Publié dans guerres de religion, Passion roman historique

Passion roman historique: Le chevalier du Soleil, Jean-Luc Aubarbier.

Tout le monde connaît le Montaigne des Essais, mais peut-être moins le Montaigne conseiller du jeune Henri de Navarre, futur Henri IV, et ambassadeur pour la paix religieuse. Un magnifique portrait d’un humaniste en avance sur son temps…

L’auteur:

jean lucLibraire au cœur du vieux Sarlat, Jean-Luc Aubarbier est romancier : « L’échiquier du Temple », « Le Testament Noir », « La Vengeance de Gaïa » et « Le Complot de l’Aube Dorée » chez City éditions, « Le chevalier du Soleil » chez De Borée, « Les démons de sœur Philomène » chez Lattès et de Borée Poche, « Le Talisman Cathare » chez Lattès et Pocket, « L’Honneur des Hautefort » aux éditions Lattès, « Le chemin de Jérusalem » et « La Juge qui n’aimait pas Jacques Brel » chez Pierregord, « Histoires peu ordinaires à Sarlat » chez Elytis. Historien, il est l’auteur de différents ouvrages sur les Templiers, le Périgord et les pays cathare Passionné par la philosophie et l’histoire des religions, il est également conférencier et chroniqueur littéraire (Page, France Bleu Périgord, Essor Sarladais). « Les démons de sœur Philomène » ont été adaptés au cinéma par Jean-Pierre Denis sous le titre « Ici-Bas ».

Le roman:

Le Chevalier du Soleil: une aventure de Monsieur de Montaigne a été publié par lesessais.jpeg éditions De Borée en 2018. Il s’agit d’un roman historique admirablement conçu: de nombreux dialogues bien menés, constructifs et crédibles font avancer l’intrigue de manière très vivante, des chapitres courts imprimant au roman un rythme soutenu. L’auteur fait preuve d’une grande érudition, faisant référence à des sujets aussi complexes que la Bible, la Kabbale, l’alchimie, avec Les Essais de Montaigne en guise de fil rouge sous forme de citations.

L’intrigue:

1578. Six ans après la Saint-Barthélémy, bain de sang au cours duquel plus de 3000 huguenots, venus dans la capitale pour célébrer les noces d’Henri de Navarre avec Marguerite de Valois, fille de Catherine de Médicis et sœur du roi Henri III, ont perdu la vie.

Malgré quelques tentatives pour apaiser les tensions restées très vives, le royaume de

catherine de médicis
Catherine de Médicis

France menace d’exploser à la moindre étincelle. D’un côté, les Valois, dont tous les rois sont morts sans descendance, menés par la reine-mère Catherine de Médicis, consciente que les agissements du roi son fils, versatile et influençable, ne font qu’accentuer la faiblesse de leur position, tente de sauver ce qui encore l’être. D’un autre côté, Henri de Guise, chef d’une des maisons les plus puissantes du royaume, ambitionne ni plus ni moins que la couronne royale.

Mais les chevaliers du Soleil, ces hommes empreints d’humanisme et de paix, œuvrent dans l’ombre pour tenter de rétablir la tolérance et la concorde entre les deux partis religieux qui, depuis, des années, déchirent le royaume de France. Montaigne, disciple et ami de La Boétie, ayant promis à ce dernier, sur son lit de mort, de tout mettre en oeuvre pour y parvenir, accepte de se rendre à Rome pour rencontrer le pape Grégoire XIII et lui proposer un plan de paix. Mais nombreuses sont les embûches sur le chemin de l’indulgence et de l’ouverture d’esprit…

Reconstitution historique:

Indéniablement, ce qui fait la différence dans un roman historique, aussi bien écrit soit-il, est la capacité de l’auteur à restituer le contexte aussi bien politique que religieux, oumassacre.jpeg social. Pari réussi pour Le Chevalier du Soleil: une aventure de Monsieur de Montaigne dont l’intrigue se déroule à une époque troublée de notre histoire mise à notre portée en quelques mots: « Certes, notre monde va mal. La Réforme, même si ses critiques envers l’Eglise sont justifiées, sème la discorde dans toute l’Europe. Partout ce ne sont que guerres, famines et massacres. L’Eglise condamne au bûcher ceux qu’elle nomme hérétiques et les huguenots saccagent les chapelles et les monastères pour effacer toute trace de ce qui n’est pas leur foi. » (Page 54).

Le contexte politique est clairement exposé: le règne d’Henri III, plus préoccupé de henri IIIses Mignons que du destin de son royaume en perdition; la puissance de Henri de Guise, issu d’une branche cadette de la

marguerite de valois
Marguerite de Valois

maison de Lorraine, amant de Marguerite de Valois, à la tête d’un influent clan d’aristocrates, fondateur de ligues populaires ultra-catholiques financées par le roi d’Espagne, ambitionnant rien de moins que la couronne de France; le rôle de la reine-mère, Catherine de Médicis, désireuse de restituer la grandeur de la couronne royale, de freiner les ambitions dangereuses de Guise et soucieuse de laver sa réputation sulfureuse d’instigatrice du massacre de la Saint-Barthélémy; la position délicate d’Henri de Navarre, pris en tenailles entre ses convictions protestantes et son rôle de futur monarque d’un royaume catholique: « Ses compagnons ne comprenaient pas que Navarre, qui avait vu tant de braves Gascons massacrés dans la noirceur de la Saint-Barthélémy, puisse jouer le courtisan et faire le joli cœur auprès des assassins des siens. Il affectait l’amitié avec Guise, affichait une jovialité de circonstance auprès d’Henri III…Il se sentait responsable de la mort de ses camarades qu’il avait invités à ses noces. Il voulait oublier la douleur de son enfance et la tragédie de son mariage. Mais derrière sa frivolité dormait un souverain qui rêvait de réconcilier le royaume. » (Page 42).

Les personnages:

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Henri de Navarre

Nombreux sont les personnages historiques évoluant dans ce

guillaume d'orange
Guillaume d’Orange

roman. Jean-Luc Aubarbier, en historien averti, a su brosser des portraits vivants et réalistes, en s’appuyant sur les caractères, les ambitions, les idées de chacun, restituant le rôle qui fut le leur tout en les intégrant harmonieusement à son histoire.

Ainsi, on retrouve des acteurs majeurs de cette époque fortement troublée, désignée dans les livres d’histoire sous le nom de « guerres de religion »: la reine-mère Catherine de Médicis, le roi son fils Henri III, sa fille Marguerite de Valois, épouse du prince de Navarre, mais également l’ambitieux Henri de Guise, pour les catholiques; du côté protestant, Henri de Navarre dans ses années de jeunesse puis de maturité, et Guillaume d’Orange, qui lutta contre l’Espagne pour l’indépendance des Pays-Bas.

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Montaigne

Naviguant entre les deux pôles, Michel de Montaigne dont l’auteur nous dévoile une partie moins connue de son activité: celle d’ambassadeur pour la paix religieuse. Nous le retrouvons ainsi loin de sa bibliothèque, caracolant sur les routes de l’Europe, les sbires du prince de Guise et de Philippe d’Espagne à ses trousses.

Tous les personnages secondaires, qu’ils soient historiques ou fictifs, bénéficient du même soin particulier autant dans l’ébauche de leur caractère que leur intervention dans le déroulement du récit.

Les lieux:

Nombreux sont les lieux évoqués dans ce roman foisonnant, mais afin de vous donner

château de nérac
Château de Nérac

une idée du sens de la description et de la mise de l’auteur, je n’en retiendrai que deux: le domaine de Montaigne « touchait presque au Bergeracois, terre huguenote s’il en était. Au nord, la puissance de La Rochelle descendait jusqu’à en lécher ses vignes. Au sud, tout était sous le gouvernement de la cour de Nérac. Pour gagner, à l’ouest, la catholique Bordeaux, il fallait traverser les lignes protestantes. » (Page 35)=>Subtile façon de situer le contexte religieux dans lequel Montaigne évoluait.

téléchargement
Château de Montaigne

Montaigne avait installé son cabinet d’écriture, son refuge, sa bibliothèque en haut d’une tour d’où « il pouvait surveiller ses jardins, sa cour et sa basse-cour…Au rez-de-chaussée se trouvait sa chapelle, au-dessus sa chambre, et, au deuxième étage, sa librairie et son bureau. » (Page 46). C’est là qu’il médita et écrivit l’oeuvre de sa vie les fameux Essais.

La cour de Nérac, où le jeune Henri de Navarre fit ses armes de prince et de futur monarque. Pendant les années qu’il y vécut avec sa première épouse, la princesse catholique Marguerite de Valois, y régna une atmosphère bon enfant, loin de l’étiquette et des intrigues de la cour des Valois. Ce que j’apprécie dans les descriptions de Jean-Luc Aubarbier est qu’il mêle autant l’aspect visuel que l’ambiance morale ou intellectuelle: « Le vieux château d’Albret, un quadrilatère un peu raide, cantonné de tours, établi sur un léger promontoire au-dessus des eaux de la Baïse, ne pouvait rivaliser avec les splendeurs des bords de la Loire. Mais il les surpassa quant à l’esprit. Les Lettres, la musique, le théâtre, le bien-vivre y étaient à l’honneur. On parla bientôt de la cour de Nérac comme de celle des Médicis à Florence. » (Page 103)

En conclusion:

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Rome

Jean-Luc Aubarbier nous propose, avec Le Chevalier du Soleil: une aventure de Monsieur de Montaigne, un roman solidement charpenté, dont l’intrigue est conduite avec maestria. Le scénario et la mise en scène sont dignes des meilleurs films de cape et d’épées qui ont bercé mes rêveries d’enfance: de l’action, des rebondissements, des dangers, des bagarres à l’épée, mais aussi des personnages liés par une amitié et une fidélité indéfectibles, de l’amour, du panache…Assurément, les amateurs du genre seront comblés par ce roman dans lequel on ne s’ennuie à aucun moment.

Citations:

« Il découvrit bien vite qu’une grande sagesse et des valeurs morales étaient peu de chose face à la puissance de l’argent, à l’arrogance de la naissance et aux complots de cour. » (Pages 36-37).

« Au plus élevé trône du monde, on n’est jamais assis que sur son cul. » (Page 40)

« Les maladies de l’âme, celles de l’individu comme celles de la société, doivent être soignées. La philosophie est un doux remède contre la folie des hommes. » (Page 54).

« Quelle sotte idée de vouloir épouser celle qu’on aime! Un bon mariage refuse la compagnie et la condition de l’amour. On se marie pour la famille et la postérité, mais on doit garder pour soi la jouissance du plaisir et n’y point trop mêler son épouse, de sorte qu’il ne lui prenne envie de s’y essayer avec autrui. » (Page 84).

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2 commentaires sur « Passion roman historique: Le chevalier du Soleil, Jean-Luc Aubarbier. »

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