Publié dans Passion polar français

Passion polar français: Le cercle des derniers libraires, Sylvie Baron.

Véritable coup de cœur de la rentrée que ce roman aux accents profondément humains, qui prône des valeurs éternelles comme l’amitié, la solidarité, l’amour, mais aussi le partage, la convivialité. Un discours énergique et positif. A découvrir absolument…

L’auteur:

Sylvie Baron est un écrivain, mais, mais aussi professeur, passionnée de littérature, amoureuse des jardins à l’anglaise, de la nature et des grands espaces.C’est pourquoi, elle téléchargement (1)a choisi de s’installer en  Haute Auvergne  pour poursuivre son travail d’écriture.

Admiratrice des « grandes dames du crime » comme Agatha Christie, Patricia Wentworth ou Patricia Mac Donald, elle a à cœur de retracer cette atmosphère si particulière des romans dits à énigme avec des personnages forts et  attachants et des intrigues diaboliques.

Ses histoires proposent des fictions ancrées dans le présent et s’inscrivent pour la plupart dans ce territoire si fort du Cantal.

Le roman:

de boréeLe cercle des derniers libraires, édité par les éditions De Borée, est paru en septembre 2018. Chaque roman de Sylvie Baron puise sa raison d’être pour une cause à défendre, que ce soit un terroir, une profession, comme dans Les ruchers de la colère , ou encore des valeurs humaines, comme dans Rendez-vous à Bélinay

Le style de Sylvie Baron se caractérise par une fluidité qui rend l’histoire très accessible; le lecteur n’éprouve aucune difficulté à s’y insérer. Le vocabulaire est riche, parfois familier en fonction du personnage qui parle, mais jamais vulgaire. Sylvie Baron est une grande dame qui sait se tenir!!Les nombreux dialogues sont vivants, parfois drôles, percutants; bien construits, ils font réellement progresser l’enquête. Pas de bla-blas inutiles…

L’auteure possède le sens de la formule, comme en témoigne cet extrait, mais on pourrait en trouver tant d’autres tout au long du roman: « Interroger les libraires, ce n’est pas non plus interviewer les lauréats du Goncourt. Et puis tu m’emmerdes avec tes minauderies de dame patronnesse. » (Page 17). Contrairement aux précédents romans, les descriptions

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Saint-Flour

de paysages sont beaucoup moins présentes, mais toujours aussi lyriques: « Derrière les maisons hautes et sévères percées de rares ouvertures, derrière les portes fières solidement fermées se cachaient en fait de nombreux hôtels avec d’admirables fenêtres à meneaux, des échauguettes en encorbellement et des cours Renaissance entourées de splendides balustrades. Quelle harmonie entre le vieux pont de la ville basse, les maisons agrippées au rocher et toutes les ruelles de la ville haute qui convergeaient vers la place d’Armes, où se trouvait la cathédrale! » (Page 32)…et poétiques: « En cette fin d’après-midi automnale, les pâles rayons du soleil jetaient des traînées de lumière qui ruisselaient comme des diamants sur les pierres grises des façades. Sur la montagne, en quelques jours, les arbres avaient sorti le grand jeu en répandant partout leur flamboyante chevelure ponctuée d’or. » (Page 105).

Les thèmes: les librairies, la culture littéraire, la lecture, remparts contre un monde de plus en plus dépersonnalisé, anonyme et indifférent.

L’intrigue:

Adrien Darcy, cycliste de haut niveau et journaliste sportif, victime d’un grand accident qui l’empêche de remonter sur son vélo, se voit confier par son rédacteur en chef une mission pour le moins insolite: mener une enquête sur les trois meurtres de libraires perpétrés ces trois derniers mois à Aurillac, Brioude et Chamalières. La police, qui ne semble pas avoir abouti dans ses investigations, n’a ni suspect, ni piste sérieuse.

librairieLes trois victimes, propriétaires de librairies indépendantes, appartenaient toutes au Cercle des Derniers Libraires, association créée par Emma, libraire à Saint-Flour. Hasard? Vengeance? Jalousie? Les mobiles ne manquent pas, tout comme les suspects, malgré la difficulté d’établir un lien entre les trois meurtres. Si Adrien veut obtenir des informations de la part d’Emma afin de démêler cet écheveau inextricable, il n’a pas le choix: l’associer à son enquête. C’est à prendre ou à laisser!! Et les voilà embarqués dans une sordide histoire de jalousie…Sauront-ils démasquer l’assassin avant que celui-ci ne tue sa quatrième victime, le 20e jour du mois de novembre? Rien n’est moins sûr…

Les personnages:

Les personnages, peu nombreux, sont toutefois bien affirmés, avec de l’épaisseur, notamment les portraits féminins, très humains, revendiquant, chacun à leur manière, leur liberté d’esprit. Le cercle des derniers libraires présente des portraits psychologiques d’hommes et de femmes dont l’auteur décortique habilement les motivations, les passions, les peurs et les blessures. Ce que j’aime dans les personnages de ce roman est qu’ils sont très humains, avec leurs qualités et leurs défauts.

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Jane Austen
  • Adrien Darcy: journaliste sportif et ancien cycliste de haut niveau; sale caractère, grognon, orgueilleux, susceptible; inculte, ne s’intéresse qu’au vélo; silhouette fine, visage taillé à la serpe, cheveux bruns coupés court, yeux de braise ardente.
  • Charles Batifol: rédacteur en chef du journal La Montagne, meilleur ami d’Adrien, ne mâche pas ses mots.
  • Elisabeth Courtial: sœur de Christian Courtial, troisième victime; cheveux mi-longs et raides, petite, allure banale à part ses yeux d’un vert aux nuances troublantes et au regard tranchant.
  • Emma Pélissier: libraire à Saint-Flour, co-fondatrice du Cercle des Derniers Libraires; petite, un peu ronde, yeux bleus, cils sombres, teint éclatant, joues animées de délicieuses fossettes, cheveux frisés d’un blond ardent ; âgée de trente ans.
  • Patrick Crueze: ami d’Emma, père du petit Tom; veuf, propriétaire de chambres d’hôtes, professeur de théâtre et écrivain raté; homme cynique, calculateur, rancunier; la quarantaine, silhouette massive, cheveux courts, très bronzé, regard dur.
  • Professeur Alain-Bernard Crispin: défenseur acharné de la vente en ligne; grand, sec et maigre, yeux inquisiteurs, sourire pincé; très élégant, cultivé; turfiste invétéré.
  • Pascal Aurejac: co-fondateur du Cercle des Derniers Libraires, libraire à Saint-Chély d’Apcher; carrure d’athlète, opulente chevelure; ancien joueur de foot.
  • Sylvie Lacan: meilleure amie d’Emma; propriétaire d’une librairie à Espalion; belle femme avec de la classe, passionnée par son métier.
  • Gilbert Borne: mari de la seconde victime; trafiquant en tout genre, joueur, panier percé, violent avec les animaux, méprisant envers les femmes.

Les lieux:

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Saint-Flour, place d’Armes

Dans ce roman que je qualifierais d’intimiste, les descriptions de paysages sont moins présentes. Ce sont les villes qui sont privilégiées, dans des aperçus loin des descriptifs formels, comme Saint-Flour, « cité de caractère pleine de clins d’œil architecturaux, de détails insolites, de secrets cachés. Un véritable tableau d’histoire pour qui savait prendre le temps de la découvrir. » (Pages 31-32).

En conclusion:

La plume de Sylvie Baron est comme le vin, elle se bonifie avec le temps. J’ai beaucoup apprécié ses romans précédents, malgré une petite tendance au manichéisme dans la conception de ses personnages. Mais avec Le cercle des derniers libraires, Sylvie Baron a su gommer ces petits défauts, pour faire éclore de sa chrysalide un magnifique papillon !!

De nombreuses qualités pour Le cercle des derniers libraires: son discours objectif quant au métier de libraire et au marché du livre, Sylvie Baron, bien qu’elle défende la profession avec chaleur, sans mâcher ses mots, comme à son habitude: « Une librairie est un commerce si particulier, un lieu de vie, de rencontres, de partage, un relais pour les événements culturels, un lieu d’exposition, d’idées, d’annonces…L’indifférence des politiques à leur égard la révoltait. Certains élus ne se rendaient même pas compte qu’ils perdaient là un trésor inestimable… » (Page 36),  n’hésite pourtant pas à présenter les arguments adverses, dans un esprit de fair-play remarquable.librairie 1

Le +: La mise en avant très rafraîchissante de personnages ou de lieux qui ne suivent pas les canons de la mode mais qui affirment leur personnalité propre, leur tempérament atypique, dans un monde où l’uniformité est loi. L’aptitude de l’auteure à mettre en mots les émotions les plus intimes sans jamais émettre de jugement.

Le ++: Les nombreuses évocations littéraires, que ce soient des œuvres, des personnages, par exemple le patronyme d’Adrien. Et l’immense clin d’œil à la reine du crime sans qui le canevas de ce roman n’aurait pu exister.

Citations:

« Elle demandait des convictions, de la persévérance, de la résistance, de la combativité. Tout ce qu’il fallait en somme pour faire vivre une librairie indépendante et s’imposer face aux sirènes trop faciles de la vente en ligne. » (Pages 32-33).

« Il fallait agir, arrêter l’hécatombe, se battre, s’aider, se serrer les coudes, organiser des manifestations, sensibiliser le public, faire prendre position aux élus. » (Page 37).

« Pour les membres du cercle, la librairie est certes un lieu culturel, mais elle ne se place pas sur la même marche que le théâtre ou le musée. C’est une porte d’entrée plus simple, abordable pour tout un chacun, vers les lettres et la culture. » (Page 98)

livres

« Adrien tirait un visage buté des mauvais jours. Curieusement, son sale caractère avait aujourd’hui quelque chose de touchant. Il révélait des blessures enfouies ainsi qu’une extrême sensibilité, qui le rendait en quelque sorte plus humain. » (Page 132).

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