Publié dans Les grandes affaires criminelles, Non classé, serial killer

Affaire n°13: Joseph Vacher, le « tueur de bergers »..

Joseph Vacher, l’un des pires tueurs que connut le 19 ème siècle, dont les crimes n’ont rien à envier aux films les plus gores de notre époque. Un parcours chaotique pour une personnalité énigmatique.

Acte 1: Enfance.

Joseph Vacher naît dans une famille paysanne le 16 novembre 1869. Membre d’une fratrie de quinze enfants, son père est un homme autoritaire, sa mère est une femme dévote, sujette à des crises de mysticisme. A l’âge de cinq ans, Joseph est mordu par un chien, infection qui, d’après lui, expliquerait ses crimes. Plus sérieusement, enfant il contracta la typhoïde, infection bactérienne très grave provoquée par la Salmonella Typhi, à laquelle il survécut. Souvent mortelle à l’époque, elle pouvait avoir pour conséquence de sérieuses conséquences pour la santé mentale de ceux qui en réchappaient. Enfant violent dès son plus jeune âge, il frappait ses frères et soeurs et tuait des animaux.

Acte 2 : Émule de Jack l’éventreur.

Peu cultivé et souffrant d’un traumatisme à la tête, Joseph Vacher, ancien aliéné errant en liberté, a entendu parler des « exploits » de Jack l’éventreur à Londres. Il aurait alors décidé d’imiter celui qu’il prend pour modèle : durant plus de trois longues années, il est l’auteur d’un sanglant périple, sans qu’il soit possible de déterminer s’il a réellement conscience de la gravité de ses actes.

Acte 3 : Le tueur de bergers.

En juillet 1897, dans le petit village ardéchois de Champis, près de Tournon, Plantier, un forestier, entend dans le lointain les hurlements de sa femme. Il se précipite et trouve la malheureuse agressée par un individu barbu et coiffé d’un curieux bonnet de fourrure blanche, malgré la chaleur de ce jour d’été. Ceinturé et ligoté, l’agresseur est emmené chez les gendarmes puis incarcéré dans la prison de Tournon. Le juge d’instruction Fourquet, chargé de l’enquête sur le meurtre du jeune Portalier, qui lui rend visite dans le but d’une confrontation, obtient très vite une confession complète, où le mysticisme le dispute à l’horreur, car Joseph vacher avoue n’en pas être à son coup d’essai. En effet, il s’avère être le tueur qui sévit depuis trois ans dans le sud-est de la France et que la police, malgré tous ses efforts, n’a jamais pu arrêter.

Acte 4 : Un sanglant parcours.

Tout commence le 20 mai 1894, à Beaurepaire, en Isère, où Eugénie Delhomme, âgée de 21 ans, avait été retrouvée égorgée, violée et mutilée, sans aucun indice permettant de retrouver son meurtrier. La même année, en novembre, à Vidauban, le cadavre de la jeune Louise Marcel était retrouvé éventré. Le 12 mai 1895, c’est près de Lyon qu’il assassine puis s’acharne sur le corps de la jeune Augustine Mortureux. Quelques semaines plus tard, on le retrouvait à Saint-Ours, en Savoie, où il tuait dans les mêmes conditions la veuve Morand. C’est une semaine plus tard, le 31 août 1895 à Bénonces, dans l’Ain, que l’on retrouve le corps de Victor Portalier, 16 ans, caché sous des taillis, à moitié dénudé et atrocement mutilé : après l’avoir égorgé, son assassin lui a ouvert l’abdomen duquel il a extrait une partie de ses viscères. Fautes de témoins et d’indices, les gendarmes n’ont aucune piste à suivre. Mais le juge d’instruction chargé de l’affaire établit un lien avec les autres crimes cités ci-dessus.

Depuis le mois de mars 1894 jusqu’à cet été 1897, dans les départements de l’Ain, de la Côte-d’Or, de la Savoie, de l’Ardèche et du Gard, de nombreux bergers et bergères, qui gardaient leurs troupeaux dans des zones isolées, ont été retrouvés morts. Leur mystérieux assassin leur avait tranché la gorge avant de les violer, de les mutiler sauvagement, puis de les abandonner après avoir gravé sur leur poitrine, avec un couteau ou un rasoir, une croix sanglante. L’unique indice dont la police dispose est, selon le témoignage d’un homme qui l’aurait aperçu, qu’il porte un curieux bonnet de fourrure blanche.

Ainsi, bien que Vacher affirme qu’il a tué 18 personnes, on ne lui imputera que 11 crimes : 4 jeunes garçons âgés de 9 à 16 ans ; 6 bergères âgées de 10 à 20 ans ; une vieille femme âgée de 65 ans. Quand on lui demande les raisons de tels actes, il explique que son destin, inspiré par Dieu, est de devenir aussi célèbre que Jack l’Éventreur : « Je suis un pauvre malade innocent dont Dieu a voulu se servir pour faire réfléchir le monde, dans un but que nul humain n’a peut-être le droit de sonder. »

Acte 5 : Une balle dans la tête.

L’enquête menée par la police sur le passé de Vacher révèle un bien curieux personnage. Né en 1869 dans une famille d’agriculteurs aisés de l’Isère, Joseph Vacher est élevé par les frères maristes (congrégation laïque masculine de droit pontifical, c’est-à-dire approuvé par le Saint-Siège, qui se consacre à l’éducation de la jeunesse), chez lesquels il acquiert certainement son mysticisme confus. Ces derniers le renvoyèrent pour violence et attouchements sexuels envers ses coreligionnaires. En 1892, âgé de 23 ans, il effectue son service militaire à Besançon mais au vu de son état de santé mental et ses accès de violence incontrôlables, il est interné à l’hôpital de Baumes-les-Dames.

Garçon taciturne et querelleur, au physique ingrat, on ne lui connaît ni ami, ni aucune conquête féminine. Mais à la fin de son service, très amoureux d’une jeune fille prénommée Louise, il ose la demander en mariage, demande aussitôt refusée. Devenu fou furieux, il blesse la jeune fille de quatre balles de revolver puis se tire les deux dernières dans l’oreille. Le chirurgien de l’hôpital de Baume ne parvient à retirer que l’un des deux projectiles, le second restant fiché dans son crâne.

C’est alors que le jeune homme commence à présenter de sérieux signes de troubles mentaux : il vocifère de manière incohérente et s’attaque aux autres malades. Considéré comme fou, il est transféré à l’asile de Dole dans le Jura. A l’époque, les établissements pour aliénés sont de véritables taudis où s’entassent, dans une effroyable promiscuité, déments, infirmes et débiles. Ils sont à peine nourris et souvent abandonnés à eux-mêmes. Le seul traitement dont bénéficie Vacher consiste en des injections de valériane dans le but de « dilater » la plaie afin d’extraire le second projectile toujours dans son crâne.

Un an après son internement, le 1er avril 1894, le médecin de l’asile de Dole juge que Joseph Vacher est guéri et il le relâche sans aucune mesure de prudence. Afin de dissimuler les cicatrices qui couvrent sa tête, il se fabrique un bonnet avec la peau d’un lapin qu’il a tué. Commence alors une longue errance entachée de meurtres sauvages de jeunes bergers.

Acte 6 : Fou ou criminel ?

Le plus difficile, pour l’instruction, n’est pas de reconstituer le périple sanglant de Vacher, mais plutôt de déterminer s’il peut être considéré responsable de ses actes devant la loi. Il est indéniable que de nos jours, il serait certainement jugé fou donc pénalement irresponsable et placé dans un établissement spécialisé. Mais en 1898, les juges de la cour d’Assises de Bourg-en-Bresse devant lesquels il comparaît, ne sont pas aussi catégoriques. Les plus éminents experts criminologistes de l’époque furent consultés sur son cas. Tous étaient convaincus de la folie du jeune homme, folie confirmée par ses crimes et ses propres déclarations. Mais face à l’émotion suscitée par la sauvagerie des meurtres et le jeune âge des victimes, il fallait un châtiment exemplaire, raison pour laquelle les docteurs Lacassagne, Pierret et Rebatel rendirent leur rapport d’expertise en juillet 1898 , affirmant que l’état de folie de Vacher était transitoire.

Extrait : « Vacher n’est pas un épileptique, ce n’est pas un impulsif. C’est un immoral violent, qui a été atteint temporairement de délire mélancolique avec idées de persécution et suicide. L’otite traumatique dont il est porteur semble n’avoir eu jusqu’à présent aucune influence sur l’état mental de l’inculpé. Vacher, guéri, était responsable quand il est sorti de l’asile de Saint-Robert. Ses crimes sont d’un antisocial, sadique sanguinaire, qui se croyait assuré de l’impunité, grâce au non-lieu dont il avait bénéficié et à sa situation de fou libéré. Actuellement, Vacher n’est plus un aliéné : il simule sa folie. Vacher est donc un criminel, il doit être considéré comme responsable, cette responsabilité étant à peine diminuée par les troubles psychiques antérieurs. »

En conséquence de quoi, Joseph Vacher, ficelé comme un paquet lorsqu’on le conduit à la guillotine, en raison de son extrême agitation, est exécuté le 31 décembre 1898.

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4 commentaires sur « Affaire n°13: Joseph Vacher, le « tueur de bergers ».. »

  1. Je me demande si ce n’est pas le personnage interprété par Michel Galabru au cinéma? C’est en tout cas très intéressant, et finalement, ces monstres sont parmi nous. Certains ne dérapent jamais, se contentent de films pornos ou de torturer des animaux (non que je trouve que ce n’est « rien », naturellement…) et les autres font connaître l’étendue du mal à tout qui croise leur chemin…

    Aimé par 1 personne

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