Publié dans Passion thriller, recherche scientifique

Passion thriller: Les carnets rouges, Carole et Antoine Fruchard.

Un thriller foisonnant abordant les thèmes de la recherche médicale, de la science et de la protection de l’environnement.

Les auteurs:

Frère et sœur, Antoine et Carole sont nés à Nantes dans les années 1980 au sein d’une grande fratrie avide des romans d’Alexandre Dumas, Jules Verne, Jack London ou encore Joseph Kessel.

téléchargementAprès des études littéraires, ils ont tous deux intégré l’ESSEC et c’est pendant ces années d’études communes qu’ils ont imaginé écrire un roman à quatre mains sur leurs thèmes préférés : intrigue, anticipation, voyages, sciences, aventure.

Ils ont commencé leur projet au cours de leurs premières années de vie professionnelle, malgré les 12 000 kilomètres qui les séparaient, Carole vivant alors à Shanghai et Antoine à New York, et se sont organisés soirs et week-ends pour écrire à distance. IIs vivent maintenant tous les deux à Paris. Les Carnets Rouges est leur premier roman.

Le roman:

Les carnets rouges a été publié par les éditions de la Tournelle en 2018, dans la collection Thriller.

Le style, aux tournures de phrases solides et au vocabulaire parfois percutant, est fluide, efficace, comme en témoigne cet extrait: « Il fut vite clair qu’il avait bien préparé son argumentaire. Il prit bien cinq minutes pour revenir sur tous les échecs que l’histoire scientifique avait connus face à ce type de projets et répéta au moins trois fois qu’il était complètement irréaliste de croire une demi-seconde que tous ces investissements avaient le moindre sens. » (Page 21). Mon seul regret concerne le vocabulaire scientifique parfois trop complexe lâché dans l’arène des mots sans explication.carnet rouge

Les descriptions sont nombreuses et précises: « Très spacieux, ce dernier était traversé de part et d’autre par des tubes métalliques gigantesques. De multiples ouvertures grillagées à travers le mur de façade laissaient filtrer une lumière crue dont les rayons se heurtaient sans fin dans ce vaste réseau de tuyaux. » (Page 15)…

Et très réalistes, permettant au lecteur de s’immerger dans l’histoire avec beaucoup de fluidité: « Soudain des coups de feu l’interrompirent. Comme jaillis de l’ombre, des hommes tout de noir vêtus firent irruption de toutes parts, armes à la main. Dans un grand désordre, tous les invités se levèrent et commencèrent à vouloir fuir en criant. Les chaises culbutées sur le sol les faisaient trébucher, les bougies renversées dans la précipitation répandaient des coulées de flammes sur les tables, éclairant la scène qui venait de virer au cauchemar. » (Page 241).

La construction du roman commence par un début introspectif dans lequel on suit les états d’âme et les déambulations de Simon, sans toujours comprendre où cela nous mène, profitant des moments d’inaction pour dévider ses souvenirs faisant irruption dans le présent sans délimitation avec le passé, les deux étant liés indissociablement . Le rythme est volontairement lent afin de nous laisser le temps de nous attacher au personnage principal et de nous imprégner de son histoire, de sa vie. Puis, dans la seconde partie du récit, à partir du voyage en Afrique, le rythme s’accélère.

Les thèmes développés sont très nombreux, attestant de la richesse de l’intrigue, le cyborg-2765349_640milieu scientifique occupant une grande part: manipulation génétique et ADN, notamment dans le domaine médical; l’intelligence artificielle au cœur d’intenses débats; mais également le milieu carcéral, la délinquance et son escalade irrépressible, les trafics que l’avènement d’internet rend possibles; l’environnement, sujet de réflexion international et la politique énergétique; le passé qui revient comme un boomerang…

L’intrigue:

2040. Simon, brillant chercheur, travaille dans un laboratoire sur un projet ultra-confidentiel qui pourrait bien changer la face du monde. Malgré tout son talent et les innombrables heures de travail, Simon ne parvient pas à finaliser ses recherches, justifiant la forte pression exercée par son patron qui a investi beaucoup d’argent et aimerait profiter de ses retombées. Face à la menace de se voir couper les vivres, Simon sombre peu à peu dans un état dépressif, accentué par la dégradation de l’état de santé d’Alice, sa compagne.

Persuadé que Le Vieux, son ancien mentor, qu’il a perdu de vue six ans auparavant alors qu’il quittait Marseille pour s’installer à Paris, peut l’aider à finaliser sa formule, il part à sa recherche, renouant avec Orhan, son ami d’enfance. Ensemble, ils organisent une expédition en Centrafrique où Le Vieux est détenu par un groupe de rebelles, soutenus par un groupe de trois mercenaires qu’ils ont engagés pour les aider.

Les personnages:

Les portraits, physiques comme moraux, des différents personnages sont subtilement brossés par petites touches intervenant au fur et à mesure des besoins du récit.

  • Simon d’Almat: cheveux noirs, sourcils fournis, yeux d’un brun chaud au regard velouté, lèvres pleines, épaules larges; esprit brillant, d’une grande intelligence, capable d’un raisonnement logique et de calculer rapidement.
  • Lina: collaboratrice de  Simon; franco-russe, visage entouré de cheveux blonds coupés au carré, pas très jolie mais beaucoup d’allure; intelligente, responsable de la partie expérimentale du projet.

    chimie
    Chimie
  • Marc: technicien de l’équipe.
  • Tobias Korstein: directeur général et propriétaire du groupe employant Simon.
  • Jason McMohis: directeur de recherche du laboratoire Korstein en France; grand gaillard d’origine écossaise; diplômé d’Harvard en mathématiques appliquées.
  • Hélène Blanchet: psychiatre de Simon depuis plusieurs années.
  • David Beynac: médecin d’Alice, brillant scientifique effectuant des recherches sur les maladies mitochondriales; resté humble et accessible malgré son rang hiérarchique élevé.
  • Alice: petite amie de Simon, attente d’une maladie mitochondriale; a passé son enfance en Norvège; a étudié à l’école du Louvre, travaille dans l’humanitaire; blonde, de taille moyenne, très fine.
  • Le Vieux: dealer, ancien mentor de Simon; âge incertain, cheveux mi-longs d’un noir bleuté; yeux bleu acier au grand magnétisme; visage dur, où se mêlent rides profondes et cicatrices; maigre, de taille moyenne.
  • Orhan: Turc dont Simon a fait la connaissance dans le pensionnat où il a passé son adolescence; jeune homme insouciant mais intelligent et plein de ressources.
  • Monsieur d’Almat: père adoptif de Simon; port altier, visage énergique.

Psychologie de Simon, personnage particulièrement fignolé, qui porte à lui seul tout le poids de l’intrigue. Ainsi, Simon apparaît, dans sa vie personnelle, comme un homme fragile, en proie à de nombreux doutes qui l’empêchent souvent d’avancer dans la bonne direction: sa façon de faire l’autruche, de négliger des signes avant-coureurs qui devraient au contraire le pousser à se poser des questions, à réfléchir. Ses états d’âme occupent pratiquement les deux cents premières pages du roman, faisant progresser l’intrigue à un rythme certes lent mais contribuant par là-même à la compréhension du personnage de Simon, son principal rouage: « Et en alternance revenait ce malaise poisseux que ce n’était pas un hasard, que le sort s’acharnait délibérément sur lui. En rentrant chez lui, ce sentiment était encore plus fort. Il avait l’impression d’être observé, et que le monde entier avait le regard fixé sur lui. Que son voisin, qu’il avait une nouvelle fois croisé dans l’escalier, n’était pas là par hasard, et que son insistance pour engager la conversation était étrange. » ( 77-78).chains-433543_640

Le lecteur, dès lors, appréhende plus sûrement les événements qui vont bouleverser sa vie et le contraindre à agir: « Il marchait toujours, et peu à peu son trouble se modifia, remplacé par un sentiment de nervosité, et une envie de se défouler sur quelque chose. La violence, larvée en lui, ne demandait qu’à s’exprimer pendant qu’il fendait la foule des trottoirs d’un pas rageur. Elle redoubla en pensant au fait qu’il sortait pourtant de chez une psy… Ironiquement, alors qu’il avait attendu avec impatience ce rendez-vous, et qu’il avait semblé être bénéfique, c’était comme s’il avait déclenché sa colère. Tout paraissait l’agresser : la foule qui ne s’écartait pas assez vite sur son passage, la chaleur, le bruit. Il se sentait oppressé, fébrile. Après avoir bousculé un nouveau passant dont la protestation instinctive lui sembla venir de très loin, il hésita un instant devant un embranchement juste à côté de chez lui. » (Page 88).

Les lieux:

Tous les lieux principaux de Les Carnets rouges, liés plus ou moins directement à l’histoire, font l’objet de descriptions minutieuses. Ainsi le bureau du docteur Blanchet, « Une grande pièce aux hautes fenêtres, qui tamisaient la lumière de dehors par un léger voile. L’ensemble jouait sur des tons ivoire, beige, taupe, avec quelques touches de bleu sombre. Les meubles, aux lignes sobres, étaient d’inspiration japonaise. Quelques bibelots, des estampes au mur. » (Page 82)…

Ou la vue de Paris du haut de l’appartement de Simon, quand il s’assoit « dans son salon sur son canapé, et laissa son regard se perdre sur les toits de Paris. Au 5ème étage, il avait la chance d’avoir une vue dégagée. Les tôles d’un gris tendre se mélangeaient aux tons plus durs des ardoises. Des cheminées de briques ajoutaient des touches de couleur mate, les façades claires faisaient comme un patchwork jusqu’à la ligne d’horizon, et l’ensemble était baigné dans la lueur rose du coucher du soleil. Un panorama qui aurait dû lui sembler apaisant. » (Pages 49-50).

Et l’Afrique, offrant un contraste totalement dépaysant: « La terre rouge était sillonnéecentrafrique d’étendues de végétation dont les couleurs constituaient un patchwork de verts et de beige. Les hautes herbes ondulaient de reflets changeants, créés par le poids des rayons du soleil de plomb qui donnait à chaque ombre une dureté métallique. Au loin, des montagnes formaient une barrière irréelle aux contours floutés. C’était magnifique. » (Page 204).

Mon avis:

Pour un premier roman, Les carnets rouges présente des qualités certaines, les chapitres consacrés au voyage en Afrique démontrant la capacité des auteurs à décrire des scènes d’action et d’échauffourées réalistes et efficaces. Malgré le rythme lent des deux cents premières pages, les rebondissements qui suivent installent un climat de tension dramatique qui accélère le débit du récit. Dès lors, les allers-retours entre le passé et le présent de Simon prennent toute leur signification. Le fait que l’action se situe en 2040 autorise une certaine marge de manœuvre, mais il est bien appréciable que les auteurs n’en aient pas abusé. Seules quelques détails épars nous l’indiquent, comme le smartband, que je vous laisse découvrir…

Le +: une documentation très pointue, parfois peut-être un peu trop, concernant notamment le milieu de la recherche scientifique, atteste une concision et un sens du détail propre à établir des décors et des personnages bien ancrés dans la réalité. Rien d’approximatif, tout est pensé, calculé dans ce thriller, de manière à mener le lecteur jusqu’au bout des sentiers empruntés par Simon pour connaître la vérité sur son passé.

Citations:

« Depuis les années 2010, la technologie était passée à un autre stade : elle n’était plus seulement codifiée par l’homme pour donner un résultat, elle apprenait de manière autonome et s’améliorait au fur et à mesure, d’elle-même, permettant d’analyser des bases de données immenses et variées, et d’anticiper des réactions en chaîne de plus en plus précisément. » (Page 53).

« Le commencement de toutes les sciences, c’est l’étonnement de ce que les choses sont ce qu’elles sont. » (Page 58).

« Cela fit sourire Simon qui repensa à ce vieux Francesco et à son code d’honneur. Ces voyous, qui parlent de règles, alors qu’ils passent leur temps à violer celles qui sont normalement valables pour tous. » (Page 173).

« Il mit un moment à retrouver le sommeil. L’irréalité de sa situation le travaillait. Était-il vraiment possible qu’il soit en ce moment même en pleine mission de sauvetage au cœur de l’Afrique, alors qu’il y a quelques semaines il vivait confortablement dans son petit univers parisien ? Était-ce vraiment possible que des choses comme ça arrivent à des gens normaux ? C’était invraisemblable! » (Page 218).

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2 commentaires sur « Passion thriller: Les carnets rouges, Carole et Antoine Fruchard. »

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