Publié dans Passion lecture

Passion lecture: Un peu, beaucoup, à la folie, Liane Moriarty.

Vous êtes-vous déjà dit: « Si j’avais su, je n’y serais pas allé? »…Voilà la question que se posent Erika et Clémentine.

L’auteur:

Liane Moriarty est une romancière australienne.
Elle est la sœur de l’auteure jeunesse Jaclyn Moriarty (1968).

A la sortie de l’école, elle a travaillé dans la publicité et le marketing pour une maison d’édition juridique. Elle a ensuite dirigé sa propre société pendant quelque temps avant de devenir rédacteur publicitaire free-lance.liane moriarty

En 2004, après une maîtrise à l’Université Macquarie de Sydney, son premier roman « Three Wishes » (Les trois vœux), écrit dans le cadre de l’obtention de son diplôme, a été publié.

Elle est l’auteur de nombreux best-sellers dont « Le Secret du mari » (The husband’s secret, 2013), phénoménal succès aux États-Unis et en France, et traduit dans 55 pays. Son roman « Petits secrets, grands mensonges » (Big Little Lies, 2014) a été adapté par David E. Kelley pour la chaîne HBO (une mini-série en 7 épisodes, diffusée en 2017), et réalise par Jean-Marc Vallée avec Nicole Kidman, Reese Witherspon, Laura Dern, Shailene Woodley, Zoë Kravitz et Alexander Skaargard.

Le roman:

Un peu, beaucoup, à la folie, Truly Madly Guilty en version originale paru en 2016 chez Pan Macmillan, éditeur australien, a été publié par les éditions Albin Michel en 2018. C’est le troisième roman de la romancière australienne.

Le style est fluide, agréable à lire, teinté de nombreuses pointes d’humour qui dédramatise le propos sérieux du roman: « Clémentine avait toujours dit à son père que si jamais elle avait un accident de voiture, il fallait qu’il revérifie qu’elle était vraiment morte avant que sa mère ne se mette à distribuer allègrement ses organes. » (Page 135)… »Elle se leva, les bras tendus et tâtonna adroitement jusqu’à l’embrasure de la porte qui se présentait toujours plus tôt que prévu. » (Page 143)… »A côté d’elle, Sam changea automatiquement de posture et prit l’air stoïque de celui qui se dit: J’écoute de la musique classique et j’espère que ce sera bientôt fini. » (Page 199).australia-62823_640

Construction du romanUn peu, beaucoup, à la folie est construit autour du leitmotiv: « Si seulement nous n’étions pas allés à ce fameux barbecue », attisant la curiosité du lecteur qui se demande alors: « Mais que c’est-il donc passé? », tournant fébrilement les pages jusqu’à la révélation finale. Car l’auteure tricote allègrement ses chapitres entre présent et passé, chaque protagoniste racontant une partie de cette journée telle qu’il l’a perçue, qu’il s’en souvient, mêlant au récit ses pensées et commentaires intérieurs. Là réside l’inventivité de Liane Moriarty.

L’intrigue:

Où il est question d’une magnifique journée d’été. D’un barbecue entre voisins. Tout est réuni pour passer une excellente journée, au souvenir impérissable…

Mais au cours du roman, chacun des six adultes présents raconte cette journée fatidique selon les souvenirs qu’il en a conservés. Et qui sont loin de constituer de bons souvenirs. Il y a donc la situation « avant le barbecue » et « après le barbecue »Elle avait l’impression qu’il n’avait pas cessé de pleuvoir depuis le jour du barbecue, même si ce n’était pas le cas, elle le savait. Quand elle repensait à sa vie d’avant le barbecue, elle était empreinte d’une lumière dorée. » (Page 40)… »Tout ce qu’elle savait, c’est que Sam et elle n’avaient rien à voir avec ceux qu’ils étaient à présent, à peine huit semaines plus tard. » (Page 157).

Il aura fallu un enchaînement d’événements fâcheux, qui auraient pu tourner au drame pour que chacun d’entre eux réévalue sa vie, son mariage, sa profession à l’aune de ses envies et de ses rêves oubliés, se demandant: quelles sont mes priorités dans ma vie et quels sacrifices suis-je prêt(e) à faire pour y parvenir? Que suis-je prêt(e) à faire pour ceux que j’aime? Tout est là…Se recentrer sur l’essentiel, sur SON essentiel…

Les personnages:

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Barbecue entre amis

Les portraits des différents protagonistes de cette histoire sont malheureusement un peu trop simplistes, fonctionnant en duos caricaturaux: on retrouve en effet la fille naïve et rêveuse / son amie sérieuse et bien ancrée dans la réalité; la mère parfaite / la mère souffrant d’accumulation compulsive; le mari attentionné / le mari incapable de gérer ses émotions; le couple uni / le couple bancal => Manichéisme qui dissout la profondeur de la psychologie des personnages en une présentation trop convenue.

Malgré ce bémol, l’auteure montre son talent dans sa façon de décrire les incompréhensions, les questions sans réponses qui régissent les relations entre les duos, dans un jeu d’allers-retours complexe: Erika avec sa meilleure amie, Clémentine; Sam avec sa femme Clémentine; Erika avec sa mère Sylvia; Tiffany avec sa fille Dakota…Rien n’est jamais simple, ni résolu d’avance.

  • Clémentine: Brune, violoncelliste; excentrique, âme d’artiste, un peu bohème; nourrit des rêves d’une vie extraordinaire; capacité à passer d’une humeur mélancolique à un état d’euphorie en quelques secondes; jeune femme un peu naïve, parfois déconnectée de la réalité; mariée à Sam, deux filles.
  • Erika: meilleure amie de Clémentine; disciplinée, sérieuse, maniaque; tout à l’opposé de Clémentine; porte des vêtements passe-partout, comptable dans un grand cabinet, propriétaire d’une maison aseptisée où tout  a sa place; mariée à Oliver; sans enfant; malgré sa « perfection » suit une thérapie.
  • Oliver: tête de petite taille, direct, courtois, perd rarement son sang-froid, plutôt insignifiant; paranoïaque en ce qui concerne tout ce qu’on peut avaler; comptable lui aussi.
  • Vid: voisin d’Erika; père de quatre filles, dont trois d’un premier mariage; très bon cuisinier; cheveux gris.
  • Sylvia: mère d’Erika; ancienne infirmière; victime d’accumulation compulsive; a élevé seule sa fille.
  • Sam: mari de Clémentine; directeur du marketing pour en entreprise de boissons énergisantes; physique de surfeur blond, trapu, le torse carré; drôle et décontracté.
  • Tiffany: épouse de Vid; mère de Dakota; blonde, silhouette pulpeuse; achète des biens immobiliers en mauvais état, les rénove et les revend.
  • Pam: mère de Clémentine: assistante sociale; voix distinguée, frange grise au-dessus des yeux marron protubérants, nez imposant, grands oreilles; tout en force et en certitudes.
  • Dakota: fille de Vid et Tiffany; 10 ans; passe tous ses loisirs à lire.
  • Harry: voisin âgé et irascible de Vid; passe son temps à porter plainte contre ses voisins; veuf, vit seul.

Les lieux:

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Sydney

L’action de Un peu, beaucoup, à la folie se passe à Sydney. L’essentiel des descriptions de lieux concerne les maisons et jardins des principaux protagonistes, chacune à l’image de ses propriétaires: la maison aux allures de château « avec ses arabesques et ses fioritures délirantes » du couple Vid/ Tiffany, pleins aux as et un peu « m’as-tu-vu »; le petit pavillon beige de plain-pied d’ Erika et d’Oliver,, d’un strict minimalisme, « une maison rassurante, dépourvue de personnalité, qui leur ressemblait tellement »; la maison sans cesse en désordre de Sam et Clémentine, trop petite pour accueillir leur famille, mais finalement la plus chaleureuse. Dis-moi où tu vis, je te dirai qui tu es…

Ambiance: 

Le mois d’août le plus pluvieux depuis des décennies, jouant sur le moral des personnages et leur perception des événements survenus ce fameux dimanche: « Le barrage de Warragamba risquait de déborder à tout moment. Des crues subites frappaient tout l’Etat. (…)regarda par la fenêtre les baies et les criques du port de Sydney sous un ciel bas et gris, menaçant. L’atmosphère avait quelque chose d’apocalyptique. » (Page 58).

Mon avis:

Un peu, beaucoup, à la folie est le premier roman que je lis de cette romancière australienne. Je ne peux donc établir aucune comparaison, ce qui, finalement, n’est peut-être pas plus mal, mais j’avoue avoir été un peu déçue par certaines ficelles trop grossières qu’elle utilise pour mener son intrigue. Je m’attendais à un récit moins mièvre, plus percutant en ce qui concerne la psychologie des personnages.

Cela dit, j’accorde volontiers à Un peu, beaucoup, à la folie des qualités indéniables: sa construction « bicéphale » entre passé et présent, tissant peu à peu, sous les yeux du lecteur, la trame des événements qui ont bouleversé la vie des personnages, guidée par le fil rouge: « Que s’est-il passé ce jour-là? »

J’ai également apprécié la façon dont elle aborde le thème de la relation mère-fille, même si, comme je l’ai écrit plus haut, les personnages manquent un peu de profondeur, d’épaisseur: les non-dits, les exigences que chacun attend de ses enfants, de son conjoint, peuvent être source de conflit intérieur et de souffrance psychologique, comme on le voit notamment avec Clémentine qui, incapable de communiquer à Erika et à son mari ses ressentis les plus profonds, risque de perdre leur amour.

Il faudra un événement dramatique qui aurait pu tourner à la catastrophe pour permettre à chacun de trouver le chemin du pardon afin de croire à nouveau en soi, et en ceux qui les aiment. Un roman qui somme toute se laisse bien lire, proposant un agréable et bienfaisant moment de lecture, distillant humour et petites vérités, comme un manuel de savoir-vivre en couple et en famille.

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Australie

Citations:

« Erika savait que les récits de témoins n’étaient pas fiables, c’était bien connu, car les gens croyaient rembobiner le petit enregistreur installé sous leur crâne alors qu’en réalité ils se fabriquaient des souvenirs. » (Page 131)

« Personne ne vous prévient que, lorsque vous avez des enfants, vous n’êtes plus qu’une variante diminuée, rudimentaire et primitive de vous-mêmes, et que vos talents, votre éducation et vos réussites ne représentent plus rien. » (Page 65).

« Ton couple traverse une épreuve, ma chérie, mais quand le pire est passé, le meilleur est à venir! La seule solution, c’est pardonner et communiquer. » (Page 98)

« On a tous en réserve une autre vie qui aurait pu nous rendre heureux. » (Page 195).

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