Publié dans Italie, Passion polar historique

Passion polar historique: Les disciples du feu, Alfredo Colitto.

Souvenez-vous de « L’élixir des Templiers », magistral polar historique dont l’intrigue se déroule dans la Bologne du 14e siècle…Vous retrouverez ici le médecin Mondino de Liuzzi embarqué à nouveau dans une sordide mais passionnante histoire…

L’auteur:

téléchargementAlfredo Colitto est un romancier italien né à Campobasso, dans la région de Molise, en 1958.Il est également le traducteur italien de Don Winslow et de Joe R. Lansdale. Il vit à Bologne où il enseigne l’écriture créative. Primé par plusieurs prix littéraires, il est connu en Italie pour ses romans historiques traduits en sept langues et publiés dans une vingtaine de pays. L’élixir des Templiers est le premier à paraître en français. Il a également participé à l’élaboration de recueils de nouvelles.

Le roman:

Les disciples du feu, I discepoli del fuoco en version originale éditée en 2011 par les Edizioni Piemme, a été publié par les éditions Archipoche en 2016. Le style est fluide, le vocabulaire, courant, parfaitement adapté, les phrases et les mots s’enchaînent sans téléchargement.pngqu’on y prenne garde, laissant au lecteur tout loisir de se concentrer sur une intrigue prenante. Vous pourrez apprécier les passages mêlant les actions et les pensées de Mondino, en un parfait équilibre entre introspection et mouvement: « Arrivé au centre, entre la première rangée de bureaux et la table de dissection en marbre blanc, il eut un moment d’hésitation devant le fauteuil dissimulé sous un drap blanc. Il finit par le découvrir d’un geste résolu. La perspective de vérifier sa théorie sur la façon dont Lamberti avait brûlé l’électrisait. » (Page 42).

Thème: le thème principal développé dans Les disciples du feu est le satanisme, les croyances jugées hérétiques, comme le culte de Mithra, basé sur les croyances et les superstitions médiévales, la science n’en étant qu’à ses premiers balbutiements.

Reconstitution historique:

Les disciples du feu est d’abord et avant tout un polar, avec les ingrédients habituels du genre; mais il est également « historique », ce qui signifie à mon sens que la reconstitution de l’époque à laquelle se déroule l’histoire, même fictive, doit être soignée et vivante, ce qui assurément est le cas ici, dans de nombreux aspects de la vie quotidienne ou de l’organisation de la société.

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Médecine au Moyen-Age

Contexte social: l’automne 1311, l’été précédent ayant été catastrophique, la révolte populaire gronde, les prix des denrées sont trop élevés, les conflits sur les prix sont de plus en plus nombreux, ce qui explique l’ambiance électrique dans laquelle Mondino doit procéder à ses investigations.

La médecine: Mondino étant médecin, Alfredo Colitto, grâce à de nombreuses allusions à l’état des connaissances médicales de l’époque, rend son récit plus vivant et plus crédible, nous faisant parfois sourire: « Un autre affirma que les mamelles de la femme étaient plus grandes que celles de l’homme afin de renvoyer vers le cœur la chaleur qu’elles recevaient du cœur lui-même. Et que c’était nécessaire, puisque la région du cœur était plus froide chez les femmes que chez les hommes ». » (Page 13) ou des précautions que devaient prendre les médecins désireux d’en savoir plus sur le fonctionnement du corps humain: « Mondino disait que pratiquer l’anatomie revenait à marcher sur le fil du rasoir, et qu’il fallait rigoureusement respecter les règles imposées par l’Eglise. Par chance, la dissection des cadavres humains n’était pas formellement interdite à Bologne, à la différence d’autres villes, et il importait de ne pas heurter l’Eglise afin de conserver ce privilège. » (Page 123).medieval-times-3772369__340

La vie quotidienne: la reconstitution historique se fait par de nombreuses et discrètes allusions à une foule de petites détails participant néanmoins à l’élaboration du tableau final qui s’impose à nos yeux de lecteur moderne, comme les techniques de construction, le savoir-faire des maçons, l’organisation et les mœurs de la Commune, les règles qui régissent la vie monastique, les marchés, les tavernes, les cours dispensés par Mondino.

L’intrigue:

Six mois après les événements survenus dans L’elixir des templiers, Mondino de Liuzzi est à nouveau confronté à une affaire des plus inhabituelles: Bertrando Lamberti est retrouvé mort dans son étude par une servante. Ce n’est pas tant la mort du vieil homme qui interpelle, mais plutôt ses circonstances: le corps est entièrement réduit en cendres alors que le fauteuil sur lequel il étais assis ne porte aucun trace de brûlure. Ce décès intervient au moment où Bertrando s’apprêtait à faire une révélation à partir d’un ancien papyrus qu’il avait confié à son confesseur avant de mourir.
Malgré la promesse que Mondino s’est faite de ne plus jamais mettre en danger l’avenir de sa famille et sa propre vie, le démon de la curiosité scientifique n’a de cesse de

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Bologne

l’aiguillonner, et le voilà qui se retrouve embarqué dans cette histoire.

Pourquoi le cadavre portait-il un étrange tatouage? Qui a tué le moine Venanzio, et pour quel motif? Et pourquoi le père, Samuele, ami du moine assassiné, retrouve-t-il dans les affaires de ce dernier la fameuse lettre perdue. Malgré le danger, le jeune moine, certain que les autorités ne feront aucune recherche à cause du scandale, se fait la promesse de retrouver le meurtrier de son ami.

Mais suite à la disparition du corps de Lamberto qui lui était confié, Mondino ne dispose que de quelques jours pour résoudre le mystère et se laver des soupçons qui pèsent sur lui. L’enquête s’avère une fois de plus périlleuse car ses ennemis le guettent. Tout semble se liguer contre lui. D’autant que la piste qu’il suit le mène dans les arcanes d’une secte païenne dont les disciples ont prévu d’incendier la ville pendant la nuit de Noël…

Les personnages:

  • Mondino de Liuzzi: médecin et professeur de médecine; grand et maigre, épaules larges, front dégagé, cheveux châtains, yeux verts; caractère impulsif et emporté.
  • Gabardino: fils aîné de Mondino âgé de 20 ans; grand et maigre comme son père; s’occupe de la boutique d’apothicaire de la famille.
  • Taverna Tolomei: podestat; aime à se faire remarquer; petit et grassouillet, cheveux clairsemés formant une tonsure sur le dessus de la tête; pas très
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    Médecin

    intelligent, mais malin et opportuniste.

  • Messire Visdomini: capitaine du peuple; peau très claire, cheveux courts, menton carré.
  • Le Pater: chef de la secte; se déplace furtivement, habillé d’un capuchon de toile grise percé de deux trous pour les yeux.
  • Gerardo da Castelbretone: ancien étudiant de Mondino; yeux bleus, cheveux noirs; loge à l’hospice où il donne un coup de main pour la gestion; jeune homme plein de ressources, courageux, esprit d’initiative, caractère fort.
  • Azzone Lamberti: fils du défunt Bertrando Lamberti; ennemi mortel de Mondino; aristocrate, marchand de soierie; cheveux blonds tombant sur ses épaules; conscient de son charme dont il joue volontiers.
  • Samuele da Roccastrada: moine ami du père Venanzio; très observateur; homosexuel.
  • Giovanni di San Gimignano: ami de Bertrando Lamberti.
  • Michele di Castenaso: maître de la confrérie des maçons; vieux, aveugle, longs cheveux blancs; très perspicace.
  • Père Benedetto: prieur de l’église Sant’Antonio; victime de bronchite chronique.
  • Dame Eleonora: épouse d’Azzone Lamberti; visage parfait, bouche sensuelle, joues lisses, cheveux cuivrés, yeux verts.

Les lieux:

bologne 2Pas de réelle description circonstanciée de la ville de Bologne dans laquelle se déroule l’intrigue, mais de multiples indications au fur et à mesure des déplacements des personnages et des événements inhérents au récit, donnant un aperçu, certes parcellaire de la cité, mais de ce fait harmonieusement intégré à l’action: « De l’autre côté de la place pavée qui s’étendait derrière la basilique San Francesco, il aperçut le capitaine du peuple au centre d’un groupe de sbires armés de bâtons, une dague glissée à la ceinture. » (Page 53)… »Il traversa le quartier d’églises, maisons et venelles qui s’étendait de l’autre côté de la Piazza Maggiore, en face du palais du podestat et, peu après, il arriva devant la taverne, à côté de l’église Santa Croce. » (Page 136) =<Comme s’il ne nous restait plus qu’à nous rendre sur place pour retrouver le décor original…

En conclusion:

Les disciples du feu est un roman passionnant, sans temps mort, proposant une intrigue bien ficelée, sans fausses notes ni incohérences, jusque dans la reconstitution historique très bien documentée.
Le +: le suspense entretenu par la fin abrupte des chapitres, passant d’un personnage à l’autre sans que l’action ne soit véritablement achevée. Il nous faut alors attendre le prochain chapitre qui développera cette partie du puzzle.
Le +: parallèlement à un récit haletant, nous apprécions les passages dans lesquels Mondino réfléchit aux événements et tente de bâtir une théorie cohérente pour expliquer les faits en apparence inexplicables qu’il doit résoudre.

Un très bon moment de lecture pour tous les amateurs de polars historiques mais aussi pour tous ceux qui apprécient les intrigues bien menées, les scènes d’action bien construites et les personnages complexes.

Citations:moyen-age

« La scène qu’il découvrit était si inattendue qu’il en resta pétrifié. Il ne cria pas, ne recula pas, ne porta pas ses mains à son visage. Il n’arriva qu’à ouvrir la bouche sans émettre un son et sentit ses genoux céder. Il vacilla comme sous l’effet d’un coup de poing, puis fit un pas de côté pour laisser les autres passer. » (Page 24).

« Arrivé au centre, entre la première rangée de bureaux et la table de dissection en marbre blanc, il eut un moment d’hésitation devant le fauteuil dissimulé sous un drap blanc. Il finit par le découvrir d’un geste résolu. La perspective de vérifier sa théorie sur la façon dont Bernardo Lamberti avait brûlé l’électrisait. » (Page 42).

« Pourquoi est-ce que rien n’était jamais clair? Pourquoi fallait-il toujours se battre pour tout? Gerardo enviait les personnes qui ne s’interrogeaient pas sur leur destin. Le fils du cordonnier était cordonnier. Les fils de marchands suivaient le chemin tracé par leurs parents. Ils avaient entre les mains une activité déjà lancée, ils n’avaient pas à partir de zéro, et surtout ils n’avaient pas à se soucier de savoir quel était leur but dans la vie. » (Pages 255-256).

« Un prêtre dissèque l’âme, magister. Au cours de ma carrière, j’ai exploré bien des âmes, et j’ai vu des choses qui vous retourneraient l’estomac. » (Page 269).

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3 commentaires sur « Passion polar historique: Les disciples du feu, Alfredo Colitto. »

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