Publié dans Passion lecture

Passion lecture: La Vie Ailleurs, Leslie Héliade.

La vie ailleurs, roman auto-édité issu de la plateforme SimplementPro, raconte la vie d’expatriés installés en Inde, avec tendresse et humour: « Ce matin, au réveil, Hervé Planchon s’est regardé dans la glace et s’est étonné de la taille de son ventre. On lui avait

 

dit qu’il perdrait du poids dans ce pays, mais depuis qu’il est là, les kilos se sont accumulés de façon scandaleuse. Il déteste la nourriture qu’on lui sert le midi au restaurant du coin. Pourtant, il se gave de naans et de chappattis pour faire passer le piquant du curry. Privé d’alcool parce qu’il est difficile de s’en procurer, il n’en a jamais bu autant, comme pour compenser la sensation de manque. Et là, ce ventre énorme leleslie héliade regarde. »… »Maintenant, il ne fait plus attention à tout ça. Il a pu arriver que Cholan renverse un type dans la rue, mais celui-ci n’a rien eu de grave. Une autre fois, ils ont percuté un troupeau de vaches. Là, par contre, le chauffeur a eu peur. Il lui a expliqué que si les paysans du coin l’attrapaient, ils le lapideraient sur la place… On ne touche pas aux vaches sacrées. Alors bon, tout cela ne le gêne plus. L’autoroute peut devenir soudainement à double sens. Les feux ne servent qu’à illuminer les rues. »

Le style est agréable à lire malgré quelques maladresses et de très nombreuses fautes d’orthographe et de syntaxe. Le ton est désinvolte et ne sombre jamais dans le mélo. De très nombreux dialogues agrémentent le récit et le rendent très vivant.

La vie ailleurs met en avant la distance qui existe entre deux civilisations, celle de l’Inde et celle de l’Occident, aux antipodes l’une de l’autre en décrivant la vie quotidienne des expatriés et des Hindous: les habitudes alimentaires, les habitations, mais en abordant également des sujets aussi importants que l’éducation des enfants, la religion, la place des femmes dans la société, le regard porté sur le monde dans lequel on vit.

chennai

Leslie Héliade nous montre les contrastes de l’Inde sans jamais juger ni médire: « Il a rendez-vous dans un haut building recouvert de vitres teintées, sans doute l’un des plus riches de la ville, construit il y a peu, juste en face d’un bidonville. Dans deux ans, on croira qu’il date des années cinquante. Entre l’humidité, la chaleur et la piètre qualité de la conception, tout vieillit trop vite ici. »… »Vers onze heures, il est revenu chez lui, avant que le soleil ne soit trop haut et qu’il ne fasse trop chaud. Dans son quartier, il y a six heures de coupures d’électricité par jour, en ce moment : deux le matin, deux l’après-midi, et deux la nuit. Il sait qu’il y a des endroits où il y en a moins. Il y a même un lieu, là où vit le premier ministre du Tamil Nadu, où il n’y en a jamais. » Simplement dire: regardez comment on vit en Inde, ni mieux ni plus mal qu’ailleurs, seulement différemment.

Les très nombreux personnages de ce roman se partagent en deux groupes: les Occidentaux expatriés et les autochtones décrits très simplement, là encore sans jamais porter de jugement. Chacun d’eux, constituant une des pièces de l’immense puzzle, apparaît à un moment du roman dans un petit chapitre qui lui est consacré et dans lequel on découvre sa vie, son passé, ses rêves, ses ambitions, ses peurs aussi, un peu comme au théâtre. Les interactions entre les différents personnages se tissent au fil des rencontres qui les font se croiser un jour ou plus dans la ville de Chennai. Chacun d’eux illustre un des multiples aspects qui caractérisent l’Inde en général.

chennai 2
Chennai

Les lieux sont admirablement décrits, permettant au lecteur de se plonger plus aisément dans le dépaysement total proposé par La vie ailleurs, montrant les contrastes criants qui font néanmoins partie du quotidien; les quartiers dédiés aux étrangers: « Vers dix-huit heures, Meena rentre enfin chez elle. Tout est organisé pour le lendemain. Le matin, ils verront un cinq pièces dans un quartier riche très fréquenté par les expatriés. Elsa n’aura pas de piscine dans son immeuble, mais pourra prendre un abonnement à la salle de sport qui est juste en face, dans le luxueux hôtel Sheraton. Frank devra aussi renoncer à sa maison avec jardin, mais il sera dans l’un des rares quartiers de Chennai où il est possible de se promener, parce qu’il y a des trottoirs et un ramassage des ordures organisé. »À Chennai, la misère est partout. Mais cela n’a rien à voir avec Delhi et tout le nord de l’Inde, où les gens sont encore beaucoup plus pauvres. Ici, ils arrivent à trouver de quoi se nourrir. La région est plus riche. Même les plus démunis survivent. C’est le Sud. »

La vie ailleurs propose une très belle leçon de vie: ce sont les multiples différences et visions du monde qui en crée toute la richesse; ce sont tous ces contrastes qui donnent ses couleurs à la vie. Ne pas juger l’autre, ses manières que l’on ne comprend pas, ses habitudes, la façon dont il perçoit son environnement. la perfection n’étant pas de ce monde, aucun système politique, aucune organisation sociale ne peuvent se prévaloir. tous ont leurs avantages et leurs inconvénients, mais une seule et unique valeur se détache en lettres de feu : le respect de l’autre. Et se dire que le bonheur, le vrai, ne se comptabilise pas en billets de banque; c’est un état d’esprit.

Citations: chennai 1

« Le problème d’Elsa, ce n’est pas son apparence. Non, elle a beaucoup de chance. Trop de chance. Même avec sa tonte bizarre, elle arrive à rester jolie. Son vrai problème, c’est qu’elle ne sait pas ce que c’est que le malheur. »

« Et comme de toute façon, il n’a pas le choix et qu’il va l’épouser que cela lui plaise ou non, il vaut mieux voir les choses du bon côté. Elle a de très jolies mains et une belle taille que met en valeur son sari. Son visage est rond, son nez un peu épaté, et sans doute serait-elle plus jolie avec quelques kilos en moins. Ensuite, elle est un peu petite. Mais cela lui donne un air enfantin. »

« Et maintenant que j’y suis, continue-t-elle, maintenant que je me sens à l’abri et que je n’ai plus rien à redouter, je me sens vide… Donc, oui, je vais écrire un roman, sur ce pays. Tu vois, le bonheur, c’est un état d’esprit. C’est bien une chose que les Indiens m’ont appris : ils sont tellement heureux, eux qui n’ont rien… La moindre petite chose les fait sourire ! »

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s