Publié dans Passion polar français

Passion polar français: Le Goya de Constantin, Del Pappas.

Polar humoristique, deux mots qui, a priori, n’ont rien à faire ensemble. Et pourtant, le résultat est plutôt convainquant. Mais je vous laisse en juger..

L’auteur:

Fils d’un père grec et d’une mère italienne, Gilles Del Pappas est un romancier français del pappasauteur de romans policiers humoristiques et d’ouvrages pour la jeunesse. Très tôt, il s’intéresse à l’image, à la photographie, puis à la peinture et au cinéma par lequel il appréhende l’écriture. En 1998, il publie son premier roman, Le Baiser du congre, premier titre d’une série policière humoristique ayant pour héros Constantin le Grec. Il écrit dans la foulée deux autres récits sur la cité noire phocéenne Bleu sur la peau (1998) et Le Jobi du Racati (1999). Pendant deux décennies, Del Pappas poursuit la série Constantin suivie par un fidèle public.

En parallèle, il publie des romans humoristiques, des récits autobiographiques et des romans de littérature d’enfance et de jeunesse, dont la série ayant pour héroïne la détective amateur en culottes courtes Gwendoline Strawberry.

En février 2002, Gilles Del Pappas reçoit le Grand prix littéraire de Provence pour l’ensemble de son œuvre et, en 2007, le prix du polar lycéen d’Aubusson pour Le Baiser du Congre. Il est l’un des auteurs représentatifs du polar méditerranéen. En 2010, la ville de Sablet lui remet le grand prix pour l’ensemble de son œuvre.

Le roman:

Le Goya de Constantin, 22e épisode des aventures de Constantin le Grec, est paru aux éditions De Borée le 14 juin 2018. Le récit alterne l’usage de la première personne au présent quand il est raconté par Constantin lui-même, ou à la troisième personne au passé pour les passages dont il n’est pas l’acteur.téléchargement (1).jpeg

Le style: un déroutant mélange de langage courant, voire familier: « Il est vrai que mon pénéquet m’a bien fait défaut, j’ai un peu du mal à arquer, et mon élocution manque de souplesse. » (Page 125), de vocabulaire soigné, choisi, comme dans cet extrait: « Mais trêve de billevesées, voyons les choses en face, pas de faux-fuyant, n’ergotons pas devant le bilan » (Page 15), de mots en patois provençal égayant çà et là le propos: « Marseille et sa rade sont de vraies banastes à gallines! Du temps où j’avais mon pointu, j’en avais embarqué, des estrangères! » (Page 25) ainsi que de plaisantes formules dont je ne vous donne ici qu’un faible aperçu: « Bienheureux les fous, car ils bronzent à l’intérieur de l’âme, grâce aux fêlures qu’ils ont dans le crâne! » (Page 16), avec pour résultat un style hybride, réjouissant à souhait, bien personnel à l’auteur.

L’intrigue:

Tout part d’une remarque en apparence anodine émise par Estello, amie de Constantin,

musée borély
Musée Borély

conservatrice du petit musée Borély, à Marseille: « Il y a beaucoup de choses qui ne sont pas répertoriées. Des tableaux surtout. Des artistes célèbres. » C’est alors que le jeune homme apprend qu’au fin fond du musée dort une toile de Goya, troisième version du célèbre tableau « La Maja vestida » où la jeune modèle n’apparaît non pas nue ou vêtue, mais le buste dénudé, version que tous les connaisseurs pensaient n’être qu’une légende.

Personne ne sait comment il est arrivé là, ni ne l’a jamais vu, en tout cas pas récemment,

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La Maja Vestida et La Maja Desnuda

à part Estello et Constantin. Et s’il disparaissait des caves du musée pour réapparaître dans une salle de vente à Londres, Berlin ou New-York, qui s’en soucierait? Et qui peut dire quelle somme faramineuse un collectionneur serait prêt à débourser pour l’acquérir? Pour la bonne cause, pour financer le traitement très coûteux qui permettrait à une adorable petite fille de guérir d’une terrible maladie? Evidemment, présentée sous cet angle, la proposition d’Estello se défait de ses oripeaux d’illégalité.

Oui, mais Constantin ne se doute pas qu’en dérobant le tableau il attise la convoitise d’individus fort peu recommandables, devenant la proie d’une bande de malfaiteurs prêts à tout pour le récupérer. Avec l’aide de Gerhard, il se retrouve embarqué dans une folle aventure au cœur de Hambourg, ville portuaire bien moins clean qu’il n’y paraît de prime abord!!

Les personnages:

  • Constantin le Grec: narrateur; ancien photographe devenu écrivain; très grand lecteur, 40 ans.
  • Esther: vieille amie de Constantin; grand-mère de substitution, une présence rassurante.
  • Estello: amie de Constantin; conservateur du musée Borély de Marseille; brune, petite, le regard fiévreux, originaire de Lorraine, contrairement à ce que son physique de belle Italienne laisse supposer.
  • Claude, dit « Le Blond »: ami de Constantin.
  • Gerhard: amateur d’art, spécialiste de Goya qui vit à Hambourg; blond roux aux cheveux grisonnants, yeux bleu-vert; personnage sympathique; ancien des forces spéciales.
  • L’expert: soixantaine d’années, parle un français impeccable; pas très grand, allure de gros nounours aux airs d’intellectuel.
  • Bella: policière allemande.

Les lieux:

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Marseille

La cité phocéenne représente, dans la série Constantin bien plus qu’un décor de roman; elle incarne un personnage incontournable dont l’auteur nous fait découvrir des facettes méconnues et inattendues: son patois, ses paysages loin des chemins touristiques, ses mille visages, sa gastronomie aussi…A chaque syllabe, transpire l’amour profond que Del Pappas ressent pour elle. Comme dans ce passage dans lequel il décrit le parc du château Borély: « Le parc est frais, émeraude, bienvenu. Après les grilles imposantes, les jardins, pauvres à cette époque de l’année…A gauche, l’hippodrome qui, très beau, doit dater des années 1930 avec une casquette ambitieuse, des formes audacieuses, tout blanc. On peut imaginer sans peine les robes et capelines délicates des bourgeoises marseillaises, on rêve aux hauts-de-forme tenus par les édiles car, par mistral, tout doit s’envoler…De tout cela, il se dégage une idée de gaieté, de légèreté…Que j’aimais cette cité et ses divers habitants, mais qu’est-ce que je détestais ces édiles incapables, bouffons, gros malins! Une vraie ville populaire, intelligente, sensible, créatrice, prenant elle-même en charge les incapacités de ses dirigeants. » (Pages 22-23).

hambourg
Hambourg

Cela dit, l’action de ce 22e opus ne se déroulant pas entièrement à Marseille, Del Pappas nous fait voyager jusqu’en Allemagne, Hambourg plus précisément dont il nous donne un aperçu suffisamment réaliste pour contenter notre appétit de nouvelles découvertes touristiques : « Dans l’immense hall, beaucoup de boutiques de gâteaux odorants, les gens font tranquillement la queue pour y être servis. Il y a une efficacité organisée, si loin de ma culture latine brouillonne et anarchique que j’en ai le vertige. Pas un papier gras, pas de poubelle débordante, pas un clochard éructant des insultes. » (Page 84)… »Les Hambourgeois sont fiers de leur cité! Son nom officiel est Freie und Hansestadt

 

Hamburg, c’est-à-dire « ville affranchie et hanséatique de Hambourg ». »(Page 104)

Et y ancrer son intrigue: « De nuit, la ville est encore plus belle, environnée de brouillard

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Hambourg: le port

montant de l’eau de l’Elbe avec, quand nous arrivons sur les quais, toutes les lumières des porte-containers. Les grues sont autant d’insectes étranges, maigres et actifs.

 

 

En conclusion:

Ce que j’ai aimé dans ce roman: le monde de la peinture et des peintres suffisamment esquissés pour donner de l’ampleur au propos de l’auteur; les scènes d’action détaillées et très crédibles donnant du souffle et du rythme à l’intrigue; le contraste pas trop caricatural entre deux cultures diamétralement opposées simplement en soulignant les caractéristiques de chacune sans les comparer; le ton léger, faussement innocent; les personnages drôles et attachants ou intrigants pour les gentils, ou carrément patibulaires pour les méchants, comme dans les comédies policières qui ont fait la gloire du cinéma français à une époque malheureusement révolue…marseille la canebière

Ce que je n’ai pas aimé: après mûre et profonde réflexion…Rien !!

Citations:

« C’est le mois de mes quarante ans. Un âge admirable, comme l’on dit. Je n’étais pas encore dans la vieillesse, mais je n’étais plus tout à fait dans la jeunesse, j’avais basculé sur le versant de la montagne dont on ne revient pas. Une cime que tout le monde franchit, mais le col est haut et chacun emprunte le chemin qu’il veut, ou qu’il peut. Il y en a qui prennent les autoroutes toutes droites, toutes plates, où l’on voit des kilomètres à la ronde un corbeau s’envoler. Mais ça n’est pas mon cas. Oh non! » (Page 14).

 

« Il y aura bien, de moi, un reste de poussière,

Ne serait-ce qu’un petit grain que le vent prendra dans sa ronde,

Et je ferai le tour du monde,

Je volerai dans les rayons de lune et cela ne finira jamais,

Parce qu’un seule grain de poussière, c’est indivisible, immortel !  » (Page 91).

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