Publié dans cadavre, Dossiers police scientifique, Non classé

Dossier n° 15: L’identification d’un corps anonyme.

Tous les cadavres retrouvés sur les lieux d’un crime ou d’une catastrophe, qu’elle soit naturelle ou accidentelle, ne portent pas sur eux cartes d’identité ou tout autre moyen d’identification formelle. Dans ce cas, comment procèdent les enquêteurs?

1- Cadavres anonymes:

Lors de tragédies de grande ampleur, telles que catastrophes naturelles, accidents d’avion ou attentats terroristes, les victimes sont souvent séparées de leurs papiers et effets personnels. Si personne ne vient spontanément s’enquérir des personnes disparues ou identifier les dépouilles, l’affaire se transforme en un véritable casse-tête médico-légal. L’ADN est devenu le moyen d’identification le plus répandu; pourtant, les enquêteurs continuent de peiner lorsqu’ils font face à des destructions quasi totales.

Suite à l’attaque du World Trade Center le 11 septembre 2001, les enquêteurs ont récupéré près de 20 000 parties de corps humains. Fin février 2005, seules 1585 des 2749 victimes avaient été identifiées. Les familles des 1164 autres victimes furent informées que, malheureusement, les techniques d’analyse d’ADN n’étaient pas assez évoluées pour donner des résultats probants. En effet, les échantillons avaient été altérés par l’extrême chaleur, l’eau et les bactéries.

Lors du tsunami qui ravagea l’Asie du sud-est en 2004, faisant plus de 200 000 morts, le même phénomène de dégradation fut observé: seuls 5% des identifications furent effectuées avec le recours à l’ADN. Les enquêteurs durent utiliser les dossiers dentaires ainsi que les empreintes digitales.

Victimes de guerre: En 2002, une équipe d’experts médico-légaux s’est rendue pendant six mois au Kosovo afin d’identifier les restes des victimes du conflit de 1999 qui, selon les estimations, fit plus de 10 000 morts et disparus. Parmi, ces experts se trouvaient 80 pathologistes, anthropologistes, techniciens de morgue et spécialistes des techniques de l’information venus d’Australie, du Canada, du Costa Rica, du Danemark, d’Italie, de Malaisie, de Pologne, d’Afrique du Sud, du Sri Lanka et des Etats-Unis. Les examens furent effectués sur plus de 1250 dépouilles réparties sur une centaine de sites d’inhumation. L’équipe procéda aux exhumations, autopsies et identifications afin de rendre les corps à leurs familles. Ce programme fut dirigé par le professeur Peter Vanezis, directeur du Center for International Forensic Assistance, qui fournit des compétences médico-légales en tant qu’instruments de vérité et de justice.

2- Disparition d’indices: 

Les indices visuels ne sont pas toujours exploitables. En effet, le processus d’identification peut être perturbé si les restes sont anciens, altérés par des animaux ou décomposés par les éléments. Souvent, les criminels cherchent à faire disparaître toute possibilité d’identification grâce à la chaux, l’acide ou le feu. Il arrive également qu’ils coupent certaines parties du corps comme les doigts, la tête ou les mains.

Fausse identification: l’identification par un proche ne constitue pas toujours fiable: la dépouille peut être calcinée ou fortement défigurée, ou la personne peut être trop bouleversée pour regarder attentivement la victime, surtout si elle ne l’a pas vue depuis plusieurs années. Une fausse identification peut également être intentionnelle afin de couvrir un autre crime ou pour s’emparer d’un héritage. Des meurtres ont même été commis justement dans le but de fournir une fausse identification.

3- D’où l’importance de recourir à d’autres techniques.

L’identification dentaire: presque indestructibles, les dents résistent au feu, aux années passées dans la terre ou dans l’eau. Il faut savoir que les empreintes laissées par chaque dent sont particulières, à cause de fissures ou d’obturations, ou parce que les dents sont mal alignées ou manquantes. Les dentistes ont pour habitude de prendre des notes au sujet des particularités de la surface des 32 dents de leurs patients. Lorsque les empreintes digitales ne sont pas disponibles, comparer avec le dossier dentaire reste le moyen d’identification privilégié, beaucoup moins coûteux et plus rapide que l’analyse ADN. Pour identifier une victime de meurtre, les experts doivent effectuer un examen dentaire complet et précis: radios des dents et des maxillaires qu’il est désormais possible d’effectuer directement sur les lieux du crime à l’aide d’un appareil portable. Ainsi, les spécialistes en odontologie légale peuvent procéder à diverses vérifications telles que nombre de dents, caries et amalgames, bridges, espacements, chevauchement des dents, etc…Surtout que les matériaux et méthodes employés indiquent souvent dans quel pays les soins ont été effectués.

Identifications dentaires dans l’histoire: l’empereur romain Néron identifia sa mère Agrippine, qu’il avait fait assassiner en 59 après J.C., grâce à ses dents. Quelques siècles plus tard, Guillaume Le Conquérant avait coutume de mordre les sceaux de cire de ses missives afin de les authentifier. Mais le premier cas officiel d’identification dentaire fut celui du comte John Talbot tombé au combat lors de la bataille de Castillon en 1453. C’est grâce au dentier que son ami Paul Revere lui avait fabriqué que l’Américain Joseph Warren, mort en 1775 à la bataille de Bunker Hill, put être identifié avec certitude, 10 mois après son inhumation. C’est en 1848, suite à l’incendie survenu à l’opéra de Vienne, que furent identifiées d’après leurs dents les premières victimes de catastrophe.

Enfants et empreintes dentaires: la prise d’empreintes dentaires a été adoptée par plusieurs états des USA comme moyen d’identification, dans le cas où un enfant serait kidnappé, dans le cadre du Child Identification Program qui comprend également prise des empreintes digitales et génétiques. Pour les enfants qui n’ont reçu aucun soin dentaire, le docteur David Tesini a mis au point un système de plaquettes en plastique thermodurcissable. Il suffi t de chauffer la plaque pour la ramollir afin que l’enfant puisse la mordre et y laisser ses empreintes. Simple mais il fallait y penser !!

Les marques cutanées: certaines des marques les plus distinctives telles que tache de vin, cicatrices, tatouages, angiome, etc…, ont toujours constitué de précieux indices. L’engouement que suscitent les tatouages, aujourd’hui à la mode parmi les stars de sport ou de cinéma, parmi la pègre font le bonheur de la police depuis de nombreuses années; en effet,  les membres d’un gang sont ainsi plus facilement identifiables. Le travail d’un tatoueur peut également mettre les enquêteurs sur la piste de celui qu’ils cherchent à identifier. Parfois, ils extraient même des pigments de la peau afin d’en retrouver l’origine, chaque tatoueur possédant sa « marque de fabrique ». La mode des piercings est également d’une grande aide…

Un requin-tigre capturé par des pêcheurs à Coogee, en Australie, le 25 avril 1935, fit sensation lors des festivités annuelles. L’amusement se mua rapidement en horreur lorsque l’animal recracha un bras humain tatoué appartenant à un certain James Smith, un ouvrier du bâtiment qui fut identifié par sa femme grâce au tatouage qui représentait deux boxeurs. Le reste du corps ne fut jamais retrouvé…

Les cicatrices: souvent, les experts de la police scientifique cherchent des cicatrices caractéristiques, comme celle qui valut à Al Capone son surnom de « Scarface ». Ils ont également recours aux angiomes, ces taches de naissance plus ou moins grosses, aux formes bien particulières ou aux grains de beauté pour identifier des cadavres anonymes.

4- Des indices invisibles:

Parfois, les indices pouvant conduite à l’identification d’un cadavre sont cachés à l’intérieur du corps. En effet, la victime peut avoir subi une opération, un accident ou une maladie, indices que découvre le légiste lors de l’autopsie. Ainsi, des maladies telles que le sida, la tuberculose ou un cancer laissent des traces facilement reconnaissables. Les os endommagés par une ostéoporose, un myélome, une scoliose ou le rachitisme constituent d’excellents indicateurs.

A la mort du missionnaire et explorateur David Livingstone en 1873, son corps fut embaumé et transporté sur plus de 1500 kilomètres jusqu’aux côtes africaines. De retour en Angleterre, son corps fut formellement identifié grâce aux séquelles d’une fracture à l’épaule provoquée par une rencontre un peu musclée avec un lion.

Ou encore les implants artificiels tels que pacemakers, valves cardiaques, défibrillateurs ou hanches artificielles en raison de leur numéro de série qui permet de remonter jusqu’à l’hôpital où l’opération s’est déroulée. En 2004, en Floride, le cadavre d’une femme de 35 ans fut découvert sous la maison d’un chirurgien esthétique opérant clandestinement. Le corps était enfermé dans une valise elle-même prise dans une gangue de ciment. La jeune femme fut identifiée grâce aux numéros de série de ses implants mammaires.

Ce que les os racontent: l’examen des ossements peut fortement contribuer à l’identification d’une victime par exemple en déterminant son sexe; en effet, les bassin, crâne et fémur présentent de  notables différences entre les hommes et les femmes. Chez un enfant, son âge peut être défini jusqu’à cinq ans en fonction de la quantité d’os formée. Le processus de fusion osseuse qui intervient entre 5 et 25 ans constitue également un autre indicateur.

5- La reconstitution faciale:

Lorsque les experts ne disposent que du crâne d’une victime anonyme, ils font parfois appel à un sculpteur afin de reconstituer le visage en argile, selon une technique hautement spécialisée à partir des indications fournies par le crâne lui-même.

Le « modèle américain », conçu aux USA, repose sur l’épaisseur des tissus qui recouvrent les différents repères osseux d’un crâne. Quant au visage, les points clefs sont au nombre de 20 à 35. L’artiste opérant dans le cadre médico-légal dispose de mesures connues pour les différents sexes, âges et groupes ethniques.

L’artiste commence par mettre en place sur le crâne lui-même, ou un moulage, de petites chevilles, en général des cure-dents, qui indiquent les différentes épaisseurs de tissus. Des bandes de « muscles » en argile sont ensuite appliquées, leur épaisseur correspondant à la taille des chevilles. Ensuite, le sculpteur emplit les vides entre les bandes avec de l’argile qu’il lisse, retire les chevilles et modèle le nez, opération délicate en raison de l’absence d’os sur lequel s’appuyer. Ensuite, il modèle les yeux, la bouche, les oreilles, le menton et les joues. Des prothèses sont placées dans les orbites afin d’accroître le réalisme de la reconstitution.

Mais souvent, l’artiste est amené à deviner, par exemple la  nature des cheveux, la structure des paupières, l’expression du visage. Et quand il n’a à sa disposition que des fragments de crâne, il doit en compléter la forme. Dans ce cas, les experts assemblent les fragments à leur disposition avec de la cire.

La reconstitution faciale par ordinateur: la reconstitution numérisée est un outil récent. On commence par scanner le crâne en rotation sur une platine, puis le logiciel crée un crâne numérique manipulable à l’écran. L’expert choisit une image obtenue par tomographie 3D d’une personne réelle de la même race et d’un âge estimé comparable à celui de la victime. Quant aux cheveux et aux yeux, ils sont estimés et ajoutés afin de donner plus de vie au visage reconstitué. Cette technique a le mérite de proposer des vues sous tous les angles. Elle rencontre néanmoins les mêmes limites que la reconstitution sur argile.

La superposition: cette technique peut être employée en sus ou à la place de la reconstitution faciale classique, notamment quand il s’agit d’identifier des personnes disparues. Dans ce cas, on photographie le crâne sur une pellicule transparente, puis on superpose cette image sur une photographie de la personne, faisant ainsi apparaître les correspondances au niveau des dents et de certains points clefs telles les arcades sourcilières. Procédé grandement amélioré par les techniques informatiques actuelles.

 

 

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