Publié dans Passion thriller

Passion thriller: Irrespirable, Olivia Kiernan.

L’Irlande, terre de légendes et de traditions…oui, certes, mais également de meurtres sordides, d’histoires sinistres, où la victime n’est pas toujours celle ou celui que l’on croit. Une atmosphère délétère pour ce premier roman globalement réussi.

L’auteur:

téléchargementOlivia Kiernan est une romancière et blogger irlandaise née dans le comté de Meath. Elle a obtenu u diplôme en écriture créative à l’université du Sussex. Elle vit actuellement en Angleterre.

 

Le roman:hugo thriller

Irrespirable, Too close to breathe en version originale parue en 2018 par Riverrun, a été publié en 2018 par les éditions Hugo thriller. Ecrit à la première personne et au présent dans un style lapidaire tel que: « A la fois le meilleur témoin de sa propre fin. Et le pire (…)D’assumer leur responsabilité. De s’insurger contre son contenu. De déchirer cette putain de lettre s’il le faut. Sans ça, il n’y a rien. Plus que la douleur comme seul combat. » (Page 9).

Les nombreux dialogues entre Sheehan et son équipier afin de débattre sur l’enquête, d’échafauder des hypothèses, d’étudier les différents indices font réellement progresser l’intrigue. Olivia Kiernan fait preuve d’une grande maîtrise de la mise en scène grâce à des descriptions fouillées: « Les cheveux ont cramé. La tête est penchée en avant, le menton contre la poitrine (…)Les pieds et les chevilles sont noircis, mais relativement préservés et laissent penser que la victime est en effet une femme. »(Page 81)…des scènes détaillées: « La sonnerie du micro-ondes me fait sursauter. Mon genou heurte le rebord de la table et manque renverser mon café sur mes notes. Je rattrape la tasse in extremis et la dépose par terre. J’avale ma bouillie devant la fenêtre en admirant les branches minuscules de mon nouveau bonsaï… » (Page 41)…notamment les émotions ressenties:  » Il serre ses clefs dans la main, mais donne l’impression de ne plus savoir où il est, ce qu’il doit faire. Il a l’air anéanti, hagard. Ses yeux sont fixes, ses lèvres tombent, son teint est livide. » (Page 86)

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Bonsaï

Les thèmes: tout un arsenal de sujets aussi réjouissants que les violences domestiques, les fantasmes de mort, les victimes exécutées en direct sur le net, le Dark web.

L’intrigue:

Eleanor Costello, éminente professeure de microbiologie, est retrouvée pendue dans sa chambre. Les circonstances écartent d’emblée l’hypothèse du suicide. La jeune femme a bien été assassinée. Mais par qui? Et pour quelle raison? Et pourquoi le voisin déclare ne rien avoir entendu, ni rien vu de suspect?
Toutefois, un détail intrigue la commissaire: une tache bleue ressemblant à un  pigment pictural est retrouvé sur le bras de la victime. Hasard? Sa mort violente aurai-elle un lien avec son passé chaotique? Et pourquoi son mari, le principal suspect, reste-t-il introuvable? D’autant que certains détails laissent à penser qu’il battait son épouse

Un second cadavre est retrouvé, quelques jours plus tard, au milieu du feu de joie d’Halloween, à Clontarf, la ville natale de la commissaire

De trop nombreuses questions, de trop nombreuses pistes…

Les personnages:

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Clontarf
  • Frankie Sheehan: profileuse dans la police scientifique avant d’intégrer la Garda en tant que commissaire, originaire de Clontarf; intuitive. A été victime, lors de sa précédente enquête, d’une tentative de meurtre dont elle conserve des séquelles; cette affaire est sa première enquête depuis cette agression.
  • Jack Clancy: commissaire divisionnaire; supérieur hiérarchique de Sheehan; observateur.
  • Helen: inspectrice de l’équipe de Frankie.
  • Steve: geek de l’équipe; souci du détail; peau livide, cernes violettes, menton en galoche avec une barbiche rousse.
  • Baz Harwood: inspecteur équipier de Frankie.
  • Eléanor Costello: première victime; enseignante en microbiologie à l’université; mariée, sans enfant.
  • Peter Costello: mari de la victime; au chômage.
  • Priscilla Fagan: soeur de Peter Costello.
  • Lorcan Murphy: assistant du docteur Costello; ami de la seconde victime.
  • Neil Doyle: voisin d’Eléanor Costello; célibataire.
  • Amy Keegan: seconde victime; 29 ans, étudiante en médecine; originaire de Clontarf.
  • Tom Quinn: travaille au garage des Keegan depuis 30 ans.

Les lieux:

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Dublin

Le lecteur découvre la première scène de crime à travers le regard de la commissaire qui observe le travail de la police scientifique: les poutres de chêne, le décor minimaliste, les murs, les rebords de fenêtres, les draps… »Il en mesure tout l’espace. C’est une chambre claire, aérée. Aucun moyen pour une femme seule d’arriver jusqu’aux poutres sans grimper sur un tabouret. » (Page 29)

Enquête, atmosphère:

L’aspect le plus passionnant de ce roman est que le lecteur fait partie de l’équipe du commissaire Sheehan, participant aux briefing au cours desquels chaque inspecteur livre les éléments dont il dispose; comme eux, il échafaude des hypothèses au fur et à mesure du déroulement du récit.

Le fil rouge de l’enquête: nombreuses allusions à l’affaire précédente de Frankie, celle du meurtre de Tracy Ward au cours de laquelle elle a été gravement blessée à la tête; du coup, on comprend la pression exercée par son chef: si elle veut conserver la direction de l’affaire et son poste de commissaire, elle n’a pas droit à l’erreur.

L’atmosphère étouffante de l’enquête accentuée par sa dimension personnelle: la commissaire Sheehan connaît certains protagonistes depuis son enfance qu’une partie d’elle-même refuse de voir impliquer dans une affaire de meurtre. =>Dimension humaine.

En conclusion:irlande maison

Le -: scénario un peu convenu, quelques approximations dans le déroulement de certaines scènes d’action, défauts ne nuisant en rien à la qualité générale du roman; le contexte de l’histoire et les personnages principaux m’ont fait penser aux premiers romans de Tana French, elle aussi romancière irlandaise de thrillers…similitude tout à fait fortuite, je pense; en tout cas, laissons le bénéfice du doute à notre auteure débutante et déjà talentueuse.

Le +: les petits détails de la vie du commissariat et le fait que l’enquête est racontée du point de vue de la chef de l’équipe rendent le récit plus vivant, plus humain aussi.

Le +: dans ce premier roman, Olivia Kiernan atteste déjà d’une bonne maîtrise de la psychologie des témoins, de l’art d’égarer les soupçons, de brouiller les pistes; difficile pour lecteur de se faire une opinion arrêtée, d’échafauder une hypothèse crédible en fonction de tous les indices dont il dispose. Un premier essai transformé. Qui donne envie d’en lire plus…

Citations:

police
Police

« La victime, d’un autre côté, et on l’oublie souvent, est la plus importante. Elle est le produit dérivé de la jalousie, de la fureur ou des obsessions du criminel, et elle est souvent éclipsée, avec les preuves et les éléments qu’elle détient, au profit du tueur et de son ombre maléfique. Le plus souvent, la question n’est pas de savoir qui a commis un crime mais quel type de personne en est devenue la victime. » (Page 21).

« L’interrogatoire pourrait facilement déraper. C’est un jeu impitoyable, la quête d’un meurtrier. Il faut juste faire en sorte que les autres ne se rendent pas compte que c’est un jeu. » (Page 64).

« La vitre se pare des reflets or et argent de la nuit dublinoise. Un brouillard gris remonte le cours de la Liffey et se diffuse sur la cité transie. Un décor parfait pour la nuit qui s’annonce: Halloween. Des sirènes ricochent dans le dédale des rues en bas de chez moi. Des pétards sifflent et éclatent dans le ciel humide. » (Page 73).

 

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