Publié dans Passion polar français

Passion polar français: Comme de longs échos, Eléna Piacentini.

Inspiré d’un fait divers véridique, « Comme de longs échos », dernier polar d’Elena Piacentini, met en scène une nouvelle héroïne: Mathilde Sénéchal à la DIPJ de Lille.

L’auteur:

téléchargementEléna Piacentini est née à Bastia le 5 novembre 1969 où elle passe toute son enfance et son adolescence, bien calée entre le maquis et les bras de sa grand-mère. Ses études supérieures et sa vie professionnelle l’obligent à traverser la Méditerranée pour un périple toujours plus septentrional. Nice, puis la Normandie, Paris, et enfin Lille, où elle s’installe définitivement en 2003.

2008 marque un tournant dans sa vie. Profitant de l’essor de la collection « polars en

porto-1589872_640
Bastia

nord », aux éditions Ravet-Anceau, elle publie son premier roman policier, commencé deux ans plus tôt, intitulé « Un Corse à Lille ». Ce roman marque le début de sa collaboration avec l’éditeur basé dans le nord de la France et connaît un succès immédiat, les rééditions s’enchaînant à un rythme régulier depuis quatre ans. Cinq autres romans reprendront les enquêtes de Leoni avec un changement d’éditeur en 2012.

Le roman:

Comme de longs échos a été publié en 2017 par les éditions Fleuve Noir, récompensé dès sa sortie par le Prix Transfuge du meilleur polar français. L’apparente simplicité de la langue de la romancière corse n’est qu’un leurre car, en réalité, elle est toute de sensualité, de richesse, tout en étant complexe et structurée. Le style, qui parfois erre en de mystérieux détours, joue avec les mots et les sonorités comme une magie magique ( j’espère que vous me pardonnerez cette redondance…) dont voici un extrait: « J’étais dans ma famille comme un voyageur dans un hôtel de longue escale, apprivoisant ses repères spatiaux, aimable avec le personnel, mais isolé des choses et des êtres par les ailleurs qui sont les semelles de sa vie, le sable de ses pensées ». (Page 10).éditions fleuve noir

Une autre facette de son style est le ton souvent abrupt, teinté d’amertume, avec lequel elle dévide le fil de son intrigue, sans concession aucune, n’hésitant pas au passage à donner des coups de pied dans la fourmilière. Le regard est lucide, flirtant avec un pessimisme salvateur…ou pas : »Ils sentent un monde où les petites filles se promènent dans les bois sans craindre de mauvaises rencontres. Un monde qui n’existe pas. » (Page 112) => Voilà, le couperet est tombé, sec et froid comme une lame bien aiguisée.

Les chapitres courts, voire très courts, s’enchaînent à un rythme soutenu, donnant à l’intrigue comme un goût d’urgence: la vie d’un enfant est en jeu et chaque seconde perdue nous rapproche du gouffre. Intensité parfois interrompue par de courts chapitres intitulés « LUI » ou « ELLE » où le style, plus poétique et imagé, plonge au sein d’une histoire dans l’histoire, dévoilant une autre facette du talent d’Eléna PIacentini: « Cramoisi le vin des os lèvres mordues. A sang tiré nous nous sommes enivrés. Le froissement du papier, tu les as délivrés. Elle, si belle, peau de lune. Lui, si fort, port de lion. » (Page 218). Seul le 5e chapitre, consacré à Mathilde, se distingue par sa longueur et son rythme plus lent.

L’intrigue:

Depuis un mois,Vincent Dussart vit séparé momentanément de son épouse Chloé qui, après la naissance de leur fils, a ressenti le besoin de faire un break. Mais alors qu’il pénètre dans la maison où la jeune femme s’est installée, c’est le choc: Chloé gît dans son sang alors que Quentin, leur bébé âgé de quelques mois, a disparu. La DIPJ de Lille prend l’affaire en main. Le commandant Lazaret et le capitaine Sénéchal savent que les heures qui suivent une disparition sont cruciales.

Les personnages:dipj.png

Selon l’adage, certes éculé mais tellement vrai, que rien n’est jamais simple et qu’il serait illusoire de réduire une personne à ce qu’elle veut bien montrer en façade, les personnages du roman, que ce soit les membres de l’équipe enquêtrice ou les autres protagonistes, sont tous la proie de leurs propres démons, de leurs doutes, de leurs errements…ce qui les rend pour le moins intéressants et parfois attachants. Afin de maintenir un certain suspense, Eléna Piacentini ne nous donne les détails physiques ou moraux de ses personnages qu’au compte-goutte, au fur et à mesure de l’avancée de l’intrigue.

  • Vincent Dussart: la quarantaine, belle allure, gestes élégants; fils unique; décrit comme un solitaire; grand, solidement charpenté, nez busqué, menton carré et proéminent; pas vraiment beau mais d’une virilité assumée qui suggère un caractère fort; occupe les fonctions de DRH dans une société de crédit.
  • Chloé: épouse de Vincent; travaillait au Printemps; fille unique; orpheline.
  • Sylvie Muller: brigadière adjointe de Mathilde.
  • Mathilde Sénéchal: capitaine; « efficace, redoutable, inflexible, impatiente; surnommée « la reine des neiges »; cheveux bruns coupés à la garçonne; pratique le taï-chi-chuan; n’est pas femme à renoncer ni à s’attendrir sur son propre compte; n’attache aucun intérêt à son apparence physique ni à sa façon de se vêtir; sa marque de fabrique sont les « preuves matérielles, les schémas logiques, la procédure. Pas d’approximation. »
  • Commandant Albert Lazaret: sillons autour de sa bouche, teint gris, porte ses états de service sur son visage; de haute taille; se plie difficilement aux exigences de la hiérarchie; yeux noirs et vifs.
  • Lieutenant Damien Delage: 51 ans, séparé de sa femme; physique un peu rondouillard; sympathique.
  • Franck Sqalli: trentenaire, tout en muscles et en nerfs.
  • Marie-Pierre Foulon: tante de Chloé; sexagénaire, célibataire sans enfants.
  • Pierre Orsalhier: ancien flic reconverti en photographe; grand, cheveux bouclés argentés; travaille occasionnellement comme guide dans le parc naturel des
    nature-574444_640
    Pyrénées

    Pyrénées; 40 ans.

  • Jehan: berger, fils de berger; ami de Pierre.
  • Nathalie Frémaux: collègue de Chloé; longs cheveux blonds; visage fatigué; voix enfantine.
  • Adèle: petite voisine de Mathilde.
  • Marie Rousselet: maîtresse de Vincent Dussart; très mince, yeux gris très clair, beauté diaphane; très peu sûre d’elle.
  • Viviane Bécart: responsable de l’IML; cheveux blond vénitien, prunelles pétillantes.
  • Edouard Eckert: très riche propriétaire; dernier héritier des entreprises Eckert.
  • Svetlana Eckert: seconde épouse de Eckert d’origine roumaine, 22 ans; cheveux très blonds coupés ras.

Mon avis:

books-677897_640
Roman noir

Les malaises de Mathilde en fil rouge tout au long du roman entretiennent une atmosphère malsaine, qui dérange et bouscule le lecteur, habile façon de le mettre en condition pour s’immerger dans cette enquête complexe et difficile, d’autant que ces manifestations physiques prennent leur source dans le psychisme de la jeune femme, fortement éprouvée dans son enfance par on ne sait quel traumatisme.

J’ai découvert l’écriture d’Eléna Piacentini avec Comme de longs échos. J’ai de suite été séduite par son style aux multiples facettes, à la fois brut et poétique, simple et imagé. Sa vision acérée et lucide de notre société moderne, la psychologie poussée des personnages, l’intrigue plus complexe qu’il n’y paraît sont autant de raisons de vous plonger dans Comme de longs échos.

Citations:

« Si tu peux pas choisir ton chef ou discuter les ordres, alors au diable le chef et les ordres. » (Page 42).

« Inexplicable, ça veut dire que l’explication nous échappe, c’est tout! » (Page 149).

« Le cliquetis des menottes ne lime pas le chagrin. » (Page 169).

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s