Publié dans Passion polar

Passion polar: Colorado Kid, Stephen King.

Le roman:

Colorado Kid, roman court écrit et publié en 2005 par Hard Case Crime, maison d’édition américaine spécialisée dans la publication en livre de poche de romans noirs avec des

couvertures dans le style des magazines pulps des années 40 et 50. Il constitue une véritable parenthèse car, à l’époque, Stephen King était en plein dans la publication des pulpsépisodes 5 à 7 de sa saga La Tour sombre, parus en 2004 et 2005une sorte d’hommage rendu aux romans noirs de Raymond Chandler et aux romans à énigme concoctés par Ellery Queen.

La construction du roman propose une histoire imbriquée dans une autre histoire, dans un subtil jeu de poupées russes ; deux vieux journalistes racontent à leur jeune stagiaire, dans le but de tester ses capacités de déduction et donc son aptitude à devenir une très bonne journaliste, l’affaire la plus mystérieuse qu’ils ait connue dans leur longue carrière.

Les pulp magazines sont des publications peu coûteuses et de qualité matérielle très médiocre, très populaires aux USA pendant la première moitié du XXe siècle, principalement dans les années 40 et 50. Ces revues publient des récits de fiction présentés comme inspirés de faits réels, abordant des thèmes très divers, allant de la romance au récit fantastique, en passant par des histoires de détective et de science-fiction.

Le sujet du livre concerne la mort mystérieuse d’un homme sur une petite île au large de l’état de Maine. Le style alterne les passages très prosaïques avec des passages plus imagés: « Et les jours où le brouillard déferlait sur la terre, où tout le paysage semblait s’effacer, et où la complainte de la corne de brume montait par vagues comme la voix d’une bête immémoriale » (Page 22)…Inutile de s’attarder sur les  différentes facettes du talent d’écrivain du maître….

L’intrigue:

Vince et Dave, deux vieux journalistes faisant vivre le journal local, racontent à Stéphanie, leur jeune stagiaire désireuse de devenir à son tour journaliste, une histoire de mystère non résolu: la découverte par deux jeunes du cadavre d’un inconnu dont on ne sait s’il s’est suicidé ou s’il a été victime d’un accident ou d’une meurtre. Ayant suivisunrise-1949976_640 les évolutions de l’enquête menée par la police et ayant eux-mêmes fait des recherches, ils racontent à la jeune femme comment ils sont parvenus à établir l’identité du mort mais non les circonstances de sa mort ni les raisons de sa venue sur l’île, située à des milliers de kilomètres de son lieu de résidence.

Les personnages:

  • Hanratty: chroniqueur au Globe.
  • Vince Teague: journaliste au Weekly Islander; 90 ans; maigre, mains tordues par l’arthrite.
  • Dave Bowie: collègue et ami de Vince, rédacteur en chef du Weekly Islander; 65 ans mais en paraît vingt de plus.
  • Stephanie McCairn: stagiaire au Weekly Islander; ravissante.
  • Helen Hafner: serveuse au Goéland Gris; quarantaine d’années, un peu grassouillette.
  • Madame Pinder: secrétaire à mi-temps au Weekly Islander.
  • Paul Devane: étudiant an stage à la police au moment de la découverte du cadavre.
  • Le mort.
  • Johnny Gravlin: jeune homme qui a découvert le mort; petit ami de Nancy; joueur de foot, gai luron du vendredi soir; maire actuel de la ville.
  • Nancy Arnault: 17 ans au moment de la découverte du mort; petite amie de Johnny.

Les lieux:

L’action se déroule sur la petite île de Moose-Lookit située au large du Maine. Tout pourrait faire penser que rien ne distingue cet endroit perdu, paradis des pêcheurs et des touristes. Mais il n’en est rien. L’endroit est dangereusement attachant, comme coastline-2074293_640Stéphanie ne tardera pas à en faire l’expérience, et comme seule la plume de Stephen King peut nous le faire sentir: « Le soleil était chaud, l’air doux, la brise délicatement chargée de sel et du son des cloches, des cris des cornes et du clapotis de l’eau. Elle avait appris à aimer ces sons-là, et ce en quelques semaines à peine. » (Page 31).

Mon avis:

Que dire sinon que, comme à son habitude, Stephen King maîtrise à la perfection l’art de distiller un suspense propre à attiser l’envie du lecteur de poursuivre sa lecture; le mystère ménagé autour de l’histoire du mort mystérieux, que les deux collègues de Stéphanie ne semblent pas avoir envie de raconter alors qu’ils ne ménagent pas leurs commentaires et analyses à propos d’autres histoires mystérieuses arrivées dans la région: « Pour sûr, l’histoire du Gamin du Colorado est une véritable embrouille, c’est pourquoi elle ne collerait pas pour le Globe de Boston, vous voyez, dit Vince. Y a trop d’éléments inconnus, pour commencer. Et ensuite, y a rien qui tombe sous le sens. »(Page 37)…Mais à elle qui fait désormais partie de leur petit clan, ils vont la raconter.

Citations:

« …Ces deux hommes ne l’ aimeraient pas moins si elle loupait une réponse, mais elle en était venue à vouloir leur faire plaisir, comme seulement elle avait voulu faire plaisir à ses meilleurs professeurs de lycée et de fac. ceux qui s’impliquaient de tout leur cœur dans leurs engagements. » (Page 35).

« Pour une femme, un homme est prêt à faire tout un tas de choses qu’il regretterait immédiatement une fois seul. » (Page 48)

« La curiosité est un vilain défaut, tu sais, mais la satisfaire ça fait fichtrement du bien. » (Page 59)

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