Publié dans enquête criminelle, Passion polar français

Passion polar français: Croix blanche sur fond blanc, Antoine Léger et C.D. Noguès.

Un polar à quatre mains…Oui, oui, vous avez bien lu.

Les auteurs:

téléchargementAntoine Léger, âgé de 42 ans, possède de multiples casquettes: coach en entreprise, musicien, créatif, marathonien, et, depuis une dizaine d’années, écrivain, avec pour objectif d’étonner, de renverser et de surprendre le lecteur. Auteur de Des fins, recueil de nouvelles hitchcokiennes, et de Le six coups de minuit.

G.D. Noguès est un inconditionnel touche-à-tout: cinéma, BD, téléchargement (2)dessin de presse, écriture. Auteur de deux romans Gaz in Marciac et Pas d’orchidées pour miss Armagnac. Il est également artiste plasticien sous le pseudonyme de Djebel.

Le roman:

Croix blanche sur fond blanc a été publié par les éditions Cairn en 2017. Les chapitres sont courts, le style fluide et vif, les mots s’enchaînant dans un rythme soutenu. Pas une seconde de répit pour le lecteur et on aime ça… »Sa gorge irritée. Le verre. Il reste trois gouttes. Mal à la tête…Ça cogne dans sa tête…Non! » (Page 244).

téléchargementParfois, l’écriture claque comme un drapeau dans le vent, ce qui n’empêche pas des moments d’émotions de se glisser çà et là; parfois elle se fait plus sensuelle, créant un contraste des plus heureux: « Ces pots d’échappement chromés, ces jantes alu au design parfait, cet aérodynamisme, ce galbe, qui rendent le monstre au cheval cabré inimitable. L’odeur musqué du cuir imprègne l’habitacle. » (Page 65).

Le fil rouge: le monde de la peinture, que ce soient les œuvres, les techniques, ceux qui gravitent autour des peintres,  bien restitué grâce à de subtiles allusions: « Debout sur le rebord de la piscine, les yeux plongés vers cette eau turquoise et transparente, -comme dans ce fameux tableau de David Hockney de la fin des années soixante-, Jimmy est ailleurs. » (Page 30).

L’intrigue:

Jimmy Béquier, peintre français de renommée internationale, dont toute l’oeuvre repose sur des monochromes aux couleurs vives telles que rouge, jaune ou bleu, reçoit de bien curieuses lettres de fan: « Coucou Jimmy. Peux-tu, me faire plaisir, mets du blanc sur tes toiles? Je trouve que ça manque…J’aime bien le blanc. Bisous. Alfred. »

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San Francisco

Jimmy, qui doit préparer une nouvelle expo à San Francisco, n’y attache aucune importance. Mais bientôt, les ennuis s’accumulent: tensions avec Flavien, ami d’enfance et attaché de presse de Jimmy aux USA; l’expo qui prend feu, heureusement sans dommages irrémédiables…Quand Jimmy reçoit ce message: « Coucou Jimmy. Tu as aimé la couleur des flammes de San Francisco. Je change de ton. Mets sur toutes tes nouvelles toiles du blanc! C’est un ordre maintenant. Alfred. » (Page 68), il comprend que ce n’est pas un jeu.

Menaces, disparition de sa fille et de sa femme contre une inhabituelle rançon . Et qui est vraiment Esther? Rose est-elle son amie ou son ennemie? La vie de Jimmy tourne au cauchemar et il lui faudra faire de terribles concessions pour sauver sa famille.

Le monde de la peinture: un polar instructif, vous avez dit? Oui, c’est bien ça. Car ici onpeinture en apprend beaucoup sur le travail de recherche du peintre décrit avec des mots simples mais évocateurs pour la novice que je suis: « Réinventant sa peinture, proposant de nouvelles alternatives, bousculant les habitudes, évitant les clichés, il a su attirer le regard des critiques et des spécialistes de l’art contemporain. » (Page 12)… »Sa passion est la couleur, il utilise évidemment du blanc dans es mélanges, mais jamais le blanc pur d’apparaît sur ses toiles. C’est sa façon de faire, son vocabulaire, la touche Béquier… » (Page 32). Voilà, tout est dit.

Les personnages:

  • Jimmy Béquier: peintre toulousain reconnu, très riche, un ego surdimensionné, 39 ans; cheveux blonds bouclés légèrement grisonnants, yeux bleus cernés, grand et maigre; voyage beaucoup.
  • Annabelle: épouse de Jimmy, yeux noirs, cheveux de jais; jolies formes, longues jambes; médecin chef urgentiste à l’hôpital Purpan.
  • Cristal: leur fille; brune, toute fine, de grands yeux noisette, sourde de naissance; 5 ans; aime beaucoup dessiner.
  • Commandant Louis Sacristin: 61 ans, presque à la retraite; traits autoritaires; élégance et prestance qui en imposent; cheveux gris coupés en une brosse impeccable, moustache. Dirige la brigade spécialisée dans les trafics et recels dans le monde de l’art, département qui dépend de l’Office central parisien de lutte contre le trafic de biens culturels.
  • Capitaine Alban Fourcheu: nouvel adjoint de Sacristin; presque deux mètres de stature, épaules larges, cheveux coupés courts dans le style militaire; premier poste de capitaine; récemment muté à Toulouse.
  • Flavien: ami d’enfance et attaché de presse pour les USA de Jimmy; genre belle gueule avec son look de hippie décalé, cheveux roux mi-longs; mini diamant en boucle d’oreille.
  • Esther: amie de Jimmy; pas très belle mais du charme.
  • Rose: vieille dame de l’église; voix douce, calme et posée.
  • Balthazar Faure: a fait les Beaux-Arts de Paris avec Jimmy; adore se moquer des autres et faire le clown; célibataire marginal, globe-trotter et artiste, orphelin, très solitaire; a fait deux tours du monde; aime la peinture.
  • Galopin: procureur; carrure de rugbyman, crâne dégarni.
  • Monsieur Johnson: critique d’art américain; grand, maigre, dos bien droit; avatar de Maglitte; hautain et narquois.

Les lieux:

Ville de Toulouse en fil rouge: nous découvrons la ville rose au fur et à mesure des france-1466636_640déplacements des personnages, principalement ceux de Jimmy, par petites touches, comme dans un tableaux impressionniste: « De la terrasse, la vue sur Toulouse est splendide, au loin, on devine exceptionnellement les Pyrénées, belles et frêles à la fois. » (Page 30)… »Jimmy déambule dans les rues (…)Le muret de la petite fontaine ronde, sur lequel les ouvriers du Moyen-Age venaient aiguiser leur couteau, lui offre un siège réconfortant. Face à lui, l’immense cathédrale Saint-Etienne dresse son clocher roman avec ses dix-sept cloches. » (Page 76). On découvre aussi des lieux de spiritualité (église, jardin japonais) qui donnent un certain réconfort, même momentané.

Un soin particulier est apporté à l’ambiance dans laquelle se déroule le récit, créant des contrastes entre la vie paisible de la cité et l’atmosphère pesante et fébrile de l’enquête menée dans ses rues: « De nombreux badauds se sont posés autour de la fontaine et de la statue du poète occitan. Le sourire et les cris de joie des enfants sur le manège, les notes de musique qui s’égrènent offrent une ambiance chaleureuse. Des personnes âgées, des amoureux enlacés sur les bancs publics, profitent de la joie de vivre toulousaine. » (Page 155).

Jeu des contrastes entre deux mondes opposés qui, pour les besoins de l’enquête, se télescopent: celui de Jimmy, peintre fortuné qui vit dans un « immeuble réhabilité par un architecte de renom » et qui « se dresse sur quatre niveaux face à la fontaine de la place Saint-Scarbes. Un sous-sol, deux étages et une terrasse sur le toit avec la piscine. Les larges fenêtres, les tonalités ocre et rouge s’intègrent à merveille dans le quartier. Une impression de chaleur s’en dégage. » (Page 13)…et celui de la police qui, réductions budgétaires oblige, exerce dans un endroit qui « affiche austérité et état de délabrement: peinture des murs à la couleur indéfinissable qui se craquelle, prises électriques murales pendantes qui finiraient bien par s’évader, sièges éventrés qui crachent leurs tripes. » (Page 55). A vous, amis lecteurs, d’en tirer la leçon …Notez au passage le contraste des couleurs « chaudes » contre « indéfinissable ».

Mon avis:croix blanche

Croix blanche sur fond blanc, polar à quatre mains, possède de réelles qualités qui rendent sa lecture attractive et passionnante: au fur et à mesure que le récit se déroule, le lecteur tourne les pages à un rythme soutenu dans l’attente qu’il se passe quelque chose, mais il faudra laisser monter la tension dramatique à son point culminant avant de plonger dans le drame. Comme si cela ne suffisait pas, des éléments de mystère, comme la rencontre avec la vieille dame de l’église, attisent encore plus la curiosité du lecteur, pris d’une frénétique envie de dévorer les pages.

Et puis, parfois les auteurs nous imposent une trêve dans ce monde brutal pour des moments de pure magie: « La voix claire du policier s’était mêlée à la voix rocailleuse du trompettiste. Sur sa droite, par la fenêtre entrouverte, la cité médiévale de Carcassonne, illuminée d e mille lumières rosées, se détachait dans un ciel sombre où de blancs nuages filandreux filaient vers la mer. » (Page 116).

Un bon petit polar à consommer sans modération où il est question de peinture, bien sûr, mais aussi de l’importance que nous accordons dans notre vie à certaines valeurs humaines, où nous nous demandons ce qui vaut le coup d’être sacrifié et ce qui ne l’est pas…

Citations:

« Le clapotis du Cérou émerge du silence ambiant, au-dessus, un vol de corneilles ombre silencieusement le ciel…Jimmy se redresse péniblement. Du blanc est posé sur ses cheveux bouclés, ses sourcils ont blanchi, comme s’il venait de prendre dix ans de plus en l’espace de dix secondes. Sur la neige, à l’emplacement où il s’était effondré, l’empreinte de son corps écartelé apparaît, comme une croix. » (Page 200).

« Dans la vie, vous savez, on ne maîtrise rien. On croit contrôler nos heures, nos minutes, nos secondes, mais il n’en est rien. Pour se rassurer, on se dit que l’on a la clef de notre chemin, qu’on peut pouvoir planifier notre destin. Mais ce n’est que du vent! » (Page 230).

« Jimmy, a contrario, se dit aussi que le blanc s’oppose au noir, qu’en synthèse additive il est le mélange équilibré des trois couleurs primaires. Une couleur se doit d’apporter de la vie, de l’humain, le blanc lui est vide, creux sans fondement. » (Page 238).

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