Publié dans Interviews exclusives, roman policier, roman policier breton

Interview de Christophe Sémont, auteur de Soleil Noir.

Christophe Sémont a gentiment et patiemment répondu à mes questions concernant son travail d’écrivain et son premier roman Soleil Noir. Vous découvrirez un homme simple, sympathique, passionné de voyages et d’écriture.

1)Afin de vous présenter à mes lecteurs, vous travaillez actuellement dans une agence media en tant que directeur data et marketing direct et vous êtes papa de deux jeunes enfants. Mais avant de poser vos valises, vous avez beaucoup voyagé. Pourquoi tous ces voyages et dans quelles parties du monde ?

Mon premier grand voyage fut un stage de fin d’étude de 6 mois en Argentine. Je crois que c’est à ce moment-là que je suis tombé amoureux de l’Amérique Latine et que j’ai commencé à visiter le monde. Je rentrais dans la vie active, premiers salaires, pas d’attache familiale, je suis parti au Guatemala avec deux amis, puis la Bolivie, le Népal, Cuba, … J’ai essentiellement voyagé en Asie, en Amérique centrale et en Amérique du sud. C’est une ouverture essentielle au monde, une source de rencontres et d’expériences inépuisables que j’essaie de renouveler aussi souvent que possible. Nous revenons avec mon amie d’un périple en Colombie, un pays dont je rêvais depuis longtemps.

2)A quel moment de votre vie et pour quelle raison avez-vous commencé une carrière de romancier ?

Je crois que ma première nouvelle a été publiée en 2013 dans une anthologie numérique (Anatomie du cauchemar chez House Made of Dawn éditions, maintenant disparu). J’avais commencé à écrire quelques années avant mais c’est à ce moment-là que je m’y suis mis plus sérieusement. Je suis un lecteur assidu depuis longtemps, je pense que le plaisir que l’on prend à lire des histoires participe aussi à celui que l’on peut trouver à les raconter. J’ai commencé à écrire par plaisir, je continue par plaisir.

3)Pourquoi avoir choisi d’écrire des polars ?

Mes premières nouvelles publiées (ou restées dans mes cartons) étaient plutôt tournées vers le fantastique, voire l’horreur. Mon premier roman, Soleil Noir est un peu à la croisée des genres, je le définis comme du polar aventure. Le suivant, Une danse avec le Diable penche davantage vers le polar urbain assez noir alors que Les enfants de Chango verse dans le polar teinté de fantastique. Je serai bien incapable de définir le genre polar (d’autres le feront mieux que moi), disons que j’affectionne les histoires qui explorent notre côté obscur et font basculer une situation normale, sinon banale, vers quelque chose qui nous échappe et qui entraîne les personnages, et le lecteur avec eux, dans un monde où tout peut arriver. Le polar part souvent d’un postulat de départ crédible pour nous entraîner vers des zones d’inconfort et de turbulence en interrogeant nos instincts les moins avouables. J’adore ça.

4)L’intrigue de votre premier roman, « Soleil Noir », se déroule en Amérique du sud, plus précisément en Argentine et en Bolivie. Pourquoi dans ces deux pays ?

Ce sont deux pays où j’ai séjourné un certain temps et qui m’ont marqué, chacun à leur manière. Ce sont aussi des pays chargés d’histoire, liés entre eux par Ernesto Guevara (né en Argentine et mort en Bolivie), la fuite des nazis après la seconde guerre mondiale, le plan Condor et bien d’autres choses encore. J’ai eu envie d’y emmener le lecteur pour un voyage en dehors des sentiers battus.

5)Pouvez-vous nous expliquer comment naissent vos histoires ? Est-ce à partir d’un fait divers, d’une aventure personnelle ?

Généralement je choisis un pays où j’ai envie de replonger et d’emmener le lecteur, mais toujours un pays que j’ai déjà visité. Je m’inspire de son histoire, de sa culture et je vais piocher dans mon imagination qui n’est autre que les bribes de livres, films, bandes dessinées, faits divers que j’ai enregistrés, assimilés, oubliés et qui ressurgissent parfois pour tisser un canevas un peu désordre au début, et puis petit à petit l’histoire prend forme, les personnages s’imposent, le livre émerge.

6)Comment est née l’intrigue de « Soleil Noir » ? Pourquoi avoir choisi comme postulat de départ une histoire de vengeance ?

J’envisage la vengeance dans Soleil Noir comme un ressort dramatique davantage que comme un postulat de départ. J’avais envie de retourner en Argentine et en Bolivie et l’idée des fugitifs nazis s’est imposée d’elle-même. C’est un thème courant des films de série B (les nazi exploitation movies). J’ai repris des faits historiques comme le personnage de Joseph Mangele pour construire mon histoire dont le point de départ est un drame terrible qui va hanter le héros jusqu’à la fin.

7)Les thèmes abordés tournent autour de la politique mise en œuvre dans ces deux pays, mais aussi la drogue, la misère, la corruption. Quelle est votre motivation personnelle derrière le choix de ces sujets ?

Je trouve intéressant d’explorer la face sombre des choses et des êtres, d’envisager les motivations de ceux et celles que l’on cantonne dans les rôles de « méchants ». Ces pays comme beaucoup de pays en Amérique Latine ont traversé des périodes très difficiles pour tous ceux qui ne partageaient pas les idéologies des dirigeants en place. La misère est souvent l’une des résultantes de la mise à l’écart d’une certaine catégorie de la population. C’est encore le cas en Bolivie chez les Indiens, les mineurs de Potosi ou les travailleurs du sel d’Uyuni.

8)Dès votre premier roman, vous affichez un style personnel, redoutablement efficace : phrases courtes, bien construites, vocabulaire adapté ; des chapitres courts qui s’enchaînent à un rythme endiablé. Travaillez-vous seul ? Faites-vous lire vos manuscrits avant de les soumettre à votre éditeur ?

Le premier jet du manuscrit on l’écrit d’abord pour soi, pour le lecteur que l’on est. Ensuite vient le travail d’édition où l’angle se déplace vers le lecteur. Comment faire en sorte de l’accrocher, de le garder avec soi, de faire en sorte qu’il ne referme le livre qu’à regret ? J’ai eu la chance de travailler avec Simon Pinel, directeur de collection chez Critic qui en plus d’une grande bienveillance et d’un vrai professionnalisme fait preuve d’un sens aigu de la structure d’un roman. Nous avons beaucoup échangé sur mes trois premiers romans. Vous êtes bien placée pour savoir que l’écriture d’un livre, c’est d’abord et avant tout du travail, du travail et encore du travail.

9)Votre second roman se situe en Thaïlande, plus précisément à Bangkok. La reconstitution en est remarquable : les lieux, mais aussi le milieu de la drogue, les triades chinoises, la corruption de la police. Comment vous êtes-vous documenté ? Vous êtes-vous rendu sur place ?

Je suis en effet allé à Bangkok et dans le nord de la Thaïlande. L’atmosphère qui se dégage de cette ville est unique et je n’envisageais pas de la restituer sans y être allé. Pour le reste, internet est une source intarissable de documentation lorsque l’on sait ce que l’on cherche, sinon c’est comme dans les dédales de Bangkok, on peut vite s’y perdre !

10)Pourquoi avoir choisi cette ville pour votre second roman ?

L’une de mes sources d’inspiration est un film, New York deux heures du matin d’Abel Ferrara. Je voulais écrire sur la prostitution et mettre en scène un tueur en série. Bangkok s’est naturellement imposée.

11)J’aimerais m’attarder un peu sur vos personnages. Comment procédez-vous pour créer un personnage particulier ? Vos personnages féminins sont souvent, mais pas toujours (comme dans « Une danse avec le diable »), des victimes, sans aucune connotation péjorative. Est-ce un choix délibéré de votre part ?

J’accorde une place particulièrement importante à mes personnages féminins. Dans Une danse avec le diable par exemple, Mai est en effet une victime mais également une battante qui ne recule devant rien pour subvenir aux besoins de sa fille. Pour Les Enfants de Chango, l’un des deux personnages principaux est une femme et il en va de même pour mon quatrième roman. Je trouve que l’on n’accorde pas une place assez importante aux femmes dans la littérature, et le polar en particulier, même si les choses évoluent. Mes personnages, hommes ou femmes évoluent au fil de l’écriture mais je commence généralement avec une idée assez précise de leur physique et de leur comportement. La plupart portent en eux mes peurs, mes envies, mes angoisses. C’est un terreau particulièrement fertile les angoisses.

12)Vos personnages masculins, au contraire, semblent plus violents, sans scrupules…

Je ne supporte pas, et de moins en moins, les héros manichéens. Je réfute l’idée que l’on puisse avoir d’un côté un être parfait aux intentions pures et de l’autre un méchant la plupart du temps caricatural. S’il l’est parfois, comme dans Soleil Noir, c’est assumé. Mais pour en revenir à mes personnages principaux, oui j’aime les faire se questionner sur la notion de bien et de mal, les faire franchir des lignes que la morale réprouve. Confrontés à des situations extrêmes, ils sont obligés d’adopter des comportements parfois assez durs.

13)Les scènes de combat m’ont impressionnée. Comment procédez-vous pour les écrire ?

Je m’inspire beaucoup du cinéma. J’essaie, parfois inconsciemment, d’adopter un découpage cinématographique. Champs, contre champs, coupe, je visualise les scènes dans ma tête et je tente de les restituer comme j’aimerais les voir sur un écran.

14)Je sais que vous travaillez actuellement à l’écriture de votre quatrième roman. Pouvez-vous, sans rien spolier, nous dire dans quelle partie du monde va-t-il se dérouler ?

L’histoire se déroulera au Guatemala et traitera de la situation actuelle du pays ainsi que des conséquences de la guerre civile qui a ensanglanté le pays pendant presque trente ans.

15)Depuis le début, vos livres sont édités par les éditions Critic basées à Rennes. Comment avez-vous fait leur connaissance ? Avez-vous « galéré » pour trouver un éditeur ?

J’ai tout simplement envoyé mon premier manuscrit à une dizaine d’éditeurs, Critic m’a répondu favorablement et nous avons commencé à travailler ensemble. Trouver un éditeur est compliqué, de plus en plus compliqué même. On dit souvent qu’en France il y a plus d’auteurs que de lecteurs, et de fait le marché est tellement abondant qu’un livre a une durée de vie très courte. A titre d’exemple, Critic publie en moyenne un livre par mois et reçoit environ un manuscrit par jour. Je vous laisse imaginer ce qu’il en est des grosses maisons d’édition. La sélection est rude, mais je reste persuadé qu’à force de travail et de persévérance on peut y arriver.

16)Entre votre métier, vos voyages et votre vie de famille, à quel moment écrivez-vous ? Combien de temps vous est nécessaire pour écrire un roman, prêt à la publication ?

J’écris la nuit, lorsque tout le monde est couché et que la maison est calme. C’est un vrai choix qui doit être guidé par le plaisir puisque j’y consacre une bonne partie de mes soirées. L’écriture d’un livre me prend environ un an, entre la phase de préparation et de rédaction. Ensuite il faut compter entre 6 mois et un an supplémentaire pour les corrections. J’ai publié mes trois premiers romans en trois ans, ce qui est un rythme soutenu, sûrement trop. Le quatrième roman me prendra plus de temps. Je travaille avec un autre éditeur qui me demande beaucoup, beaucoup de travail de ré écriture.

17)J’aimerais savoir quel lecteur êtes-vous ? Lisez-vous des polars ou tout autre chose ?

Je lis tous les jours depuis mon adolescence. C’est devenu une nécessité avant de dormir. J’ai eu des périodes science-fiction, fantasy, fantastique. Depuis quelques années je lis essentiellement des polars, thrillers tout en restant très ouvert à tous les genres, ou presque. Lorsque je lis un bon livre, j’ai la chance d’éprouver un double plaisir. Le plaisir immédiat du lecteur bien entendu, et celui de l’auteur qui puise chez les grands écrivains une source infinie d’inspiration.

18)Quelles sont vos références littéraires ? Ou vos influences ?

Comme bon nombre d’auteurs de polars j’ai été durablement marqué par le style de James Ellroy dont je pense avoir lu tous les ouvrages traduits en français. J’ai découvert sur le tard Dennis Lehane qui m’impressionne chaque fois davantage par son style narratif et sa mythologie autour de la ville de Boston. La bande dessinée et le cinéma sont également d’importantes sources d’inspiration.

19)Dernière question : sur une île déserte, quels sont les 10 livres que vous emporteriez avec vous ?

N’importe quel livre d’Ernest Hemingway (prenons Le vieil homme et la mer)

N’importe quel livre de Charles Bukowski (prenons Au sud de nulle part)

N’importe quel livre de James Ellroy (prenons le mythique Dalhia Noir)

N’importe quel livre de Dennis Lehane (prenons le magnifique Un pays à l’aube, premier tome de la trilogie Coughlin à lire absolument)

La griffe du chien de Don Winslow, monumentale épopée sur le trafic de drogue entre les Etats-Unis et le Mexique

Nécropolis de Herbert Libierman dont chaque phrase semble ciselée par un orfèvre de l’écriture

La Compagnie de Robert Litell, rien de moins que l’histoire de la CIA et donc de la seconde moitié du XXème siècle occidental

Le Festin Nu de William Burroughs pour sa défonce tellement élégante et décadente

Le diable, tout le temps de Donald Ray Pollock pour sa traversée de l’Amérique de hobos, des fanatiques et des tueurs en série

Toutes les vagues de l’océan de Victor del Arbol, une fresque historique, familiale et un formidable thriller, le meilleur livre de l’auteur à ce jour.

 

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