Publié dans crime, Dossiers police scientifique, empreintes digitales

Dossier n° 14: Analyser une scène de crime.

Un crime vient d’être commis. Les experts arrivent sur les lieux. Enfilons notre combinaison blanche, chaussons nos surbottes, coiffons notre charlotte et suivons-les…

Introduction:

L’un des premiers objectifs des enquêteurs est de reconstituer le crime et les faits, déterminer la succession des événements, qui étaient les personnes présentes, quels ont été leurs actes, à quel endroit précis se tenaient-ils. Afin de répondre à ces questions, la première étape consiste à réunir des indices, interroger les témoins, les suspects, les éventuels survivants. La deuxième étape consiste à élaborer des raisonnements logiques en s’appuyant strictement sur les faits, en les éclairant à l’aide de méthodes scientifiques.

 Reconstituer avec les indices relevés:relevé traces sang.jpg

Traces de pas, empreintes digitales, traces d’outils par exemple sur une fenêtre ou une porte, éclaboussures de sang, trajectoire de balles, fragments de peau sous les ongles de la victime, blessures de cette dernière qui peuvent indiquer la position de l’agresseur…Tous ces indices vont permettre aux enquêteurs de reconstituer les circonstances du crime, première étape vers sa résolution.

Il arrive souvent qu’une scène de crime soit corrompue par le meurtrier afin d’égarer les soupçons de la police: le mari qui assassine sa femme de plusieurs coups avant de placer son corps au pied de l’escalier afin de faire croire à une chute accidentelle; l’incendiaire qui met le feu à sa victime; la femme qui monte une fraude à l’assurance en cachant ses bijoux avant de mettre en scène un  faux cambriolage, par exemple en répandant le contenu de ses tiroirs par terre et en brisant une vitre; le cambrioleur surpris en plein pendant son larcin, assomme sa victime et lui tire une balle dans la tête afin de faire croire à un suicide.

Bain de sang ou comment l’analyse des indices en apprend beaucoup sur le crime:

voilà ce que l’adjudant Benoît Lumière appelle une sale affaire, en examinant les clichés des corps. Une vraie boucherie: deux sœurs, Noémie et Karine sauvagement assassinées, l’une d’un coup de sabre, l’autre à la hache, tandis que Richard, le mari de la première, est tué d’un coup de fusil qui l’a défiguré. Pour tenter de comprendre ce qui s’est passé, l’adjudant se concentre sur les traces de sang qui maculent la scène. Car Lumière sait faire parler les éclaboussures: capables de lui révéler le type d’arme utilisé, le nombres de coups portés ou les éventuels déplacements de corps, elles vont lui raconter l’histoire de ce crime. Or, l’histoire qu’elles racontent ne colle pas avec l’accusation de triple meurtre portée contre Albert, le mari de Karine, don t le procès vient de s’ouvrir.

crime-64067_640Afin de disculper son client, l’avocat d’Albert, maître Cornot, espère convaincre que Richard n’est pas une des victimes mais le véritable meurtrier. En effet, Carole Ballet, l’experte en trajectoires de balles, confirme: le coup de feu qui a tué Richard semble avoir été tiré par lui-même. Donc, ce serait un suicide, pense notre adjudant, expert en morpho-analyse des traces de sang, qui s’explique: « L’analyse des taches de sang vise à reconstituer le scénario le plus probable des événements. Par exemple, une blessure provoquée par une arme à feu produit une sorte de brouillard de fines gouttelettes alors que les coups de chandelier engendrent des traces plus larges. A partir de la forme et de la direction des taches et avec un tant soit peu de géométrie, on peut déduire les trajectoires des gouttes de sang. Ainsi, il est possible de localiser l’origine de la blessure dans l’espace. »

Ainsi, si quelqu’un avait tiré de face sur Richard, le sang aurait été projeté sur le mur du fond. Or, la constellation de taches observées sur le plafond conforte plutôt la thèse du suicide. Richard n’est pas une victime….ce qui ne signifie pas pour autant qu’il est le meurtrier recherché! A moins que…Les enquêteurs ont trouvé beaucoup de sang sur le corps de Richard. Le plastron de sa veste en est maculé mais le dos présente également d’étranges traces rectilignes, l’une sur l’épaule droite, l’autre dans le bas du dos à gauche. Or, l’alignement des gouttes au sein de la trace est caractéristique: ces taches, appelées traces de rejet, ont été produites par une lame ensanglantée lors des mouvements de l’assassin. Mais comment expliquer qu’elles se trouvent dans le dos de Richard?

Simplement parce que l’assassin, c’est lui ! Imaginons la scène: Richard a tenu l’arme en l’air puis a frappé à plusieurs reprises en levant son bras très haut à chaque fois. Avec la vitesse, l’arme s’est « égouttée » en projetant des traces au plafond jusque dans son dos. Etfirearm-409252_640 pourquoi deux traces si distinctes? Tout simplement parce que elles proviennent de deux armes différentes. La première, une hachette courte, a marqué l’épaule; la seconde, un sabre à la lame beaucoup plus longue, a marqué les reins. Pour une innocente victime, Richard avait les mains et le dos trop rouges. Albert fut jugé non coupable et acquitté !!

L’examen des alentours:

La zone qui entoure une scène de crime est de première importance, notamment le chemin suivi par les enquêteurs pour y accéder. Il convient donc de l’examiner avec beaucoup de minutie.

Les experts prélèvent des échantillons de terre et de végétaux susceptibles de se retrouver sur les vêtements du suspect. Si la zone se trouve en plein air, les policiers forment une ligne et progressent lentement afin de ne négliger aucun centimètre carré. Exposée aux éléments naturels, il ne faut pas perdre de temps au risque de voir le site subir de soudains changements.

Quand les policiers recherchent une arme du crime restée introuvable, ils peuvent sonder les lacs, mares ou cours d’eau dans un périmètre assez large. On la cherche également avec un détecteur de métaux ou un radar. Dans le cas où la victime aurait été police scientifique 2enterrée, on fait appel aux chiens policiers.

En 2001, un touriste anglais, Peter Falconio, fut assassiné dans l’outback australien. Les policiers australiens, aidés de traqueurs aborigènes ayant une excellente connaissance des lieux, fouillèrent un territoire équivalant à deux fois la France sans jamais découvrir le cadavre. Mais la petite amie du jeune homme, Joanne Lees, ligotée par leur agresseur, réussit à s’enfuir à la faveur de la nuit, en se cachant dans les broussailles. Deux ans plus tard, Bradley Murdoch fut interpellé comme suspect dans une affaire de viol. Or, le docteur Jonathan Whitaker, expert auprès du Forensic Science Service britannique, parvint à établir que son ADN était identique à celui retrouvé sur les liens de la jeune femme. Murdoch fut condamné à la prison à perpétuité.

En 2006, dans l’Alabama, les investigations menées dans le voisinage permirent de résoudre neuf incendies d’églises. Aucun indice ne fut relevé à l’intérieur des églises, mais le même jeu de traces de pneus fut découvert à proximité de six des sites en question. Les enquêteurs inspectèrent 500 véhicules et interrogèrent 1500 personnes avant d’établir le lien entre les pneus et un magasin. L’une des clientes était la mère d’un étudiant de Birmingham, Matthew Lee Cloyd âgé de vingt ans,  qui fut aussitôt soupçonné. Le jeune home ne tarda pas à avouer ses crimes à son propre père. Deux autres étudiants furent également arrêtés. Les trois jeunes gens plaidèrent coupables et déclarèrent qu’ils avaient allumé les incendies « par jeu ».

 

 

 

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7 commentaires sur « Dossier n° 14: Analyser une scène de crime. »

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