Publié dans médecin légiste, Passion polar

Passion polar: Postmortem, Patricia Cornwell.

Un médecin légiste comme personnage enquêteur, qui plus est une femme, voilà un concept nouveau à l’époque de la parution de ce premier opus de la série Kay Scarpetta.

L’auteur:

patricia cirnwellPatricia Cornwell, de son vrai nom Patricia Carroll Daniels, est une romancière américaine de romans policiers, notamment la série mettant en scène le personnage de Kay Scarpetta, inspirée de la directrice de la morgue de l’Institut Médico-légal de Richmond, en Virginie, pour lequel elle a travaillé en tant qu’informaticienne.

Elle obtient son diplôme au Davidson College, en Caroline du Nord. En 1980, elle épouse son professeur d’anglais, Charles Cornwell, dont elle divorce huit ans plus tard. Elle poursuit sa carrière de journaliste au sein du journal The Charlotte Observer, se spécialisant dans les faits divers criminels et les armes à feu. A ce jour, ses livres, tous titres confondus, se sont vendus à plus de cent millions d’exemplaires.

Le roman:

Postmortem, Postmortem dans la version originale parue en 1990 aux USA, a bénéficié de nombreuses éditions en version française et de différentes traductions, la première datant de 1992 par les éditions du Masque et la dernière de 2011 par les éditions des 2 Terres ( traduction d’Andrea H. Japp, grande dame française du crime). Il s’agit ici du premier opus de la série mettant en scène Kay Scarpetta, médecin légiste, série qui compte actuellement 24 épisodes.

Ce roman a été couronné par quatre prix: le John Creasey Award en 1990, prix décerné au meilleur premier roman policier par un auteur de n’importe quelle nationalité; le Prix Anthony en 1991, récompensant des romans policiers; le Prix Macavity en 1991, prix attribué chaque année par les membres du Mystery Readers International dans cinq catégories; le prix du roman d’aventures en 1992, prix littéraire délivré chaque année par les éditions du Masque à un roman policier français ou étranger.

Le récit, raconté à la première personne et au passé, se situe en juin dans la ville de Richmond, en Virginie. Cette proximité donne l’impression de suivre Kay pas à pas, comme un membre de son équipe. Son point de vue de médecin légiste donne un aperçu du déroulement de l’enquête différent de celui de la police. Ici, pas de préliminaires de présentation: le premier meurtre est découvert dès les premières pages.

L’intrigue:rain-122691__340

Juin. Des trombes d’eau s’abattent sur le ville de Richmond secouée par une série de meurtres tous perpétrés sur des femmes, selon le même modus operandi: les victimes ont été violées puis étranglées à leur domicile, le tueur ne laissant aucun indice ni aucune empreinte malgré la pluie, si ce n’est de minuscules taches blanches sur les corps que personne ne parvient à identifier. S’agit-il d’un serial killer? Pourtant, aucun lien apparent ne semble relier les victimes.

Finalement, les empreintes relevées sur la dernière victime figurent dans la base de données sous le nom d’un homme accusé de viol six ans plus tôt. Pourtant, Kay reste persuadée que l’assassin est inconnu des services de la police. De nombreuses questions dérangeantes subsistent: qui a interrogé de l’extérieur le profil de Lori Petersen, la première victime, dans la banque de données du service de médecine légale? Pourquoi la police, appelée par Lori juste avant son agression, n’est pas intervenue chez la jeune femme? Une enquête bien plus complexe qu’il n’y paraît pour Kay mise sur la sellette par sa hiérarchie.

Travail du légiste: Patricia Cornwell ayant travaillé quelques années à l’Institut médico-légal de Richmond, les passages relatifs au travail de Kay, aux moyens usités sont médecin légisteparticulièrement bien décrits, même si certains peuvent paraître aujourd’hui obsolète ( n’oublions pas que Postmortem a été écrit en 1990) donnant au roman une touche de réalisme très appréciable, impression renforcée par le récit à la première personne: « Un officier de l’IJ était occupé à répandre de la poudre à empreintes noire sur les moindres surfaces, tandis qu’un de ses collègues filmait la pièce en video…Je m’approchai du lit avec précaution, posai ma mallette par terre et en sortis une paire de gants chirurgicaux. Ensuite, je pris mon appareil photo et fis quelques clichés du corps. » (Pages 14-15).

L’enquête de police: bien que les investigations soient relatées par le médecin légiste, il n’en reste pas moins que la partie dévolue à la police reste bien documentée et tout à fait crédible, relayée par le sergent Marino qui transmet à Kay les informations auxquelles elle n’a pas accès: « Il a laissé aucune trace, comme s’il avait essuyé derrière lui pour pas laisser d’empreintes sur le chiotte ou le carrelage. Il a quand même plu toute la journée, hier…Il devait avoir les chaussures mouillées, boueuses. » (Page 14). Remarque encore plus vraie pour le travail du profiler quand il dresse le portrait psychologique du tueur.

Les personnages:

On retrouve la sobriété du style de Patricia Cornwell dans la description des personnages dont on ne sait que l’essentiel, juste de quoi nous les représenter et comprendre leur rôle dans l’intrigue.

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Richmond vieux quartier
  • Kay Scarpetta: médecin expert général du Commonwealth de Virginie; 40 ans, divorcée, professeur au VMC; fume et boit beaucoup; 1m67, taille 40.
  • Pete Marino: sergent dans la police de la ville; visage buriné, quelques mèches de cheveux gris sur son crâne dégarni; marié.
  • Commissaire Amburgey: n’apprécie pas Kay; cherche à la coincer.
  • Benton Weysley: profiler au FBI, associé de Marino dans le cadre du VICAP ( Violent Criminal Apprehension Program); donne des cours à l’Académie nationale de Quantico; traits acérés, cheveux prématurément gris, mince.
  • Lori Petersen: quatrième victime de race blanche; très jolie femme âgée de trente ans; étudiante en médecine au VMC, originaire de Philadelphie.
  • Matt Petersen: mari de Lori.
  • Neils Vander: spécialiste des empreintes digitales, chargé d’entrer les nouvelles données dans la banque.
  • Wingo: assistant de Kay pour les autopsies.
  • Margaret: analyste informatique travaillant dans le service de Kay; cheveux noirs et courts, yeux sombres.
  • Rose: secrétaire de Kay.
  • Fred: préposé à la sécurité de la morgue.
  • Bill Boltz: petit ami de Kay; avoué du Commonwealth; blond, la quarantaine.
  • Abby Turnbull: journaliste.

Les lieux:richmond

L’action de ce roman se situe à Richmond, « 220 000 habitants, vieille capitale de la Virginie, classée deuxième pour le taux de criminalité par tête, selon le FBI. Il n’était pas rare de voir des médecins légistes du Commonwealth britannique passer un mois avec mon équipe pour se familiariser avec les blessures par balle. Et des flics comme Pete Marino, croyant fuir le chaos de New-York ou de Chicago, se faisaient muter à Richmond, où ils découvraient l’enfer. » (Page 10). Toutes les structures officielles, telle que la morgue, sont décrites telles qu’elles sont dans la réalité, confinant au roman un petit côté « article de journal ».

L’ambiance: 

Quatre meurtres de jeunes femmes en quelques semaines, ça fait beaucoup, même pour une ville de 220 000 habitants. Par conséquent, les femmes, en particulier celles qui vivent seules, sont terrorisées. « Les ventes d’armes de poing et de verrous sophistiqués avaient augmenté de 50% durant la semaine qui avait suivi le troisième meurtre, et les chenils de la SPA avaient été dévalisés. » (Page 10). D’autant que la presse se complaît dans des descriptions détaillées propres à entretenir la psychose plutôt qu’à rassurer la population.

En conclusion:

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Richmond

La principale caractéristique de ce roman policier réside dans le réalisme très prononcé de ses descriptions des différents lieux, mais aussi des scènes de crime qui sont particulièrement détaillées, à la limite du compte-rendu scientifique. On croirait presque lire un article de journal, ce qui personnellement me convient parfaitement car il est ainsi plus aisé de se glisser dans le récit, d’y adhérer. Pourtant, la partie fictive se greffe sans aucun difficulté, donnant à l’ensemble beaucoup de cohérence.

Les personnages récurrents seront certainement amenés à évoluer au cours du déroulement des épisodes, ce qui ne signifie pas qu’ils soient bâclés. Loin de là. Leur passé, leur histoire personnelle ainsi que leur psychologie sont évoqués avec le souci du détail qui caractérise la plume de Patricia Cornwell. Simplement, l’auteure nous laisse le temps de nous y attacher, ménageant le plaisir de les retrouver ultérieurement. En somme, un très bon polar, qui se laisse lire avec beaucoup de plaisir.

Citations:

« La mort violente est toujours un événement public, et ce n’est pas ce côté de ma profession qui me plaît le plus. Je fais mon possible pour préserver la dignité des victimes, mais je ne peux plus grand chose lorsqu’elles deviennent un dossier numéroté qu’on se repasse de main en main. Un assassinat tue la vie privée aussi sûrement que la vie tout court. » (Page 12).

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4 commentaires sur « Passion polar: Postmortem, Patricia Cornwell. »

  1. Pour moi le meilleur personnage de polar et la série une merveille dont je ne me lasse pas de relire tous les livres à l’infini. Kay Scarpetta et Marino, sont devenus des espèces d »amis de fiction ! >Dommage que la série ne soit plus à la hauteur dans les dernières publications. Une série TV serait envisageable….

    Aimé par 1 personne

  2. Ca m’est familier sans que je puisse dire si j’ai lu ou peut-être vu un film américain? J’ai beaucoup aimé ce style, et peut-être aimerai-je encore, je n’ai pas fermé la porte à jamais, mais pour le moment … c’est non 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Je comprends, on ne peut pas tout lire; cela dit, ce roman propose un bon scénario et des personnages intéressants. Dans un autre genre, j’ai lu « Silencieux tumultes » en quelques heures; je l’ai adoré et compte le chroniquer sur mon blog. C’est un ouvrage qui gagne à être lu…

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