Publié dans éditions du Caïman, Passion polar français

Passion polar français: Le Sécateur, Eric Courtial.

Comment un inoffensif sécateur peut-il devenir une arme terrible?

L’auteur:

Eric Courtial est né en 1969 à Saint-Etienne. Manager commercial d’une grande banque éric courtialde détail il est également lecteur assidu de romans policiers et de thrillers. En 2012, il décide de se mettre à l’écriture et rédige Tunnel qui sortira fin 2015. Il récidive avec Le sécateur en 2017, également publié par les éditions du Caïman.

 

 

Le roman:                                             téléchargement

Le style est alerte, fluide, mettant directement le lecteur dans l’action. Grâce à la précision de ses nombreux détails tel un scénario de film noir, le lecteur suit l’action pas à pas, comme s’il se trouvait dans la même pièce que les protagonistes: « Il accrocha sa veste en cuir au portemanteau et sortit son ordinateur portable de la sacoche qu’il portait en bandoulière. Il le fixa sur le socle d’où sortaient les câbles d’alimentation électrique et du réseau et appuya sur le bouton de mise en marche. » (Pages 25-26). Comme dans cet autre extrait: »Benoît Delpierre passa devant le bureau de sa secrétaire, entrouvrit la porte et lui demanda de ne passer aucun appel durant son rendez-vous. Elle acquiesça d’un simple signe de tête. » (Page 48).

Les chapitres sont plutôt courts au début du roman et s’allongent quand l’enquête s’enlise. Chacune des scènes est exposée avec beaucoup de minutie sans toutefois tomber dans le superflu. L’amitié et la solidarité sont des thèmes qui jalonnent tout le roman et lui donnent sa force. Mais le sujet de réflexion qui m’a le plus interpellée est ce que l’on appelle « l’effet papillon »: comment mesurer l’impact et les conséquences qu’un événement jugé anodin dans la vie d’une personne peuvent avoir sur sa vie, même des années plus tard? « Comment identifier toutes ces bombes à retardement dans lesquelles macèrent des rancœurs et des tourments  et qui explosent un jour sans que l’on sache quel a été le déclencheur? » (Page 227). Ce qui me rappelle la base du roman d’Eric-Emmanuel Schmitt La Part de l’autre dans lequel l’auteur se demande ce qui serait advenu de notre monde si Hitler n’avait pas été recalé au concours d’entrée à l’Ecole des Beaux-Arts de Vienne?

L’intrigue:

Découverte d’un corps sur une voie de chemin de fer à la sortie de la gare de Sathonay, sans papier, décapité par le train le chauffeur n’ayant pu arrêter le train à temps.railway-track-3123311_640Suicide? Accident?Meurtre? L’enquête s’avère difficile par le manque d’indices probants.

Une seconde victime, apparemment tuée par le même tueur même si le modus operandi  diffère, est retrouvée chez elle, dans la chambre du petit pavillon situé dans le quartier des Brosses à Villeurbanne. Quel lien entre les deux victimes à part leur vie sans histoire? Mais si leur vie est réellement sans histoire, pourquoi les supprimer aussi sauvagement?

L’enquête piétine et la psychose s’installe dans la population après que le tueur ait envoyé une lettre à la presse. Et si sa motivation était personnellement liée à la période où le commissaire Fournon officiait à Dinan avant d’être muté dans la région Lyonnaise?

L’enquête: la façon dont l’histoire est racontée intègre le lecteur dans le défi auquel le commissaire et son équipe sont confrontés: retrouver le tueur avant qu’il ne fasse d’autres victimes. Comment vont-ils s’y prendre? De quelle manière vont-ils mener cette délicate enquête? Voilà une des forces de ce polar.

La difficulté est que aucun membre de l’équipe n’a jamais enquêté sur un serial killer, raison pour laquelle Paris leur envoie Bogdan Kosnicky, l’un des meilleurs profilers français. Mais l’équipe reste soudée: « Il déboula quelques instants plus tard dans l’open-images.jpgspace pour faire un point avec son équipe…Il n’eut pas besoin de sonner le rappel: toute son équipe l’avait vu arriver et chacun s’était levé pour venir former un demi-cercle autour de lui. Il constata sur leurs visages une expression de lassitude mêlée d’espoir. L’espoir qu’il les guide vers une piste; l’espoir qu’il leur donne une raison d’espérer un dénouement heureux à cette situation à laquelle aucun n’avait jamais été confronté. » (Page 117).

La presse: les media, omniprésents dans notre société tout entière vouée à l’image et à l’information, est très souvent évoquée dans  Le sécateur, que ce soit au début de l’enquête: « Nous voilà avec un tueur en série sur les bras. Les medias vont se déchaîner…Maintenant, il va falloir vous ressaisir car la presse ne va pas tarder à fouiner… » (Pages 37-39).

Le rôle négatif qu’elle peut jouer, les journalistes étant toujours à l’affût du scoop qui pourrait faire décoller leur carrière, souvent au mépris des familles des victimes: « Vous voulez mettre le paquet au niveau de la presse? Vous voulez créer une psychose? » (Page 59)… »La presse à scandale allait s’emparer de l’affaire, véhiculer de fausses informations, découvrir des témoins improbables, interviewer des proches qui risquaient de fustiger la police pour son manque d’efficacité… » (Page 70). « A leur arrivée, les abords de la préfecture étaient encombrés par une horde de journalistes de la presse écrite, radio et télé. » (Page 77).

Les personnages:

Ce qui rend les personnages particulièrement crédibles et intéressants est qu’à aucun moment ils ne font figure de super-héros. Ils ne sont que des policiers professionnels avec leurs faiblesses, leurs moments de doute ( comme lorsque le commissaire, découragé, fait part à sa femme de sa lassitude), ou cette scène particulièrement poignante: « …Patrick Furnon hurla un « NON » tonitruant et fracassa la cloison séparant le couloir de la cuisine à coups de pieds. Puis il s’écroula et sanglota, la tête entre les mains. La rage et la tristesse se mélangeaient dans sa tête. » (Page 98).

  • Patrick Furnon: commissaire, âgé de 40 ans, marié; cheveux bruns, bouclés et longs; sa méthode: « rester lucide et avoir suffisamment de distance pour être en mesure de conserver son objectivité et sa capacité d’analyse; conduit sportivement.
  • Coralie Furnon: épouse du commissaire, âgée de 35 ans; blonde, fort tempérament; travaille dans une agence immobilière.
  • Guillaume Chapuis: collègue de Coralie, négociateur immobilier efficace et affable; blond; arrivé depuis peu à Lyon; natif de Pontarlier.
  • Pascal Etchevarry: second de Furnon; physique impressionnant de rugbyman; plein de prévenance; d’origine basque; cheveux bruns, raides et courts.
  • Thomas Corelli: 29 ans; depuis 5 ans dans la section; faculté à se représenter les scènes de crime rien qu’en écoutant énumérer les circonstances.
  • Catherine Brison: collaboratrice de Furnon.secateur-1412518_640
  • Kevin Ceubi: look de geek; hacker de talent; joker du commissaire.
  • Stéphanie Brunard: petite amie de Pascal Etchevarry; cousine de Catherine Brison; brune, teint hâlé, longs cheveux noirs; infirmière aux urgences pédiatriques.
  • Bogdan Kosnicky: profiler au SRPJ de Paris; petite soixantaine, cheveux poivre et sel coupés en brosse, yeux bleus perçants; a fait carrière dans les services secrets polonais avant de s’installer en France; léger accent, beaucoup d’humour.
  • Marie Deshors: secrétaire du SRPJ; caractère jovial.
  • Yvan Roumier: policier discret et besogneux; quinquagénaire.
  • Hubert Collier: médecin légiste, ami de Furnon.
  • Benoît Delpierre: directeur de l’école Camille Claudel où travaillait la seconde victime.
  • Leïla Kethoub: collègue de la seconde victime; grande, mince, athlétique; immenses yeux bleus.
  • Erwan Kergall: ancien collègue du commissaire Furnon lorsqu’il était en poste à Dinan, en Bretagne; surnommé « le menhir » à cause de son imposante stature et de son crâne chauve; toujours prêt à rendre service.
  • Nicolas de Nemours: préfet; ancien chef de cabinet du ministre de l’Education; en poste à Lyon depuis un an; souriant, attentif, beaucoup de charme; quinquagénaire alerte et sportif.
  • Edgar Poncet: patron de la police scientifique lyonnaise.

Les lieux:

Les locaux de la SRPJ: installés au dernier étage du Fort Montluc; construit de 1831 à

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Lyon

1835, il faisait partie intégrante du système de fortification de l’agglomération lyonnaise.

Le Sécateur montre différents quartiers de la ville de Lyon dans laquelle se déroulent la plupart des scènes du roman, lieux fidèlement reproduits pour plus de réalisme: « L’école Camille Claudel se trouvait au cœur du quartier de Montchat, un secteur plutôt réputé pour son calme et sa qualité de vie. » (Page 47).

Mon avis:

Le sécateur est un polar qui présente de nombreux atouts: une bonne connaissance du milieu policier et dans la conduite d’une enquête criminelle; des moments de tension dramatique et de suspense, notamment lorsque le tueur raconte son histoire, histoire qui reste inaccessible au lecteur; des scènes d’action et des passages vraiment émouvants; un humour parfois décapant, notamment avec ce commentaire de Pascal: « …il a certainement vécu une enfance et une adolescence difficiles qui font que les notions de bien et de mal ne sont pas correctement ancrées chez lui – belle périphrase pour dire que c’est un taré de première… » (Pages 35-36).

J’apprécie également les prises de position de l’auteur concernant le saccage orchestré de notre langue et de notre culture. Un petit coup de griffe en passant, ça fait vraiment du bien…Pour conclure, je vous en recommande chaudement la lecture…mais la prochaine fois que vous vous saisirez de votre sécateur, soyez prudents…

Citations:

« Tout est possible en politique, mon ami. Ne l’oubliez jamais. » (Page 58)

« Désormais, la part belle est faite aux articles sulfureux mais sans consistance qui livrent des pensées prédigérées et n’induisent aucune réflexion du lecteur. » (Page 147).

« Parfois, il vaut mieux laisser certaines choses enterrées car on ne sait jamais quel monstre peut surgir quand elles refont surface… » (Page 230).

 

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