Publié dans Passion polar français, roman à énigme, thriller psychologique

Passion polar français: Les jumeaux de Piolenc, Sandrine Destombes.

Prix du Prix VSD RTL 2018 du meilleur thriller français: un très bon polar psychologique sur le thème de la disparition d’enfants…

L’auteur:

sandrine destombesSandrine Destombes est née à Paris en 1971. Elle a toujours vécu et travaillé dans la capitale. Elle a étudié le droit quelques mois, puis a fait des études à l’école pour les Métiers du Cinéma et de la Télévision. Ainsi, depuis 25 ans, elle travaille dans la production d’événements. Pour en savoir plus interview exclusive

Le roman:

Les Jumeaux de Piolenc a été publié en 2018 par les éditions Hugo Thriller que je remercie chaleureusement pour leur confiance. Il a obtenu le Prix VSD RTL du meilleur thriller français présidé par Michel Bussi.hugo thriller

Le roman est construit en chapitres courts agrémentés de nombreux dialogues, de flash-backs. Le récit est intelligemment conçu comme un roman policier classique dont l’enquête est basée sur la psychologie des personnages: nombreuses théories, nombreux suspects, des mystères, des secrets, des allers-retours passé/présent, tous les ingrédients nécessaires pour mener le lecteur par le bout du nez, performance que Sandrine Destombes réalise très bien, même si certains éléments de l’intrigue se laissent deviner.

Tout le réalisme du roman, très bien documenté, repose sur les investigations des enquêteurs. Aucune digression qui ne concerne pas l’enquête: ni la vie privée des enquêteurs, ni considérations externes, ce qui a pour effet de donner un récit épuré aux dimensions plus profondes. Le style est sobre, le vocabulaire et la syntaxe simples et efficaces, allant à l’essentiel.

L’intrigue:

31 août 1989. Disparition des jumeaux Lesage, Solène et Raphaël, âgés de onze ans, domiciliés à Piolenc, petite ville du Vaucluse. Novembre 1989. Le corps de la petite Solène est retrouvé, délicatement allongé dans l’herbe mouillée, revêtu d’une robe blanche de communiante, une couronne de fleurs blanches dans ses cheveux. Le corps de son frère ne fut jamais retrouvé.flower-wreath-856765__340

Juin 2018. 29 ans plus tard, Nadia Vernois, âgée de onze ans, disparaît sans laisser de trace. Quand le capitaine Fabregas apprend que la fillette rendait régulièrement visite à Victor Lesage et qu’elle préparait un devoir de recherches sur l’affaire de la disparition de ses jumeaux, il le suspecte aussitôt, d’autant que Victor ne possède aucun alibi. Il ne lui en faut pas plus pour rouvrir l’ancienne enquête, assisté de Jean Wilmez, son ancien chef, qui avait dirigé les recherches en 1989.

Evidemment, à l’époque, les gendarmes l’avaient longuement questionné. Était-il coupable du meurtre de sa fille et de la disparition de son fils? Que s’est-il réellement passé ce fameux jour d’août 1989? Mais la disparition de Zélie Mourier , quelques jours après celle de la petite Nadia,  relance les débats. Pourtant, les informations et les divers éléments récoltés s’accumulent sans pour autant éclaircir le mystère. Il faudra au capitaine Fabregas toute sa perspicacité et sa persévérance pour venir à bout de cette sombre affaire.

Les personnages:

Portraits physiques peu ou pas élaborés car seul compte le portrait moral de chaque protagoniste, sa psychologie. Libre ensuite au lecteur de combler les vides grâce à son imagination.

  • Victor Lesage: père des jumeaux disparus en août 1989; un homme révolté, provocateur, ne s’avouant jamais vaincu; mène sa propre enquête depuis presque trente ans.
  • Jean Wimez: gendarme à la retraite chargé de l’enquête de 1989; 65 ans; hanté par l’affaire de la disparition des jumeaux qu’il n’a jamais pu résoudre; ancien chef de Fabregas.
  • Julien Fabregas: capitaine chargé de l’enquête actuelle; excellent enquêteur; homme d’honneur, un peu impulsif et obtus parfois.
  • Melle Gauthier: institutrice à l’école la Rocà; trait délicats, teint diaphane.
  • Docteur Florent: pédo-psychiatre de Nadia; assiste Fabregas dans son enquête; lèvres très fines, yeux noirs et profonds.
  • Vicart: lieutenant adjoint de Fabregas; jeune homme sensible et encore peu aguerri.
  • Raphaël Dupin: intérimaire chez Elite; a travaillé à la cantine de l’école la Rocà au moment de la disparition de Nadia; la quarantaine; yeux noisette.
  • M. Darras: directeur de l’école la Rocà; 40 ans; homme ambitieux; natif de Piolenc.
  • Christophe Mongin: ancien camarade des jumeaux; 40 ans, célibataire, agent immobilier; 1m80; pratique le jogging.

Les lieux:piolenc

Piolenc, petit village du Vaucluse, environ 5000 habitants, situé dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, membre de la fédération des sites clunisiens. Là s’arrête la réalité pour nous plonger dans la fiction. Mais les paysages et certains lieux du récit restent ancrés dans cette réalité, créant des décors de cinéma.

L’ambiance: la disparition des enfants Lesage et la mort de la petite Solène ont durablement marqué les esprits des habitants de Piolenc. Si bien que quand la petite Nadia disparaît à son tour, et ensuite Zélie et Gabriel, « la psychose s’était emparée de Piolenc et ne cessait d’enfler. Certains parents d’élèves refusaient d’envoyer leur enfant à La Rocà et préféraient garder leur progéniture cloîtrée jusqu’à l’arrestation du kidnappeur (…)Les habitants du village scrutaient le moindre passant qui ne faisait pas partie de leur entourage proche. Les touristes ou simples flâneurs n’étaient pas les bienvenus et on ne se gênait pas pour le leur signifier. » (Page 194).

En conclusion:

Une intrigue bien ficelée pour ce thriller qui s’apparente plus à un roman à énigme qu’à un véritable roman à suspense: toutes les pistes évoquées sont explorées tout à tour, menant le lecteur indifféremment dans des impasses ou sur la bonne voie. La tension dramatique qui s’amplifie peu à peu fait monter cette sensation de malaise qui s’empare du lecteur: « D’autres drames allaient survenir, il le savait, le ressentait dans sa chair, et pourtant il n’avait pas le début d’une piste. Comment mettre la main sur cet enfant avant qu’il ne lui arrive quelque chose? » (Page 73). L’auteure restitue à merveille le climat d’hystérie collective qui s’empare du village.france-849459_640

Les jumeaux de Piolenc comporte de nombreuses qualités, attestant de la maîtrise de Sandrine Destombes qui a fait ses preuves par le passé: une enquête réaliste et cohérente qui s’appuie sur une documentation précise, notamment en ce qui concerne les procédures: « Le procureur de la République voudrait certainement qu’on vérifie chaque information à deux fois. C’était lui, et seulement lui, qui avait autorité pour déclencher l’alerte… » (Page 50). Pas de temps morts malgré peu de scènes d’action car ce qui rend ce roman captivant ce sont les nombreuses conversations entre les deux enquêteurs principaux, mais aussi les passages narratifs concernant l’évolution des investigations en cours.

Le +: la psychologie des personnages et des événements particulièrement soignée, la progression de l’intrigue étant soutenue par de fréquentes discussions et raisonnements: « Jean devait admettre que le point de vue se tenait. Cela remettait en perspective ses propres convictions mais il avait conscience qu’elles n’étaient étayées que par son instinct. Une simple sensation qui ne l’avait jamais quitté. Il ne put cependant s’empêcher de se faire l’avocat du diable: -Après la découverte du corps, tout le monde était sur les dents, et pas seulement la gendarmerie. Même les journalistes avaient fait de cette histoire leur cheval de bataille et les habitants de la ville menaient leur propre enquête. La population se scrutait. Chacun y allait de sa petite délation. » (Page 111). Un excellent polar qui ravira les inconditionnels du roman à énigme mais également les amateurs de thrillers psychologiques.

Citations:

« Allez dire ça aux parents! Chaque matin, je vois leur façon de les embrasser, de leur remonter le col pour qu’ils ne prennent pas froid avant de me faire part de toutes sortes de recommandations. Sur le bobo qu’il faut soigner, l’allergie qu’il ne faut pas oublier. Chaque jour, ils me confient leur bien le plus précieux… » (Pages 135-136).

« Nous connaissons tous des fantômes, capitaine. Je suis même persuadée que vous en côtoyez plus que moi. Le tout est de savoir sous quelle forme ils s’adressent à nous. » (Page 143).

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2 commentaires sur « Passion polar français: Les jumeaux de Piolenc, Sandrine Destombes. »

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