Publié dans Passion lecture

Passion lecture: Les ruchers de la colère, Sylvie Baron.

Des histoires aux thèmes modernes et tout à la fois intemporels, des intrigues bien conçues, des personnages forts et attachants…Vous trouverez tout ceci et bien plus encore dans les romans de Sylvie Baron…

L’auteur:

Sylvie Baron est un écrivain, mais aussi professeur, passionnée de littérature, amoureuse des jardins à l’anglaise, de la nature et des grands espaces, raison pour laquelle elle téléchargement (1)a choisi de s’installer en  Haute Auvergne afin d’y poursuivre son travail d’écriture.

Admiratrice des « grandes dames du crime » comme Agatha Christie, Patricia Wentworth ou Patricia Mac Donald, elle a à cœur de retracer cette atmosphère si particulière des romans dits à énigme avec des personnages forts et  attachants et des intrigues diaboliques.

Ses histoires proposent des fictions ancrées dans le présent et s’inscrivent pour la plupart dans ce territoire si fort du Cantal.

Le roman:

Les ruchers de la colère a été publié en 2015 par les éditions Calmann-Lévy. C’est avant tout un hymne à la nature brute et sauvage, témoignant d’un amour profond pour la région du Cantal. Mais c’est aussi une peinture tout en sensibilité et pertinence du monde de l’apiculture. Le style de Sylvie Baron est riche et sensuel: « C’était une alchimie subtile, un ensemble d’odeurs, feu de bois, terre grasse, foin coupé; de couleurs, lichen jaune, maisons grises, vaches rousses; de lumières, étoiles crépitantes, perles de brume, que le voyageur pressé ne pouvait pas percevoir. » (Page 58)

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Cantal

Capable d’élans lyriques: « Le mois d’avril tenait ses promesses. Malgré les gelées nocturnes, les journées éclataient de lumière, réveillant en fanfare les creux des vallées encore engourdies du sommeil hivernal, enveloppant les villages de couleurs chaudes et légères, nimbant le ciel d’auréoles de mystère. » (Page 93)…elle joue avec les mots et les sensations: « La nuit épaisse régnait en maître, recouvrait tout de mystère, réunissant bêtes et gens autour du rond jaune des lampes, laissant des ombres fantastiques se développer dans les recoins les plus sombres. La lumière ici était ailleurs, dans une coulée de lune, un crépitement d’étoiles, une aube blanche et pure, une neige immaculée, redonnant son sens à la notion de temps et des repères tangibles dans ce monde stressé. » (Page 25)…

…sachant toujours trouver les mots justes pour faire ressentir au lecteur la profondeur du propos: « Ils vivaient, grandeur nature, un véritable exercice sur les antonymes, du genre de ceux que Mélissa affectionnait tant à l’école. Le silence contre le bruit, la solitude contre la foule, l’obscurité contre la lumière. D’autres encore, tout aussi évidents pourtant, leur échappaient, la pureté contre la pollution, la limpidité contre la saleté, la solidarité contre l’indifférence. Mais ceux-là ils étaient trop jeunes pour les percevoir. » (Page 24).poetry-688368__340

Un roman psychologique, avec peu de dialogues, souvent au style indirect, les pensées de chacun faisant avancer l’intrigue, ce qui ne signifie pas que le lecteur s’ennuie, ça non!! C’est juste que Sylvie Baron a fait le choix d’une intériorité plus présente pour raconter le combat de cet homme qui se bat pour retrouver l’amour de ses enfants, mais aussi pour sauver son métier et sa région des prédateurs en tout genre, assoiffés de pouvoir et d’argent facile au détriment de l’éco-système si fragile, si beau et si essentiel à la vie.

Thèmes: les thèmes développés dans Les ruchers de la colère touchent toujours à des sujets brûlants d’actualité, comme l’écologie, la préservation d’éco-systèmes fragiles telle que la forêt, l’appât du gain des grandes entreprises; ils abordent également des questions délicates, comme la perte d’un être cher, des retrouvailles après une très longue séparation, l’amitié ou l’adolescence.

L’intrigue:

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Cantal

Nathalie, ex-femme de Gautier, apiculteur du Cantal, est retrouvée morte, lardée de coups de couteaux à Clermont où elle était arrivée la veille des USA, alors qu’elle avait rendez-vous le lendemain avec Gautier pour discuter de la procédure de leur divorce. Leurs deux enfants, qu’il n’a pas vus depuis le départ de son ex-femme, huit ans plus tôt, viennent habiter avec lui. Tout les sépare de leur père. C’est le choc entre deux modes de vie, deux cultures totalement aux antipodes l’une de l’autre.

Nathalie, travaillant depuis peu pour Probees en tant que responsable de la communication, avait reçu des menaces de mort avant son arrivée en France. Gautier étant le principal opposant de la firme américaine, aussitôt les soupçons de la police se sont focalisés sur lui, bien que d’autres pistes semblent envisageables. Gautier, qui exerce son métier sans concession et ne mâche pas ses mots lorsqu’il s’agit de prendre la défense de l’apiculture et de l’environnement, s’est fait de nombreux ennemis, dont certains assez puissants.

Confronté à l’hostilité de ses enfants, à la guéguerre que se livrent les apiculteurs, aux critiques de Victoire dont il se demande pour quelle raison elle cherche à apprivoiser sa fille, aux soupçons de la police qui tente de le déstabiliser, Gautier se débat dans un vrai sac de nœud. Dans ce contexte compliqué, que signifie la soudaine disparition de Cléa?

Les personnages:

Malgré une tendance aux oppositions tranchées, Sylvie Baron possède indéniablement l’art de brosser des portraits de personnages hauts en couleur, des hommes comme des femmes passionnés, capable de défendre leurs convictions, qu’elles soient bonnes ou mauvaises.apiculteur

  • Gautier Costarel: apiculteur puriste, passionné par son métier et son pays de montagnes, caractère farouche, entier; bel homme à la haute stature, chevelure indomptable, yeux marron au regard sarcastique et désabusé; 35 ans; « Il se bornait à regarder autour de lui avec ses yeux, son cœur, pour ressentir profondément le paysage, s’en imprégner, s’en imbiber, pour partir ailleurs. » (Page 33).
  • Joséfa Casarès: voisine et amie de Gautier; femme forte et tranquille, pleine de bon sens et de droiture, courageuse et attentive, terriblement franche; silhouette assez corpulente, regard sombre, voix rauque et chaleureuse; 55 ans; femme de ménage.
  • Mélissa: 13 ans, fille de Gautier; caractère bien trempé, se donne des grands airs mais pas méchante; ne se livre pas facilement; très bonne élève.
  • Thomas: 10 ans, frère de Mélissa.
  • Madeline Morand: sœur de l’ex-femme de Gautier qu’elle déteste; veuve d’un antiquaire fortuné; froide, austère, grande, sèche, hautaine, cheveux gris; propriétaire de la plus grande demeure du village.
  • Nathalie: ex-femme de Gautier, mère de ses deux enfants; belle, riche, issue de la bourgeoisie; blonde.
  • Cléa Bentley: amie américaine de Nathalie; décoratrice; élégante, fine, amusante, prévenante avec les enfants.
  • Victoire Pignatol: professeur de français de Mélissa; petite-fille d’apiculteur; d’une nature enjouée, enflammée, généreuse; toujours prête à se battre contre les injustices; petite taille, cheveux courts bruns et bouclés, toujours en désordre, visage aux taches de rousseur, yeux verts pétillants.
  • Gilbert Buissonnier: président du syndicat départemental des apiculteurs; gros apiculteur et conditionneur du Cantal, maire de sa commune; hargneux, ne supporte aucune contradiction.
  • Hubert Vidal: restaurateur cantalien, originaire d’Aurillac, propriétaire d’une brasserie réputée à Paris, amant de Nathalie; marié, trois enfants; cheveux blonds, teint très bronzé, corps musclé, vêtements élégants; sûr de lui.
  • Gérard Lignières: responsable France de Probees, ami de Vidal; cinquantaine avancée, yeux bleu acier, durs et froids; homme d’affaires brillant.
  • Sylviane: amie de Gautier; fabrique des bijoux artisanaux; femme libre, belle, gracieuse.

Les lieux:images

L’action se déroule au village de Lescure, dans le Cantal, à la « beauté dénudée et austère de ses maisons en pierre grise collées les unes aux autres à flanc de coteau », autour d’une  vaste église gothique en basalte. Le village est bâti sur une crête des premiers contreforts du Plomb du Cantal, donnant sur un panorama époustouflant, grandiose…

La maison de Gautier, une ancienne ferme du XVIIe siècle, est la dernière du hameau, avec une cour pavée, un portail en fer. Ici, sans télévision ni accès internet, les habitants vivent au rythme des saisons, selon une tradition ancestrale qui semble hors d’âge. Et pourtant…

Ambiance: le jour de leur arrivée, la météo exécrable reflète l’état d’esprit sombre et triste des enfants soudainement immergés dans un environnement complètement à l’opposé de celui dans lequel ils ont été élevés par leur mère à New-York: « …un vent terrible, l’obscurité les empêchant de découvrir l’environnement (…) Ils descendirent en luttant contre le vent, se tordant les chevilles sur les pierres de basalte disjointes. » (pages 22-23)

En conclusion:

Ayant fait la connaissance de Sylvie Baron grâce à son roman Rendez-vous à Bélinay, paru au début de l’année 2018, qu’elle m’avait envoyé pour avis, j’ai tout de suite été séduite par son style unique, mêlant poésie, sensibilité, ton juste et vocabulaire recherché. J’ai eu alors envie de découvrir son univers romanesque. Et je n’ai pas été déçue…ruche

Le +: La façon dont l’auteur aborde la psychologie des personnages, avec beaucoup d’empathie, d’indulgence, une profonde humanité, habile à montrer les ressentis des enfants, leur détresse sans pour autant porter de jugement, essayant simplement de comprendre les raisons des agissements de chacun: « Tout à l’heure, quand Gautier était entré dans sa chambre, il s’était bien gardé de bouger, faisant semblant de dormir pour ne pas répondre à ses sollicitations bourrues. Trop concentré à jouer l’endormi, il ne comprenait ni le sens de la main caressant ses cheveux ni les mots susurrés à ses oreilles. » (Page 21).

Bien que Les ruchers de la colère s’apparente à un roman psychologique, le récit est vivant et rythmé grâce au décor planté dans une conversation plutôt que par une description statique. Dès les premiers mots, le lecteur est plongé au cœur de l’action. On ne s’ennuie jamais d’autant que l’on se prend vite d’affection pour ses personnages attachants pour certains, intéressants pour d’autres. Vous passerez assurément un excellent moment en leur compagnie et découvrirez l’univers méconnu de l’apiculture, décrivant une situation complexe, très bien documentée.

Citations:abeilles

« Dès le début, Josefa avait deviné combien cet homme solitaire, triste et amer avait souffert. Son admiration pour cette Nathalie trop belle, trop roche, qui venait d’un autre milieu, ne pouvait forcément que mal tourner. » (Page 15).

« Les enfants étaient habitués au bruit incessant de la grande ville, lié aux transports, à la promiscuité. Les pétarades, les klaxons, les sirènes faisaient partie intégrante de leur quotidien. Le silence des hautes terres leur semblait oppressant, inquiétant. » (Page 24).

« Regarde la rudesse de la montagne, la sobriété des maisons, la force de ces gros blocs volcaniques, regarde cette eau limpide, ces brumes effilochées, ce ciel majestueux. Tu partiras peut-être d’ici, c’est ce que tu souhaites. Avoue au moins que dans ce pays-ci, rien n’est mièvre, c’est rare tu sais. Cette force, tu ne l’oublieras jamais. » (Page 77).

« -Les nuits ici sont orgueilleuses, dit Gautier en s’asseyant près d’eux. Elles se vengent des lumières des villes, éclaboussent le ciel de milliers d’étoiles qui se répandent ensuite comme des messagères pour crépiter dans les yeux des enfants. » (Page 199).

miel

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