Publié dans enchaîné, Passion thriller

Passion thriller: Ma bête,Jean-François Régnier.

Un thriller à vous glacer le sang dans vos veines, un récit qui distille l’angoisse à petites doses, comme si l’auteur vous avait installé un goutte-à-goutte, jusqu’à vous rendre parano et vous faire tourner les pages pour savoir si…

L’auteur:

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Toulouse

Après l’obtention d’un bac économique et d’un diplôme d’assistant social, Jean-François Régnier travaille depuis une vingtaine d’années dans la Protection de l’Enfance auprès des Juges des Enfants, à Toulouse, sa ville d’adoption.
Parallèlement à sa carrière professionnelle, il écrit des romans publiés en auto-édition depuis 10 ans. Le premier d’entre eux, intitulé L’Acte est sorti en 2008.

Pour lui, l’écriture constitue l’un « des derniers bastions de liberté. Elle permet d’exprimer ses idées, ses affects, sa vision du monde sans que personne puisse contraindre quoique ce soit. Lorsque l’on écrit, non seulement on est face à soi même mais on se livre aux autres, à l’avis des autres. Enfin, l’écriture permet de laisser une trace de soi, de notre passage. Trace très très infime, une poussière de soi. »

Le roman:téléchargement

Ma bête est paru aux éditions Librinova en 2018. Le style est vif, direct, rendu haletant par l’alternance de phrases courtes, voire très courtes, et de passages plus longs: « Sans attendre, je le hisse et le menotte au crochet que j’ai vissé sur une des parois intérieures du véhicule. Je le bâillonne d’un bon mètre de gaffer1 dont je me sers aussi pour lui immobiliser les pieds et les poignets.

Mon plan fonctionne à merveille.

Mais il ne me faut pas moisir ici. »… »

J’espère qu’il ne m’a pas vu.

Que vient-il faire ici ?

Nadia, l’hôpital, Weston, il y a un lien entre tout ça.

Il me faut le suivre.

Physiquement, c’est impossible. Il me repérera vite.

Réfléchir, réfléchir calmement.

On souffle.

Caméras. Vidéo-surveillance.

Où est le poste de contrôle ?

Je scanne les lieux.

J’aperçois un vigile qui s’engouffre dans un couloir.

Non. Pas par là. D’après les plans, ce sont les cuisines. »

Le récit, raconté à la première personne, est composé de chapitres racontant l’histoire selon le point de vue de l’un des deux personnages principaux, avec une exception pour le chapitre, dans lesquels ils livrent des bribes de leur passé, mais aussi leurs pensées et leurs ressentis par rapport aux événements présents.

Thèmes: la manipulation mentale en vue de transformer un être humain en tueur; mais également, en filigrane, les déviances de la société moderne, comme la malbouffe, les medias toujours en quête de scoops comme des charognards survolant une carcasse, ainsi que l’usage de l’informatique en vue d’espionner les autres.

L’intrigue:

hangar
Enfermé

Duncan Smith, kidnappé par Weston Forrester qui veut le transformer en machine à tuer entièrement dévouée, est pris au piège. Enfermé et attaché dans un hangar à l’écart de la ville de Boston, il passe ses journées couché sur un matelas à ressasser sur sa vie passée, mais également à s’interroger sur les raisons de sa détention, les motivations et les failles de son geôlier.

Dès lors, la question cruciale se pose: comment va-t-il s’en sortir, si jamais il s’en sort? Peut-il espérer une intervention extérieure, quelqu’un qui s’étonnerait de son absence prolongée, ou doit-il compter sur sa seule perspicacité, sa capacité à endormir la méfiance de Weston et prendre la fuite à la première occasion? Toutefois, affaibli par le manque d’activité et de nourriture saine, en a-t-il les moyens physiques?

Peu à peu, s’installe un climat de jeu du chat et de la souris entre les deux hommes, basé sur la résistance plus morale que physique de Duncan. Lequel des deux va craquer le premier?

Les personnages:

  • Weston Forrester: petit, malingre, sournois, dissimulateur; on ne sait pas grand chose de lui, ni sur son travail, ni sur la manière dont il occupe ses loisirs, ni sur sa famille sinon qu’il est marié avec Miranda et qu’ils n’ont pas d’enfant.
  • Duncan Smith: jardinier, compagnon de Nadia et père de leur fils Gavin; brun, robuste, un peu enveloppé, l’air avenant, le regard tendre; persévérant, patient; sa mère et son frère vivent en Angleterre.
  • Nadia Scott: compagne de Duncan, mère de Gavin; clouée dans un fauteuil, atteinte de sclérose en plaque.
  • Gavin: fils de Nadia et Duncan, âgé d’une dizaine d’années.
  • Miranda: femme de Weston; obèse, cheveux blonds péroxydés, colérique, stupide; passe son temps à manger devant la télé.
  • Casey Dhong: informaticien chevronné, curieux mais pas fouineur, intuitif; célibataire; nouvel ami de Weston.

Les lieux:

boston
Boston

La « bête » est détenue dans un local d’une trentaine de mètres carrés, bien isolé, car la « bête » ne doit pas souffrir du froid, séparé en deux parties, muni d’un coin sanitaire étanche; Weston a tout prévu pour assurer à son prisonnier un minimum de commodités pour le tenir dans une condition physique correcte, tout en le maintenant dans un état de sujétion propre à le domestiquer, à dompter sa volonté d’évasion et/ou de résistance. Le hangar est situé dans un endroit isolé bien intégré au paysage pour ne pas attirer l’attention tout en restant assez proche des grands axes pour un accès rapide. Weston, qui mûri son plan depuis de nombreuses années, a pensé à tout…

En conclusion:

Un roman épuré tant dans sa conception et son écriture, que dans les descriptions de lieux et des personnages, concentré autour des thèmes de la résistance morale et physique d’un être soumis à des conditions de vie extrêmes, ainsi que la question morale de disposer d’autrui comme d’un animal à seule fin d’en faire une machine à tuer.

Le -: j’avoue que la fin, ou plutôt la non-fin, m’a déstabilisée. Serait-ce que l’auteur nous concocte une suite? Dans le cas contraire, je suis perplexe: on ne sait absolument pas comment se termine l’histoire, ce que les protagonistes encore vivants sont devenus, ni la conclusion de la police… Peut-être est-ce à nous lecteurs qu’incombe la mission de clore le récit? J’ai également relevé quelques invraisemblances; par exemple, pourquoi personne ne signale la disparition de Duncan?

Le +: Cela dit, Ma bête recèle d’indéniables qualités: rythme haletant, capacité de l’auteur à instiller un sentiment de malaise, une angoisse diffuse, à manipuler le lecteur. L’alternance des deux points de vue: celui du tueur et celui de la victime. Un bon roman qui, j’en suis persuadée, vous fera transpirer à grosses gouttes.

Citations:enchaîné

« Il parvient à la fois à m’émouvoir, tout en maintenant chez-moi une méfiance dont j’ai décidé de ne jamais me départir. Je m’en veux d’avoir été aussi peu clairvoyant. Je pensais qu’il coopérerait rapidement, et que, tenaillé par la peur, il s’exécuterait sans sourciller. »

« Mon père m’avait toujours répété que pour résister, il fallait toujours commencer par se soumettre. Pourrir le système de l’intérieur avec patience et malice. Il faut mettre en confiance et puis surprendre. »

« Les médias n’ont plus aucun discernement. Aujourd’hui, l’info est délivrée en direct, de manière brute, sans aucune analyse, sans aucun recul. On ne se soucie pas de la vérité puisqu’il faut scotcher le téléspectateur sur son écran, l’hypnotiser. Qu’importe ce qu’on lui dit, il doit être subjugué. Les chaines d’information radotent. Il faut alimenter l’ogre, quitte à se répéter. »

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2 commentaires sur « Passion thriller: Ma bête,Jean-François Régnier. »

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