Publié dans Interviews exclusives, roman policier

Interview exclusive de Carl Pineau, auteur de « L’Arménien ».

Un grand merci à Carl Pineau qui a bien voulu répondre à mes questions et nous expliquer quelques-uns de ses secrets d’écrivain…Un agréable moment en compagnie d’un homme sympathique et d’un écrivain humble mais passionné par son travail.

1)Dans votre biographie, vous avez déclaré qu’à l’âge de 21 ans, vous avez repris vos études. Puis-je vous demander dans quel domaine ?

Lorsque j’ai quitté l’univers de la nuit, j’ai repris des études à l’international à la CCI de Nantes. C’est ensuite en alternance avec un poste commercial Europe basé à Lyon que j’ai obtenu un DESS en Markéting à l’IGR de Rennes.

Au Québec, j’ai suivi les cours de création littéraire de l’Université Laval.

2)Vous avez également déclaré aimer les voyages. Est-ce pour vous une source d’inspiration ?

J’ai toujours eu envie d’écrire et de voyager. Ce sont des rêves de gamin indissociables. Seulement, il m’a fallu vite gagner ma vie. J’ai dû attendre mes quarante ans pour commencer à croire possible de les réaliser. Lorsque nous sommes partis au Québec, j’avais en tête de raconter des histoires se déroulant en France. Mais les voyages m’ont permis de vivre des expériences et des rencontres qui nourriront mes futurs romans.

3)J’aimerais savoir quel genre d’écrivain vous êtes : avez-vous besoin d’un endroit particulier pour écrire ou pouvez-vous le faire n’importe où ?

Au fil des années, j’ai appris à écrire partout, dans le bruit, avec du monde autour de moi, je parviens à m’isoler dans une bulle. Lorsque je suis en phase créatrice, le seul impératif est que je m’y attèle tous les jours plusieurs heures. Le moindre écart à cette régularité et c’est un enfer… J’évite les sorties avec les amis, les soirées trop arrosées… Bref, un sacerdoce… Par toujours agréable pour les proches. Mais c’est cette constance qui me permet d’extirper de mon cerveau des histoires qui émergent de loin. D’une imagination sur des personnages dont j’ignore parfois l’origine.

4)Ecrivez-vous à la main ou directement sur votre ordinateur ?

J’ai rédigé mon premier roman à la main, mais le temps des retranscriptions sur l’ordinateur rendait ce travail impossible. J’ai entamé le deuxième sur ordinateur… Je continue par contre à écrire la poésie sur papier.

5) Quelles sont vos influences littéraires ?

J’adore des auteurs comme James Lee Burke, John Le Carré, Henning Mankel, Trevanian, Don Winslow, Thomas H.Cook… Et l’univers d’américains comme Dashiell Hammett, Raymond Chandler…

Pour autant, la lecture et la relecture des classiques, André Gide, Hermann Hess, les écrivains du 19s en général, m’apportent du vocabulaire et une fluidité de la langue. J’apprécie la poésie pour la métaphore, je suis sensible aux poètes surréalistes, et au saisissement de l’instant de Philippes Jacottet. Je lis beaucoup d’autoédités que je découvre sur les chroniques dans les groupes FB.

6)Pour quelle raison avez-vous choisi d’écrire des romans policiers ?

En premier lieu parce que j’aime la littérature sombre. Les personnages humains avec des failles, plongés dans les mailles d’une intrigue criminelle. C’est donc tout naturellement que je me suis dirigé vers le roman policier. Avec l’Arménien, je voulais trouver une approche narrative différente, d’où ce choix des deux voix alternées : la psy, et le coiffeur déjanté mais terriblement humain.

À l’avenir, je ne m’interdis rien, j’ai un projet en cours d’une narration au « je » d’un enfant assassin, qui n’utilisera pas les ressorts du genre policier.

7)En ce qui concerne le domaine policier, connaissez-vous des policiers ou faites-vous des recherches sur le net ou autres ?

L’Arménien m’a permis de retrouver un ami policier et de m’en faire un nouveau, dont le regard sur le prochain roman me sera précieux. Oui, je fais beaucoup de recherches sur le net, musiques, évènements, lieux… C’est la meilleure façon de valider mes souvenirs et d’enrichir les textes.

8)Pourquoi avez-vous fait le choix de l’auto- édition ?

Après quelques tentatives, il m’a semblé qu’il serait très difficile de trouver un éditeur. J’ai donc opté pour l’auto-édition. J’ai choisi Librinova pour son programme d’agent littéraire. Cela reste mon objectif : entrer dans une relation de confiance avec des personnes qui m’aideront à aboutir mes romans au plus près de mon intention initiale, et qui les soutiendront ensuite. Mais je suis heureux de ce choix éditorial qui m’a apporté de très beaux contacts directs avec des blogueurs, des journalistes et des lecteurs.

9) En combien de temps avez-vous écrit l’Arménien ?

J’ai entamé la rédaction de l’Arménien en 2010, au Québec, dans la cadre de ma formation en création littéraire à l’université Laval. Pour un des modules, nous devions produire deux mille mots par semaine. J’ai rédigé le premier jet entier du roman en trois mois ! L’histoire sortait de moi comme s’il elle avait toujours été là. Ensuite j’ai laissé reposer le roman plusieurs fois, m’y remettant par périodes de trois à quatre mois. C’est finalement cinq années de travail et de maturation pour aboutir à une version qui m’est apparue « livrable aux lecteurs.»

10)Un des aspects de votre roman que j’ai apprécié est son ambiance « roman noir ». Quelle est votre culture cinématographique ?

Je suis plus lecteur que cinéphile. Si je devais vous citer des cinéastes ce serait d’abord Stanley Kubrick, avec un faible pour Orange Mécanique, Lolita, Barry Lindon, et, Shining inspiré de Stephen King (auteur que je n’ai pas cité mais que j’adore aussi)

La performance de Jack Nicholson est incroyable.

( Tout comme elle l’est dans Vol au dessus d’un nid de coucou de Milos Forman et dans Le facteur sonne toujours deux fois, tiré du super roman de James Mac-Caine. Nicholson et Jessica Lang font de ce film un chef-d’œuvre d’ambiance.)

Le deuxième serait Rydley Scoot, Blade Runner, que je viens de revoir avec mes fils, après avoir été voir Blad Runner 2049, spectaculaire suite du Canadien Denis Villeneuve (un peu moins rythmé néanmoins), et bien sûr le premier Alien.

Et puis, je dois citer les westerns spaghettis, les films avec des dialogues d’Audiard, le réalisateur Rainer Werner Fassbinder, et les films en noir et blanc Manhattan de Woody Allen, Le dernier combat de Luc Besson, et enfin Citizen Kane d’Orson Welles, que j’aurais peut-être dû placer en premier.

11)Un autre aspect est sa construction originale, je m’explique : au lieu de développer une enquête policière classique, « L’Arménien » alterne les points de vue de deux personnes proches du mort. Pourquoi ce choix ?

J’avais envie de changer le point de vue du lecteur en sortant du « il omniscient » ou du « Je » de l’enquêteur. J’ai eu l’idée d’inventer deux personnages aussi dissemblables que possible pour apporter un regard croisé sur la victime. J’ai donc donné naissance à un coiffeur déjanté et une psychiatre rebelle qui se souviennent de leur relation avec le personnage énigmatique assassiné. À partir de là, le travail littéraire a constitué a éloigner au maximum leur voix, de rendre le coiffeur plus voyou et la psy plus analytique, tout en bâtissant une intrigue à rebondissement qui tienne le lecteur en haleine.

12)Avez-vous construit votre intrigue autour d’un lieu précis ou d’un personnage ?

Je dirais que l’intrigue repose sur ma connaissance des nuits nantaises des années 80s’. Je suis parti du fait divers d’un meurtre sordide pour construire l’ébauche d’une histoire. Après avoir fait vivre les deux narrateurs, je les ai laissés évoluer presque en dehors de ma volonté. Au point que la fin n’est pas celle que j’avais envisagée au début de l’écriture, ni même lors d’une des premières versions. Et je crois que c’est pour cette raison qu’elle surprend autant le lecteur.

13)Dans ce roman, votre attachement à votre ville natale est très palpable au point d’en faire plus qu’un décor. Avez-vous eu conscience que Nantes est un des personnages principaux de votre roman ?

Oui, c’est le vent de liberté qui a soufflé sur cette ville au début des années 80 que je voulais faire revivre. Une liberté incroyable dans une époque où les radios libres propulsaient des nouveaux groupes musicaux au-devant de la scène.

14)A ce propos, la Nantes de 2018 a-t-elle beaucoup changé par rapport à la ville des années 1980 ?

Ce n’est pas tant la physionomie de la ville qui a changé, même si elle s’est étendue sur l’île de Nantes avec un programme de développement ambitieux, c’est à mon sens le sentiment d’insécurité qui s’est installé. Dans les années 80, la violence existait, mais elle n’était jamais gratuite. C’est la structure de la délinquance qui s’est modifiée, la fin des « barons mafieux » et l’apparition des gangs que je décris dans l’Arménien, et qui se prolongera dans les années 90 et 2000, que les lecteurs découvriront dans les deux prochains Opus des Nuits Nantaises.

15)J’aimerais savoir comment vous créez vos personnages : par exemple, les personnages de Françoise et de Bertrand, la psy bourgeoise et le coiffeur un peu paumé, sont-ils complètement imaginaires ou inspirés de gens que vous connaissez ou avez connus ?

C’est un mélange de souvenirs, d’intérêts personnels et d’imagination. Je suis amateur de psychologie, un narrateur capable d’analyser la personnalité de la victime m’est donc venu rapidement. Par opposition, il me fallait un profil très différent, quelqu’un qui ait partagé la vie intime de la victime. Toujours avec l’idée de les éloigner pour grandir l’intérêt de leurs regards croisés, j’ai décidé qu’il y aurait une femme et un homme. J’ai des amis psychiatres et j’ai connu des « dragueurs impénitents », mais en modifiant les physiques, les profils, les histoires personnelles, et surtout en exagérant l’archétype des personnalités, j’ai créé des personnages qui n’ont jamais existé.

16)Est-ce un choix délibéré de votre part d’avoir créé l’inspecteur Greg Brandt un peu dépassé, comme s’il n’était pas vraiment capable de mener cette enquête à bien ?

En raison du choix narratif par deux autres personnages, Greg Brandt n’est pas au centre du récit. Pour autant, c’est un personnage sensible et intelligent avec une histoire dure. On le découvrira mieux dans le Sicilien, mais il ne sera toujours pas le narrateur…

17)Les femmes dans votre roman sont aussi présentes que les hommes. Êtes-vous plus à l’aise avec les personnages masculins ou féminins ?

J’ai adoré me plonger dans la tête de Françoise, dans sa façon de vivre et d’analyser les évènements. C’est peut-être paradoxal, mais sa voix narrative m’a donné moins de mal que celle de Bertrand. J’ai aussi beaucoup d’affection pour Valérie, la vestiaire du Château, une femme qui se bat avec ses armes pour survivre dans le monde dur des voyous.

18)Pour terminer cet entretien, j’aimerais savoir si vous avez prévu d’autres épisodes aux « Nuits nantaises ». Si oui, quand aurons-nous le plaisir de les lire ?

Je finalise actuellement le Sicilien, l’opus 2 des Nuits Nantaises, qui démarre dans les années 90. Il devrait paraître en 2018. Je raconte cette fois l’histoire à travers la voix au « Je » du principal suspect du meurtre d’une jeune fille. On y retrouvera l’inspecteur Brandt. Je souhaite écrire une trilogie des Nuits Nantaises. Trois intrigues autonomes qui dérouleront une photo de notre société et de la délinquance sur les décennies 80, 90 et 2000.

Publicités

Un commentaire sur « Interview exclusive de Carl Pineau, auteur de « L’Arménien ». »

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s