Publié dans Passion lecture

Passion lecture: Silencieux tumultes, Edmée De Xhavée.

Une maison comme personnage principal?? C’est ce que propose la romancière belge Edmée De Xhavée dans son roman « Silencieux Tumultes », très beau texte empreint de poésie et de sensibilité.

L’auteur:

téléchargement (1)Edmée de Xhavée, née en 1948 dans la province de Liège, a longtemps parcouru le monde, en Italie, en Amérique, en France aussi, mais, tel le pigeon voyageur, elle est revenue au nid pour se consacrer à l’écriture.

Le roman:

Silencieux tumultes, quatrième roman de l’auteure, a été publié par les éditions Chloé des Lys en avril 2018. Le style est aussi sensible et délicat qu’une goutte de rosée matinale sur un pétale de rose. Edmée de Xhavée manie la langue avec bonheur,  parsemant de-ci de-là de petites touches de poésie cachées dans les aspects les plus simples ou les plus triviaux de la vie: « Derrière la haute haie de troènes, le jardinier des voisins pousse sa tondeuse, et l’odeur de l’herbe coupée lui parvient au gré du souffle de l’air chaud de cette journée de mai. De gros nuages galopent épars dans le ciel, troupeau vaporeux dans un ciel autrement pur. » (Page 83)… »Sur la table ronde empire marquetée et cerclée de cuivre ciselé et étincelant, de superbes dahlias jaillissent d’un vase chinois, tandis qu’un Val Saint Lambert, juché sur le petit guéridon japonais laqué rouge, offre sa transparence à un plumetis de grappes de verges d’or, dont les tiges feuillues s’élancent en se croisant, vigoureux traits verts dans le cristal de l’eau où la lumière tremble. » (Page 55).téléchargement.png

L’intrigue:

C’est l’histoire d’une maison, acquise par l’ancêtre devenu riche grâce à son entreprise industrielle, et de ses occupants au fur et à mesure des générations qui s’y succèdent jusqu’à nos jours. Fidèle à son thème de prédilection qu’elle maîtrise avec brio, Edmée de Xhavée, à travers le regard de cette habitation tour à tour curieuse et bienveillante, nous raconte l’histoire de couples mal assortis, formés plus par des contingences bassement matérielles que par les élans de l’amour. Ainsi, nous suivons le destin de plusieurs générations de femmes et d’hommes souvent désunis par l’incompréhension, manipulés par leurs pères dans le but d’accroître leur patrimoine, dont la vie est heureusement illuminée par les enfants…et l’attachement à leur maison, même pour celles qui n’y sont pas nées.

La maison, léguée de père en fils ou de mère en fille, porte la trace, dans ses murs, des unions, des naissances, des rencontres, mais également des désunions, des décès et des départs. Elle abrite les secrets et les mensonges de chacun, assistent à leur compromis plus ou;moins bancals, entend leurs confidences, étouffent leurs murmures et leurs pleurs, veille sur leurs joies et leurs petits bonheurs quotidiens.roses-2840743__340

Dès les premières pages, la question cruciale, le fil conducteur de l’intrigue, est posée: « Etiez-vous amoureuse de Père quand vous vous êtes mariée, Mère? » Car là réside le nœud, plus important que toute autre considération: l’Amour avec un grand A, le mariage d’amour romantique qui fait rêver toute jeune fille. La réponse de Mère est sans ambiguïté: dans ce milieu bourgeois, il n’est nullement question d’amour mais de fonder un foyer, de perpétuer des valeurs sûres et solides avec bon sens, en respectant les convenances de cette classe sociale qui s’est épanouie grâce au développement de l’industrie, au 19e siècle, qui à enfouir au plus profond des grandes armoires tous les squelettes indésirables, jusqu’au moment inévitable où ils en sortiront dans un vacarme assourdissant, éclatant le fragile vernis de bienséance si patiemment étalé par les générations passées.

Les lieux:

La maison, personnage principal mais également théâtre de cette histoire, se dévoile peu à peu, au fur et à mesure des occupations successives des femmes qui l’ont habitée et embellie: « Un bel escalier de chêne, plutôt large avec un pied de rampe ouvragé et orné d’une fougère en pot de cuivre, s’élève vers les étages, et le premier pallier est percé d’une porte vitrée qui donne accès, au-dessus de l’annexe, à une petite terrasse couverte de gravier, où table et chaises d’osier permettent, si on le veut, de prendre le thé – ou de paresser en écoutant bruire le jardin. » (Page 22).maison belge

Maison éternelle malgré les vagues de modernisation: « Les bruits dans les murs, la dalle de marbre fendue et qui danse devant la porte de la cave, la tuyauterie qui se plaint parfois, le pan de verre irrégulier à la fenêtre de grand salon…On a remplacé la tapisserie de l’escalier et du corridor par un papier à gros grain, rayé blanc et gris, donnant une nouvelle clarté dès que l’on ouvre la porte d’entrée. Le pied de la rampe est à présent surmonté d’une énorme misère pourpre qui plonge vers le sol en boucles mauves et vertes. » (Page 90).

En conclusion:

Un roman intimiste, sensible, drôle parfois, émouvant souvent, un peu à la façon de la romancière britannique Iris Musdoch. Edmée de Xhavée excelle à disséquer les cœurs avec sa plume acérée comme une dague et précise comme un scalpel, mais toujours avec tendresse et humour.

Le +: faire d’une maison le personnage principal de son intrigue, lui conférer une vie propre où elle accueille les êtres humains qui croient la posséder. Le lecteur assiste à sa modernisation au fil des générations successives, tout en conservant son intégrité, sa personnalité.jardin

Edmée de Xhavée nous apprend ici le vrai rôle d’une maison de famille dont la principale mission est de protéger à l’abri de ses murs épais et ancestraux les hommes et les femmes qui y vivent, tel un temple sacré, celui de la famille.

Citations:

« Elle boude un peu pour avoir dû tenir compagnie à sa mère, qui lui a soutenu, le ton affolé, et les yeux saillants de crainte, qu’elle attraperait la mort dans ces sphaignes traîtresses qui l’aspireraient en la broyant lentement comme des sables mouvants, tandis que les brouillards meurtriers lui empoisonneraient les poumons pour la lui arracher… » (Page 152).

« Léonie avait repoussé cette image sentimentale avec fermeté. Non, être amoureux ne conduisait qu’à ne plus l’être un jour, comme en témoignait justement les nombreuses et tristes complaintes larmoyantes s’échappant des cuisines avec la fumée des bouillons ou rôtis. » (Page 11).

« Elle souffrait alors tellement qu’elle se sentait la force de mettre fin à leur histoire. Et puis elle admettait que c’était la crainte de cet arrachement futur qui lui donnait envie de fuir avant d’en être au seuil. Et qu’elle ne connaissait pas le scénario de l’avenir, alors elle restait, faisait la paix en elle car le quitter changerait bien peu les choses: elle l’aimait et n’en aimerait pas d’autre. » (Page 170).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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6 commentaires sur « Passion lecture: Silencieux tumultes, Edmée De Xhavée. »

  1. Je suis touchée par cette note de lecture – lecture qui, heureusement, a plu car ça… on ne peut jamais le prévoir! – car elle accentue avec justesse ce que j’ai mis dans ce roman. La maison, ce refuge, ce fortin qui sait tout mais garde tout dans ses murs. Les souffrances d’hommes et femmes qui se sont mariés parce que c’était la chose à faire et puis apprennent qu’il y a, quelque part, l’amour… le vrai. Et le temps qui passe doucement, amicalement souvent, sur objets, gens et animaux…

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