Publié dans éditions du Rocher, Passion thriller

Passion thriller: Les voyageurs noirs, Erick George-Egret.

Thriller historique basé sur la controverse de l’authenticité de la relique la plus célèbre de l’histoire de l’Eglise catholique pour les passionnés et les amateurs d’énigmes historiques…

L’auteur:

Erick George-EgretÉcrivain sous différents pseudonymes, Erick George-Egret a créé, en 2004, une maison d’édition spécialisée dans le roman burlesque. Il est l’auteur d’une cinquantaine de romans et de livres comiques. Il a longtemps été musicien et compositeur de comédies musicales avant d’écrire des scénarii pour la télévision.

Le roman:

Les voyageurs noirs a été publié en 2017 par les éditions du Rocher. C’est un thriller construit autour des controverses religieuses à propos de l’authenticité du Suaire de Turin ainsi que du message transmis par Jésus. L’auteur s’exprime dans un style soigné, tant dans le vocabulaire utilisé: « Un instant, encore, il observa les longues flèches lumineuses qui léchaient l’ocre du désert, prémices du lever du jour. » (Page 15), que dans la construction des phrases, courtes ou longues, imprimant une cadence magnétique, qui fait monter la tension: « Ses yeux s’ouvrirent d’un coup, comme l’aboutissement d’une longue remontée qui devait normalement accéder à la lumière. Aucune lumière. Nuit totale. La peur se répercuta aussitôt sur le cœur. Chamade. Quelque chose n’allait pas. » (Page 11)éditions du rocher.

Le récit est constitué de passages narratifs et de dialogues. Toutefois, certaines conversations sont restituées dans un  style indirect, propre à entretenir un certain suspense: « Elle avait de graves ennuis…Professionnels? Oui et non…Elle ne pouvait pas tout expliquer dans l’immédiat…Plus tard…Elle viendrait? Non…Pas maintenant… » (Page 268).

La construction complexe du récit s’articule autour de différents lieux et différentes époques, inoculant un souffle épique transportant le lecteur dans des aventures homériques: « Horribles sensations que procure la vision d’une si belle armée navale prise dans une nasse! Seulement cinq tours sur les dizaines existantes purent être assaillies par les croisés sans que ceux-ci puissent conforter leur prise. En fin d’après-midi, la défaite était totale. Les opérations de manœuvres furent difficiles, et il fallut tout le savoir-faire et l’habileté des pilotes vénitiens pour mettre la flotte hors de portée des divers projectiles byzantins. » (Page 57).

Le Suaire de Turin: appelé aussi « Linceul de Turin » ou « Saint-Suaire »est un drap en lin mesurant 4,42 mètres de long sur 1,13 mètres de large montrant l’image floue d’un homme vu de face et de dos, présentant les traces de blessures qui pourraient

suaire de turin 2
Le suaire de Turin

correspondre à celles de la Crucifixion de Jésus de Nazareth décrite dans les Evangiles canoniques. Considéré par l’Eglise chrétienne comme une icône sacrée, il est vénéré par les Chrétiens comme une relique liturgique. « La silhouette était comme dessinée. Il identifia les cheveux longs, la barbe, les mains jointes sous le ventre qui cachaient les parties génitales, puis les jambes serrées, comme liées entre elles. Il y avait également des taches plus sombres qui zébraient l’ensemble du corps: des traces de sang! Un nombre incroyable de traces, témoignage de la violence du supplice. » (Page 35)

L’intrigue:

Suite au kidnapping de ses enfants, Catherine Dorval, médiéviste émérite, se rend à Istanbul. Le reste du roman établit les raisons pour lesquelles les Voyageurs Noirs la traquent à travers toute l’Europe: « Elle savait que les voyageurs noirs ne la lâcheraient plus! Qu’ils la traqueraient à travers le monde! Qu’ils lui porteraient les coups les plus vicieux, les plus douloureux, les plus inhumains! Elle détenait ce qu’ils voulaient et ce qu’ils voulaient était au-delà de toute compassion. » (Page 42).

1187. Arnaud de Flandres se rend à Constantinople, sur ordre de Conrad de Montferrat, afin de demander des renforts à Isaac II l’Ange, empereur byzantin. Mais sa vraie mission est de détruire le sindon dans lequel le corps de Jésus a été enseveli. Mission qui perdurera jusqu’à notre époque. Le Suaire exposé à Turin et le sindon protégé par les Croisés sont-ils un seul et même objet?

constantinople
Constantinople

Catherine Dorval, la seule spécialiste à posséder la foi et la connaissance de l’histoire du Suaire nécessaires, réussira-t-elle à combattre les ennemis de sa religion, du Suaire, afin de sauver la relique des reliques? Se montrera-t-elle à la hauteur de cet apostolat qui dépasse sa fragile humanité?

Les personnages:

Personnages contemporains et personnages du passé se croisent en un ballet harmonieux propre à faire progresser l’intrigue de manière cadencée.

  • Catherine Dorval: médiéviste spécialiste du suaire de Turin, professeur en chaire d’histoire à la Sorbonne, conférencière afin de prouver son authenticité; catholique; courageuse, déterminée, « une louve combattante, réfléchie, guerrière »; son principal défaut: mettre les choses en question et en perspective; 43 ans, belle femme malgré ses traits marqués et ses yeux creusés; joli sourire, silhouette sportive.
  • Père Adolfo Brasti: prêtre vénitien, bel homme charmant et charmeur, 28 ans; érudit, intelligent.
  • Farouk Ghizlan: soldat de Dieu; ambitieux, désireux de devenir un guerrier célèbre.
  • Sarah Stern: lieutenant de police au SRPJ de Rennes; yeux bleu transparent; respire la franchise et l’honnêteté; la trentaine, quelques rides au coin des yeux, allure juvénile.
  • Père Jacques Queyras: ami et mentor de Catherine; 57 ans, cultivé, spécialiste des mystères chrétiens; « homme de toutes les libertés, de tous les combats, bons ou mauvais, de toutes les audaces, de toutes les errances », aucune compromission; stature de rugbyman; très indépendant.
  • Louis Dorval: mari de Catherine, commissaire au SRPJ de Rennes.

Personnages du passé:croisés

  • 1187: Arnaud de Flandres: petit hobereau du nord de l’Europe.
  • 1202: Robert de Clari: petit hobereau de Picardie; chroniqueur officieux mandaté par Geoffroy de Villehardouin.
  • 1202: Geoffroy de Villehardouin: sénéchal de Champagne, chroniqueur officiel.
  • 1234: Othon de la Roche: ancien megaskyr d’Athènes, petit duché grec; ancien compagnon de Geoffroy de Villehardouin.
  • 1357: Geoffroy de Charny: chevalier porte-oriflamme des armées royales.
  • 1389: Jeanne de Vergy: épouse de Geoffroy de Charny.
  • 1389: Pierre d’Arcy: évêque de Troyes.
  • 1453: Marguerite de Charny: petite fille de Jeanne de Vergy.

Les lieux:

cathedrale de turin
Cathédrale Saint-Jean-Baptiste de Turin où la relique est conservée

Originalité du roman, les lieux reprennent le cours des divers événements concernant le parcours historique du Suaire de Turin dans le temps, de l’an 33 à nos jours, nous transportant de Constantinople à Copenhague, en passant par Venise, Paris, Chambéry, Budapest, Turin et bien d’autres encore.

En conclusion:

Les voyageurs noirs totalise tous les ingrédients qui font les grands thrillers historiques: des scènes d’action bien huilées: « Elle fit mine de courir vers l’hôtel, puis bifurqua d’un coup…Fraction de seconde…Suffisant pour passer au large de la lame (…) Elle bondit, féline en diable, et sauta sur le waterbus. Elle sentait le tueur derrière elle, rapide, silencieux, déterminé. » (Page 133); des rebondissements, du suspense, des mystères historiques, des énigmes; des personnages bien modelés, complexes.

Le roman bénéficie d’une très bonne documentation, tant en ce qui concerne les controverses autour de l’authenticité du Suaire de Turin, ainsi que d’autres mystères religieux comme la véritable personnalité de Jésus: prophète? Rebelle politique? Personnage historique? Mais également les interactions politiques et les descriptions géographiques de chaque époque.

Le +: Le récit flirte de temps à autre avec le merveilleux et le surnaturel avec beaucoup de cohérence. A noter les petits coups de pied dans la fourmilière auxquels l’auteur s’adonne de temps à autre, sur divers sujets, tel que: »…agacée par ces mauvaises habitudes de langage qui remplissaient les bouches des nouvelles générations. Tous ces mots parasites qui contribuaient à la réduction du vocabulaire. Aujourd’hui, tout était sympa… » (Page 82).

Raconter l’aventure de la relique la plus célèbre et la plus controversée de l’histoire de l’Eglise catholique sous forme de thriller constituait un pari audacieux habilement relevé par Erick George-Egret qui ne propose pas de dévoiler la vérité mais de transmettre au lecteur les données de cette énigme vieille de deux millénaires afin qu’il se forge sa propre opinion, de susciter l’envie d’aller plus loin. suaire de turin

Citations:

« Cette relique dont Saladin prédisait qu’elle pourrait être l’arme absolue de la chrétienté. Une arme telle que la religion de Mahomet pourrait un jour en trembler…voire en mourir. » (Page 34).

« La sagesse populaire, instruite ou non, sait reconnaître le pas du guerrier devenu soudard. La peur de mourir renforce le goût de vivre, qu’elles qu’en soient les conséquences; les peuples opprimés en ont une conscience instinctive et ne nourrissent pas d’optimisme béat sur leur sort. » (Page 62).

« Notre aventurier contemporain, gavé de télévision, d’internet et de conversations téléphoniques, se laisse plutôt fasciner par le jubilé de la reine d’Angleterre ou les secrets d’alcôve de ses dirigeants. » (Page 78).

« Pourquoi ne disait-on pas qu’Al-Bashar était un bon politique et non pas le bourreau sanguinaire de son peuple? Pourquoi ne disait-on pas que les rebelles islamistes étaient armés par l’étranger? Pourquoi ne disait-on pas que le gouvernement américain avait programmé, depuis dix ans, l’embrasement du Proche-Orient? » (Page 120).

« L’instant était magique…L’homme qui avait illustré ce codex avait vu le linceul, il y avait presque mille ans…Il avait connu Constantinople et vu l’empereur de Byzance. C’était une nouvelle plongée dans l’histoire. » (Page 236).

« Les malheurs qui nous submergent aujourd’hui ne viennent pas d’ailleurs…Le venin est dans nos veines! Notre faiblesse est de nous être laissé arracher nos racines comme une poignée de mauvaises herbes, de les avoir jetées au vent sous prétexte que le monde changeait. » (Page 303).

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