Publié dans Passion roman historique

Passion roman historique: Araldus, le maître enchaîné, David Pascaud.

Envie de faire un voyage dans le temps? De vous retrouver à la tête d’une petite troupe, seigneur d’un castrum, vassal du comte de Poitiers? Suivez-moi sur les sentiers enneigés ou les rives caressées par le chaud soleil d’été, vous ne serez pas déçu…

L’auteur:

david pascaudDavid Pascaud, originaire de Châtellerault, dans la Vienne, est âgé de 47 ans. Il vit dans l’agglomération de Poitiers où il enseigne l’histoire-géographie dans un collège. Il a étudié l’histoire à l’université de Poitiers ainsi qu’à Iaroslav et Saratov, en Russie, se spécialisant dans l’époque médiévale orientale. La fondation de sa ville natale lui a inspiré l’histoire de son personnage: étymologiquement Châtellerault vient de « castrum Araldi, autrement dit « château d’Airaud ».

Il a, dans les années 2000, travaillé dans l’édition comme correcteur-rédacteur (Le Petit Futé et Le Pictavien) et comme pigiste dans la presse-magazines, parallèlement à l’enseignement.

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Châtellerault

Il publie également des nouvelles : Nouvelles d’un vaste monde (éditions BooxMaker, 2013, recueil indisponible à présent), Valises (recueil sorti en janvier 2018, éditions du Carnet à Spirale – Toulouse). Une autre nouvelle (Grands-pères) est incluse dans le CD-livre du groupe musical Les Ducs Des Livres et nous des chansons.

Le roman:

Araldus, le maître enchaîné, a été publié par les éditions Jerkbook Jean_François Pissard en 2016. Le style de David Pascaud est soigné, agrémenté d’un vocabulaire choisi et de phrases, souvent courtes, bien construites. Le style vif, saccadé par de nombreuses virgules au rythme de la respiration du récit, crée une intimité avec le lecteur qui a l’impression de faire partie de la troupe d’Araldus

David Pascaud maîtrise parfaitement l’art de la description: « Baigné dans la chaude lumière matinale, un faible coteau garni de quelques vignes débouche sur de frêles masures de boue séchée. Les toits de chaume encerclent une tour quadrangulaire en bois noirci d’à peine quinze mètres de hauteur…Quelques palissades en bois essayent d’entourer l’ensemble des habitations mais le travail n’a pas été terminé. » (Page 17)…et de la mise en scène: « Couvert d’un long manteau à capuchon noir, le cavalier déchire l’espace enneigé. Les sabots de sa monture fracassent le sol durci par l’hiver. Du chemin de ronde, on l’a vu d’assez loin. La poterne s’ouvre. Il pénètre au galop dans le castrum. La course folle s’arrête net. La robe sombre du cheval fume. L’homme respire fort. Des nuages se forment autour de son visage rougi. » (Page 95)

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Tour en bois – Castrum

L’ouvrage est composé d’une succession de tableaux vivants évoquant le quotidien d’un castrum dirigé par un petit seigneur, vassal du comte de Poitiers, ainsi que les événements emblématiques de la vie au Xe siècle. David Pascaud propose une reconstitution vivante et imagée d’une époque mal connue, pour laquelle les archives sont assez fragmentaires.

L’intrigue:

Araldus, petit seigneur au service des comtes de Poitiers, père et fils, est animé par la volonté de se forger une position plus enviable, de laisser un trace durable dans la poussière des siècles. Petit à petit, il organise son domaine en mettant au point une stratégie défensive innovante. Le monde dans lequel évolue Araldus est dur, sans pitié, les plus humbles ayant à cœur de sortir de leur condition misérable par tous les moyens; les plus forts ou les plus riches ayant, quant à eux, la volonté d’imposer leur loi, fut-ce aux dépens de leurs obligés ou de leurs amis.

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Castrum

Le roman évoque les jeunes années du petit seigneur, quand le comte Ebles Manzer, encore vivant, avait toute sa confiance et son estime. Araldus, sans pitié envers ses rivaux et ceux qui en veulent à ses biens, aussi modestes soient-ils, se taille une réputation de chef intransigeant et violent. Mais la mort du vieux comte, en janvier 935, change la donne. En effet, son s fils et successeur Guilhem, méprise Araldus qu’il s’ingénie à rabaisser en bafouant les bienfaits dont son père l’avait récompensé pour sa fidélité. Dès lors, le fragile équilibre si patiemment érigé par Araldus est remis en question.

Conscient que tout ici-bas est vain, que le temps, ce maître jaloux et orgueilleux de son pouvoir, emporte tout sur son passage, il veut néanmoins laisser son empreinte, et que les générations futures se souviennent de lui: « Toute construction devient jouissance. Un nouvel enfant sorti des entrailles de Gersinde a survécu au dernier hiver? Un second fils. La joie d’Araldus est sans limite. Se pressentant comme un démiurge, il se convainc que chacun de ses actes, chacune de ses pensées, enharmonie avec la nature, a une influence sur le monde, se répercute sur d’autres volontés, à l’infini. » (Page 127).

Reconstitution historique: David Pascaud montre la condition de chaque classe de la société médiévale grâce au vocabulaire utilisé: méprisant envers les serfs et les paysans; glorifiant quand il parle des soldats, des hommes d’armes; laudatif quand il s’agit d’évoquer les comtes, les grands seigneurs. Il a une façon subtile de poser le décor, de préciser le contexte dans les gestes et les attitudes de ses personnages, sans s’embarrasser de descriptions trop longues ou ennuyeuses.château fort

L’organisation très compartimentée de la société du haut Moyen-Age, où chacun naît et meurt sans espoir, sans possibilité, ou si peu, de s’émanciper de la condition dans laquelle ses ancêtres ont vécu, est dépeinte de manière à montrer le fonctionnement en pyramide, chaque échelon relevant de celui qui le précède et animé du désir de lui ravir sa place, tout en se battant pour que ceux qui sont en-dessous de lui le restent, sans pour autant alourdir le récit de considérations philosophiques.

Les personnages:

Les détails physiques concernant chaque personnage sont disséminés dans le récit de façon à s’y intégrer de manière harmonieuse. Chaque portrait participe à l’avancée de l’histoire.

  • Araldus: petit seigneur, vassal du comte de Poitiers pour lequel il administre un domaine situé au nord du comté; caractère emporté, violent, tendance à la mélancolie; respectueux envers son seigneur, mais intraitable envers ses rivaux, jaloux de son pouvoir, aussi modeste soit-il; longs cheveux châtains clair, corps trapu et musclé; le portrait d’Araldus est particulièrement fouillé, montrant toute la complexité de ses états d’âme, de ses doutes, de ses peurs; longs cheveux châtains clair.
  • Ebles Manzer: comte de Poitiers.
  • Guilhem: fils et successeur d’Eble Manzer.
  • Ebles II: second fils d’Eble Manzer.
  • Rainaud: viguier (représentant local du comte); très imbu de sa pourtant modeste personne et mission.
  • Gersinde: épouse d’Araldus; timide et réservée.

Les lieutenants d’Araldus:

  • Gofrius: responsable de la tour d’Availles; bouche à moitié édentée, barbe noirâtre en épis désordonnés, front lisse, ventre proéminent, caractère jovial.
  • Guichard Verte-Cotte.
  • Girard le taciturne: gardien de la partie nord du territoire d’Araldus; n’exprime jamais ses émotions et parle peu mais il est d’une fidélité à toute épreuve.
  • Robert Bellus Mons.
  • Ainar l’Esclanchier.
    Savari de Colombiers.
  • Jehans Grosses Mains: très grand, très corpulent, blond, large visage plein de crevasses, de plissures, moustache blonde tombante et touffue.

Les lieux:

Comme pour les personnages, les descriptions de lieux, imagées et parfois empreintes de poésie, sont intégrées dans le récit de manière soit à poser le décor dans lequel Araldus et ses hommes évoluent: « Les saillies rocheuses, si proches, attisent la sensation de froid. Sur la rive opposée du Clain, ouverte quant à elle, le sol d’albâtre reflète sa pâleur mortuaire dans un ciel lisse. Seuls les arbres noirs et squelettiques parviennent encore à arracher le paysage au néant. Dans ce décor engourdi, troncs et branches semblent prêts à se briser à tout instant. » (Page 67)…

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Poitiers

Soit à faire avancer l’intrigue, par exemple lorsque Araldus se rend à Poitiers, la description du palais comtal participant à la reconstitution historique des rapports sociaux et humains propres à l’époque: « Araldus et ses cinq compagnons empruntent la partie la plus haute de l’ancienne voie romaine qui coupe la ville d’ouest en est…Ce passage urbain assez resserré leur paraît plus inextricable qu’un des nombreux chemins forestiers qu’ils ont l’habitude de fréquenter. Point d’arbustes à épines, ni de taillis à déchirer avec son glaive, mais des badauds à capuche ou à bonnet qui gênent leur progression…Ainsi, le monde enclos de la cité n’est donc qu’un immense chahut; il regorge de vie, de désordre, de clameurs, alors qu’au dehors tout n’est que silence et pesanteur. » (Page 70).

En conclusion:

Un roman historique dont l’intrigue se déroule dans les tréfonds de la campagne poitevine au Xe siècle: voilà une gageure remportée haut la main par le romancier David Pascaud. Son roman est intelligemment construit, très bien documenté, que ce soit la généalogie des comtes de Poitiers, le langage, les mœurs des petits seigneurs et de leurs hommes,  ou les lieux.forêt

Le +: La puissance d’évocation, la vraisemblance des scènes d’action et de combat confèrent au récit une dynamique entraînante: « Une flèche enflammée atteint la voile repliée d’un des bateaux. Le feu gagne toute la vergue, autour de laquelle est enroulée la toile, puis le mât, transformant bientôt l’embarcation en torche géante. Du brasier, un meuglement affreux s’échappe. Une épouvantable odeur de chair brûlée se répand sur la rive qui s’éclaire à nouveau et dévoile un macabre tapis de corps enchevêtrés. » (Page 53).

J’ai beaucoup apprécié les passages d’introspection du personnage principal, en proie à ses doutes, à ses questionnements quant à son rôle, sa place dans le monde dans lequel il vit, quels sens donner à sa vie, à ce qu’il accomplit en tant que petit seigneur, ses ambitions de sortir de ce carcan social dans lequel il se sent prisonnier.

Vous apprécierez la plume vive et précise de l’auteur, son style alerte et soigné, ses personnages attachants malgré leurs travers, tellement humains, la reconstitution vivante d’une époque, certes révolue, mais passionnante. Un excellent moment de lecture qui vous amènera insensiblement à une réflexion sur le pouvoir, son ivresse communicative, tout en vous apprenant une foule de choses sur cette époque.

Citations:château 1

« Araldus sait que le pouvoir enivre autant que le vin, il laisse éclore mille illusions en soi, corrompt les âmes les plus pures, les plus droites. » (Page 11)

« La folie des hommes, toujours, qu’ils soient poitevins, normands ou d’ailleurs…Leur goût du sang, du pouvoir, des plaisirs immédiats…Parmi les errances de l’âme humaine, la trahison et la vanité trônent en bonne place. » (Page 46).

« J’ai tué, et j’ai aimé tuer. J’ai conquis, et j’ai aimé conquérir…Mais j’ai aussi perdu des combats, j’ai menti, j’ai méprisé des engagements…J’ai régné, Araldus, j’ai tout simplement régné…Voilà quels ont été la cause et le dessein de toute une vie… » (Page 79)

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