrejambe. Akhtar émit un son étouffé et commença à se plier en deux. Son visage prit une teinte bleutée. Une manchette précise au niveau du cou le mit hors de combat pour de bon. »

Les personnages:

  • Vick Lempereur: vêtu d’un bermuda sur ses jambes musclées et velues, d’un gilet en jean sans manches et de sandales uses jusqu’à la corde; un humour décapant, une nonchalance presque féline, des valeurs humaines solides…Vagabond, certes, mais sympathique malgré ses méthodes peu orthodoxes.
  • Mohamed Ould Akhtar: visage chafouin, petite barbiche, crâne de petite taille, sourire éclatant; chef de guerre avec lequel Vick s’est battu autrefois.
  • Grégoire Amelin.
  • Lisbeth Lawson: américaine, trafiquante.
  • Achmed: vieil homme, père du meilleur ami de Vick, Salah.

Les lieux:

l’essentiel de cette histoire se déroule en Mauritanie, région d’Afrique que l’auteur semble bien connaître, avec pour résultat des descriptions précises, bien intégrées dans l’histoire dont elles posent le décor, juste ce qu’il faut pour que le lecteur se retrouve sur les lieux, à la suite de Vick: « A l’ouest, la Kedia d’Idjil – c’était le nom de la montagne avoisinante – dominait de sa masse sombre les bâtiments rasants du quartier ouvrier de Zouerate. La nuit était tombée, une nuit claire où les étoiles luisaient. Si la plupart des rues se révélaient être des pistes poussiéreuses, la cité était quadrillée de telle manière qu’il était toujours possible de retomber sur une route goudronnée, à condition de marcher sans dévier. De vieilles Renault côtoyaient des chèvres qui tractaient parfois des chariots rudimentaires. »

L’intrigue:

Alors qu’il se trouve à bord du train le plus long du monde, Vick Lempereur est témoin d’un meurtre. Craignant pour sa vie, il s’enfuit mais ne tarde pas à tomber sur Akhtar et ses sbires, de vieilles connaissances…

Mon avis: 

Malgré ses indéniables qualités, j’avoue que j’ai eu un peu de mal  avec l’intrigue de Le Vagabond que j’ai trouvée un peu embrouillée. Néanmoins, j’ai beaucoup apprécié cette immersion dans une région que je connais pas du tout, la Mauritanie, dont l’auteur nous donne une vision certes personnelle, mais qui a le mérite de nous ouvrir les yeux sur certaines réalités: « De ce côté, le bourdonnement des conversations supplantait le bruit des rails. Les têtes chevelues s’alignaient en rangs d’oignon, les profils masculins ou féminins, de jeunes ou de vieux, offraient des variations de teint et de physionomie révélateurs du mélange des peuples et ethnies dans cette partie de l’Afrique. »

Nouvelle 2:

Le baiser de la lionne est la deuxième nouvelle de ce recueil. Il s’agit plus d’une nouvelle fantastique constituant une sorte d’introduction de la nouvelle suivante. Comme la précédente, elle a été publiée en 2014. Cette fois, on retrouve Vick Lempereur embarqué dans un safari photo en Tanzanie qui le mènera, entre autres, sur la piste d’une lionne un peu particulière…

Malgré quelques répétitions et maladresses syntaxiques, le style est toujours aussi vigoureux, aussi vif que dans le premier récit. J’apprécie particulièrement la maîtrise narrative dont fait preuve l’auteur, notamment dans la scène où Vick, en proie à des hallucinations, retrouve Albert dans l’obscurité; ou dans la scène avec les lions: « Les mâles faisaient face aux femelles. Rugissements, feulements et grondements. Passée la première phase d’intimidation, le combat s’engagea. Les femelles, rompues à la chasse, plus lestes, évitaient le contact et délivraient force coups de griffes. Les lions jouaient sur leur poids et leur robustesse. Les coups pleuvaient de part et d’autre, plus vite que l’œil ne pouvait les suivre. Les animaux bondissaient, se tournaient autour, se chevauchaient dans de furieuses mêlées. »

Bien que constituant un récit de fiction, Le baiser de la lionne pose en décor de fond le contexte du continent noir, que ce soit l’invasion irrépressible de la modernité entraînant une évolution plutôt étrange de la société africaine, ou la menace du  terrorisme : « Jusque dans les tribus les plus reculées, l’occidentalisation empiétait toujours plus sur les cultures ancestrales. Voir un Burkinabé en tenue traditionnelle consulter son smartphone n’était même plus surprenant, et l’accès à Internet devenait une ressource presque aussi évidente et précieuse que l’eau. Quant à la bonne vieille insouciance africaine, elle n’était pas toujours de mise. Au Mali et dans le Nigéria, en croisant de rares Français, c’était la peur qu’il avait cru deviner sur les traits de visage. L’ombre d’Al-Qaïda planait, mieux valait pour les Occidentaux ne pas s’exposer à un enlèvement. »

Les personnages: 

  • Vick Lempereur: des allures de baroudeur avec sa peau ravinée et bronzée, son turban, son short miteux et son gilet en jean ne valant guère mieux.
  • Albert Grandjean: grand gaillard entre deux âges, aux yeux bleus perçants, au nez rectiligne, au sourire franc, entièrement chauve; robuste malgré un léger embonpoint, traits burinés à l’instar de Vick, dégage une force tranquille.

Les lieux: 

La description des lieux dans lesquels se déroule cette histoire est particulièrement soignée car elle revêt une importance capitale afin de bien comprendre l’implication de l’histoire: « Si la plupart des rues n’étaient pas goudronnées, le béton gagnait quant à lui sur la savane, chancre de la civilisation dite moderne. Bien que n’étant jamais venu à Kahama auparavant, Vick était persuadé que le visage de la ville devait s’être modifié radicalement dans les dernières années – et le changement ne paraissait pas près de s’interrompre. Peu à peu, les constructions s’espacèrent, puis cédèrent le pas aux champs cultivés et à de rares cases parfois complètement délabrées au bord de la route. »… »Vick faisait louvoyer le véhicule avec assurance sur la piste. Les acacias au feuillage aplati si caractéristique jonchaient la plaine où les tons ocre et fauve l’emportaient sur la verdure. Plus rares étaient les baobabs, impressionnantes éruptions de végétation au tronc si large qu’on les aurait dit surgis directement de l’écorce terrestre. »… »Le soir était tombé. Dans le silence de la nuit fraîche, le ricanement d’une hyène retentit. Ils avaient avancé sans relâche, le plus loin possible de la civilisation. Un couple de girafes avait interrompu son dîner de feuilles d’acacia pour détaler sur leur passage. »

Mon avis:

Encore une fois, Le baiser de la lionne est un récit qui, à mon sens oscille entre le récit d’aventures et le conte: un héros ni bon ni méchant mais terriblement humain; un méchant dont on se demande s’il l’est vraiment; des décors somptueux et, au final, une belle leçon de vie.

Citation :

« Voyez-vous, reprit-il, nous autres Occidentaux sommes tous des rouages. Des rouages pensants, des rouages qui ont cinq semaines de congés payés, mais des rouages. La machine qui nous anime semble ne pas avoir de but, peut-être parce que notre intellect est trop étroit pour que nous le concevions, ou bien parce que le but se trouve dans sa recherche. »

Nouvelle 3:

Avec Shopping, nouvelle publiée en 2014, retour à la civilisation illustré par le ton moins rude, le style plus lisse. Pourtant, le thème abordé, les dangers de la virtualité et de l’addiction aux jeux video, n’a rien d’un conte pour enfants. Nous pénétrons dans le monde cruel et sans pitié de la course à l’argent et au pouvoir, finalement bien plus cruel que celui de la jungle dans laquelle les animaux ne se battent que pour leur survie.

Les personnages:

  • Karine Lagoumenie: collègue de Brice à Cyberzyme; spécialiste en biotechnologie.
  • Brice Deschaseux: chef du programme « Code Miroir ».
  • Brigitte: mère de Karine; chirurgienne de renom à la retraite; cheveux blancs bouclés, fossettes, yeux bleu vif; handicapée suite à un AVC.
  • Marc Filippo: chercheur dans l’équipe travaillant sur le « Code Miroir »; collègue de Karine; cheveux bouclés noirs, teint basané.
  • Julie Brach: 25 ans; standardiste pour une société de dépannage située à Lyon; cheveux bouclés aux reflets cuivrés.
  • Roland: petit ami de Julie; 1m78; cheveux courts très noirs, pommettes arrondies, longs cils; 27 ans.
  • Hélène: amie de Julie; visage allongé, cheveux châtain coiffés en queue de cheval, longues jambes; plus grande que Julie; travaille chez Sephora.
  • Delphine Madigeot: actrice, maîtresse de Roland; cheveux blonds bouclés tombant aux épaules avec des mèches plus sombres.

L’intrigue:

Lorsque Julie que son petit ami Roland la trompe avec une actrice, elle rompt brutalement leur relation. Curieusement, le jeune homme semble totalement indifférent: « Le… le temps. Je n’ai pas vraiment le temps de te parler. Je suis en plein milieu d’une partie. Je dois continuer à jouer à Alveg’s Legacy. »

Elle en resta muette de stupeur. Qu’avait dit cette voix désincarnée qui avait si peu en commun avec celle de Roland ? »

Pour la consoler, son amie Hélène lui prête un jeu video qui fait fureur appelé « Shopping ». Le principe est, après avoir analysé l’ADN de la joueuse, de la promener dans des boutiques de mode virtuelles plus vraies que nature et de proposer des tenues vestimentaires et un maquillage adaptés à sa personnalité. Mais bien vite Julie semble complètement ensorcelée par le jeu: « Elle devenait schizo, ou quoi ? Elle ne savait même pas quelle heure il était. Tous ses membres étaient ankylosés, en faisant jouer ses articulations pour s’éloigner de son bureau, elle eut l’impression de s’être transformée en zombie. Sur la table de nuit de sa chambre trônait son réveil mauve fantaisie sur lequel était allongée une Fée Clochette. Ses yeux s’arrondirent. Le réveil devait être en dérangement. Il ne pouvait pas déjà être quatre heures du matin. Elle bossait le lendemain matin – enfin, non, le jour même, dans à peine deux heures, bordel ! Six heures, elle était depuis six heures dessus, sans même se lever une fois pour aller aux toilettes, et elle avait encore envie de jouer ! »

Mon avis:

Shopping propose tous les ingrédients d’un bon thriller: manipulation, poursuite, suicide, scènes d’action, tension dramatique. Une excellente nouvelle qui a le mérite de divertir tout en proposant une intéressante réflexion sur l’addiction aux jeux video et l’aliénation par le virtuel.

Nouvelle 4:

Votre santé, c’est notre avenir a également été publiée en 2014. Cette fois, l’auteur s’attaque à un gros morceau avec un scandale tellement énorme que même l’affaire du Mediator ressemble à « un fait divers ». Le style clair et précis, l’excellente syntaxe nous entraînent dans l’univers surfait, égoïste et corrompu des grands laboratoires pharmaceutiques.

Cette fois, Alan Spade montre la diversité de son talent par le sens de la mise en scène dont il fait preuve au tout début du récit jouant habilement avec le vocabulaire pour peu à peu transformer l’atmosphère : »Des chants grégoriens accompagnés de musique classique s’élevèrent. Peu à peu, le double halo lumineux se propagea pour se rejoindre et ne faire qu’un au niveau de l’imposante porte d’entrée rehaussée de bas-reliefs. Des pierres précieuses scintillantes apparurent tout le long de la façade entre les fenêtres, suscitant des « Oh ! » émerveillés. Elles se mirent à tourner sur elles-mêmes comme pour mieux faire admirer leur beauté évanescente. Chacune à leur tour, cependant, les gemmes devinrent floues. Comme la musique se transformait, perdait de son harmonie et de sa solennité, elles se dédoublèrent, donnant naissance à des reflets d’elles-mêmes en négatif. De teinte marron, auréolés de rouge, les étranges cristaux se multiplièrent, envahirent toute la devanture, noircissant les murs sur leur passage. Ce qui avait été un palais rutilant ressemblait à présent à un corps irrévocablement corrompu, gangrené. Les accords s’étaient faits oppressants, menaçants. »

Les personnages:

  • Henri Lempereur: cheveux courts coiffés avec soin en arrière; chevalière en argent à la main droite.
  • Aristide Damelin: patron de DSN.
  • Lucien Servan: associé de Damelin.
  • Stéphanie: collaboratrice d’Henri; boucles blondes, très belle.
  • Brian Mac Erwin: directeur commercial du groupe Dactel; grand blond; Écossais.
  • Marlyse Remaclo: assistante de direction d’Aristide.
  • Bertrand Luvergne: expert médical; crâne dégarni, favoris noirs, petites lunettes ovales; type du médecin guindé.
  • Vick Lempereur.

Mon avis:

Avec Votre santé, c’est notre avenir, on entre de plein pied dans le thriller. C’est bien écrit, bien documenté, cynique et flippant à souhait!! Il ne nous reste plus qu’à espérer que le monde fou dan lequel nous vivons ne le deviendra pas plus.

Nouvelle 5:

Grand Pouvoir Séculaire, liée aux quatre autres par la thématique, n’en reprend pourtant aucun personnage. Elle s’apparente plus du récit fantastique que du thriller avec une fin très surprenante…Mais là, je n’ai pas envie de vous en dire plus. Je préfère vous laisser découvrir ce texte curieux, témoin de la capacité de son auteur à se glisser dans des univers très divers à l’aide de styles-caméléon. Bluffant !!!

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