Publié dans Passion polar, terrorisme

Passion polar: L’enfant ultime, Jang Yong-Min.

Un bon polar bien ficelé, une histoire d’amour poignante, mélange incompatible, me direz-vous?? C’est ce que je croyais mais l’auteur coréen Jang Yong-Min a réussi à me convaincre du contraire…

L’auteur:

Jang Yong-Min, d’origine coréenne, a fait ses débuts dans le cinéma en tant que scénariste. reconnu dans son pays pour l’originalité de ses histoires, il commence une carrière de romancier qui s’inscrit très vite sous les augures de la réussite. La richesse de ses intrigues et leurs multiples rebondissements font penser aux scénarii des films hollywoodiens à succès.

Le roman:

L’enfant ultime, dont la version originale est parue en 2013 en Corée, a été publiée par les éditions Decrescenzo en 2018. Le style, malgré de nombreuses coquilles, est très accessible, dans une langue courante agréable à lire.éditions decrescenzo

Le récit est construit comme un jeu de piste, une quête dans le présent avec des indices venus du passé, laissés intentionnellement par Gaya Shin. De nombreux flash-backs, insérés dans le récit du présent, entraînent le lecteur dans un dédale complexe dans lequel il est parfois un peu difficile de se retrouver. Ce qui ne l’empêche pas d’être passionnant !!

Les thèmes abordés: l’histoire racontée par Jang Yong-Min, basée sur les attentats du 11 tours jumellesseptembre et leurs répercussions sur le climat politique international, évoque l’Ordre mondial, les pays asiatiques émergents assaillis par les investisseurs de tous genres, les lobbies et les gouvernements parallèles tenus par les gros de la finance internationale, mais aussi les thèses conspirationnistes. Désormais, il y a un « avant le 11 septembre » et un « après ». Le traumatisme vécu ce jour-là a laissé des cicatrices profondes qui, probablement, ne se refermeront pas avant des décennies: « Depuis les attaques terroristes, New-York ressemblait à un territoire en guerre. La police et les forces armées étaient postées dans chaque ruelle. Les contrôles d’identité permanents ralentissaient la circulation (…)En trois cents ans d’histoire, New-York venait de vivre son moment le plus effroyable. C’était l’une des villes les plus admirées du monde et en quelques instants, elle était devenue un tas de ruines, laissant la population dans le désarroi. » (Page 48).

L’intrigue:

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Asie du sud et de l’est

10 ans après les attentats du 11 septembre, Simon Ken, agent du FBI à l’agence de New-York, reçoit une lettre dans laquelle son expéditeur l’informe que chaque jour, à compter du jour de réception de cette lettre, un homme influent mourra. Seul indice: il doit rechercher une certaine Alice Rosa qui vit à Edison, dans le New-Jersey. Mais cette missive pose un problème de taille: son expéditeur, Gaya Shin, est mort dix ans plus tôt. Dans ce cas, comment peut-il être informé d’événements qui ne se sont pas encore déroulés?

Dès lors, l’agent Ken, en proie aux doutes quant aux agissements de sa femme, journaliste talentueuse, décédée dans l’effondrement des tours jumelles de New-York, se lance dans une enquête qui se révèle aussi énigmatique que périlleuse. Comment est-il possible qu’un mot contenu dans le sac à main de Monica, retrouvé dans les décombres du World Trade Center, soit écrit de la même main que celle qu’il a reçue quelques jours plus tôt? Quel rapport avec l’assassinat de Nathaniel Milstein, fondateur et actionnaire principal de la plus grande entreprise céréalière du monde?

Pourquoi Gaya Shin avait envoyé sa lettre précisément à lui, Simon Ken, qui n’avait jamais entendu parlé du jeune Coréen? Et comment pouvait-il connaître l’adresse d’Alice alors que celle-ci y avait emménagé six mois après sa mort? Toutes ces inconnues, loin de le décourager, poussent Simon à explorer toutes les pistes dont il dispose. Mais c’est sans compter les tueurs envoyés à ses trousses par les puissants membres d’une société secrète très puissante.

Contexte internationalL’enfant ultime inscrit son histoire dans un contexte buddhist-737274_640international spécifique: la lutte du Tibet pour son indépendance et l’exil du Dalaï-Lama avec en toile de fond la conjoncture explosive suite aux attentats terroristes qui font peser une menace inédite: même les plus puissants ne sont pas à l’abri d’une attaque d’envergure, créant un climat de peur et d’insécurité qui fragilise les états occidentaux. Contexte favorable aux agissements dans l’ombre d’une poignée de puissants en quête d’un pouvoir encore plus absolu.

Les personnages:

  • Alice: mère célibataire; réalise des poupées parfaitement identiques à de vrais bébés; a travaillé comme serveuse dans sa jeunesse; issue d’une famille de fervents chrétiens; née dans le Colorado.
  • Simon Ken: la trentaine; traits tirés de quelqu’un qui manque de sommeil, épaules affaissées, yeux brillants; gentil et attentionné; agent du FBI au bureau de New-York, affecté à l’équipe des enquêtes criminelles; a fait ses études de psychologie à Columbia; issu d’un milieu modeste.
  • Gaya Shin: père de la fille d’Alice; coréen, arrivé aux USA à l’âge de 19 ans, invité par l’institut Knightdale, connu pour ses travaux sur la psychologie humaine; yeux vairons, l’un sombre et l’autre vert; s’est suicidé dix ans avant le début de l’histoire. Comme la Cassandre de la mythologie grecque, personne ne croit à ses prédictions.
  • Michèle: fille d’Alice et de Gaya; dix ans.ground-zero-81886_640
  • Monica: femme de Simon, décédée dix ans plus tôt dans les attentats du 11 septembre; a fait ses études à Columbia; issue d’une famille riche; belle, intelligente et déterminée; brillante journaliste au New-York Times.
  • Jorgen Zimmerman: spécialiste du cerveau, chercheur principal à l’institut Knightdale; d’origine allemande; grand, blond, beau visage intellectuel, élégant; léger accent.

En conclusion:

L’enfant ultime est un roman policier construit autour d’une enquête très complexe, dont les ramifications se perdent dans diverses directions, qui, au final, finiront par se rejoindre: le passé d’Alice; l’enquête menée par Monica au moment de sa mort; la disparition de John Myers, 40 ans plus tôt; les recherches sur l’amélioration du potentiel cérébral; le conflit opposant le Tibet à la Chine.

Le +: de nombreuses et discrètes allusions aux coutumes coréennes nous transportent dans un univers peu ou mal connu, comme dans ce passage avec la diseuse de bonne

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Corée du sud

aventure: « Alice hocha la tête et arrosa soigneusement la table. Les grains de riz à la recherche de son destin allaient retomber sur la table avec une réponse. La diseuse de bonne aventure saisit une loupe et étudia attentivement la dispersion du riz (…)Le riz jeté par Gaya, mélangé à celui d’Alice, créait un aspect complexe. De nouveau, la voyante se mit à observer la cartographie ainsi constituée. » (Page 142).

De l’action, du mystère, des émotions, un subtil mélange faits réels/fictifs, chaque détail se tenant dans un ensemble extrêmement complexe mais cohérent, tels sont les atouts de ce premier roman. L’histoire d’amour qui sous-tend son intrigue lui donne un petit air de tragédie antique, avec des personnages bousculés par un destin funeste. L’amour triomphe toujours, nous dit-on; certes oui; mais la victoire peut parfois revêtir un goût d’amertume. Mais Jang Yong-Min, comme un vieux sage asiatique, nous dit de ne jamais désespérer, de garder foi en l’humanité capable du pire comme du meilleur, de croire en la magie de l’amour et de la rédemption.

Citations:

« Vous savez quel amour est le plus redoutable? (…)C’est celui qu’on ne réalise qu’une fois la personne disparue. » (Page 27).

« Le corps humain est le reflet de la vie, et non pas de la perfection. Pensez au ventre dodu de la gourmandise, aux ridules des yeux emplis de tristesse, aux zones érogènes,

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Terrorisme

etc… » (Pages 46-47).

« En Italie, sous les Borgia, la population a subi pendant trente ans la guerre, la terreur, des crimes et des massacres mais ils ont aussi eu Michel-Ange, Léonard de Vinci et la Renaissance. En Suisse, ils ont vécu cinq cents ans de paix, de fraternité et de démocratie, et qu’est-ce qu’ils ont produit? L’horloge à coucou ! » (Page 69).

« Dans le yin et le yang, la femme est symbolisée en bleu et l’homme en rouge. Comme une flamme se heurtant à une vague. A terme, le feu et l’eau se confondent en un unisson harmonieux. » (Page 143).

« Des milliers de rois et d’empereurs autoproclamés avaient créé des pays et imposé des frontières. Où étaient-ils désormais? Jouaient-ils encore à déplacer leurs pions sur l’échiquier terrestre depuis l’au-delà? Combien de temps encore allaient perdurer les limites territoriales? C’étaient des luttes futiles qui ne dureraient pas plus d’un millénaire. » (Page 176).

« Il existe trois types d’individus (…)Les premiers sont les fanatiques. Ils foncent dans la foule dans leur voiture pleine d’explosifs, au nom de leur dieu. Les deuxièmes sont ceux qui usent de la religion pour les manipuler et les convaincre de perpétrer ces massacres. La troisième et dernière catégorie comprend les individus qui vendent des explosifs d’un côté et des missiles de l’autre. Ils provoquent des guerres en permanence pour vendre leurs armes et boivent du champagne devant leurs victimes agonisantes. » (pages 252-253).

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4 commentaires sur « Passion polar: L’enfant ultime, Jang Yong-Min. »

  1. Encore une fois belle critique très détaillée, très complète. Une oeuvre qui aurait pu m’intéresser mais au fil de la critique je me suis rendu compte que je n’allais pas forcément accrocher. Déjà la présence de coquilles me dérangent fortement ^^ le reste est une question de goût. Mais je ne doute pas du succès que pourrais avoir ce récit auprès de son vrai public cible ^^
    Merci pour ton retour 🙂

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