Publié dans Italie, mafia, Passion polar

Passion polar: La soie et le fusil,Gioacchino Criaco.

Vous aimez les polars sombres, les ambiances cafardeuses, sentir l’angoisse vous vriller les entrailles?? Suivez-moi sur les routes de Calabre sous un soleil de plomb…

L’auteur:

téléchargement.jpegGioacchino Criaco, né le 3 mars 1965 en Calabre, région du sud de l’Italie, est un romancier italien connu pour ses romans noirs et ses polars. Après des études de droit à l’université de Bologne, il exerce comme avocat à Milan pendant une vingtaine d’années, avant de revenir s’installer à Africo, sa ville natale, pour entamer une carrière d’écrivain. En 2008, il publie son premier roman intitulé Les âmes noires.

Le roman:

La soie et le fusil, Il Saltozoppo dans la version originale publiée en 2015, traduit par Serge Quadruppani, a été publié par les éditions Métailié en 2018. Le style est agréable à lire, dans une langue musicale: « La terre rouge se souleva sous la course de mes pieds,éditions métailié mes poumons se remplirent du parfum piquant des fougères, mes yeux s’éblouirent du soleil qui filtrait entre les branches des chênes. » (Page 17). L’histoire est racontée à la première personne selon les points de vue des trois personnages principaux Julien, Agnese et Alberto, chacun restituant une partie de l’histoire présente ou passée.

ThèmesLa soie et le fusil parle de la mafia calabraise, nommée ‘Ndrangheta, de la vendetta, de la liberté d’être soi et du destin inéluctable, comme un engrenage qui se déclenche dès la naissance: « Vite, je dépoussière mon uniforme, dans mes veines recommence à courir le sang guerrier: les tambours roulent fort, les chants de guerre évacuent une paix forcée qui a duré vingt ans, faite d’inutiles sentiments de culpabilité et de réflexions hypocrites. » (Page 153).

n'drangheta
N’Drangheta

L’intrigue:

En Calabre, au fin fond d’une vallée de l’Aspromonte, massif culminant à presque 2000 mètres d’altitude, bordé à l’est par la mer Ionienne et à l’ouest par la mer Thyrrénienne, deux familles se déchirent dans les affres d’une guerre dont les origines se noient dans les brumes du temps. Chaque clan compte ses morts. La haine a remplacé l’amitié et la solidarité.

Pourtant, Julien Dominici, dit le Gecko, et Agnese Therrime, surnommée la Nymphe, s’aiment d’un amour plus fort que tous ces conflits d’un autre âge auxquels ils ne comprennent rien, dont ils ne se sentent absolument pas complices, sous le regard jaloux d’Alberto, frère jumeau d’Agnese, et avec l’approbation muette des vieilles tisseuses du village.aspromonte

Mais dans cette vallée de la mort, les rêves finissent toujours par se briser, et les trêves ne durent jamais bien longtemps. Lorsque le père de Julien, Antonio Dominici, est assassiné, la vendetta reprend de plus belle, séparant les deux jeunes gens d’un mur plus infranchissable que les montagnes qui les environnent. De règlements de compte en vengeances, Julien devient un tueur implacable.

Vingt ans plus tard, tout juste sorti de prison, il n’a pas oublié la Nymphe, son amour de jeunesse. Il tente de la retrouver mais il découvre qu’il est mêlé malgré lui à une sombre histoire de trafic de drogue avec les triades chinoises. Son passé de tueur, qu’il pensait derrière lui, le rattrape alors.

Les personnages:

Au fin fond de la vallée calabraise, les clans représentent des entités indissolubles auxquelles on appartient à vie, aux règles desquelles il est impossible de se soustraire sauf à s’exiler, car l’individu n’existe qu’en fonction de son clan: « En Calabre, en revanche, nous devions tout le temps être avec des parents. Nous habitions tous au même endroit, dans des maisons collées les unes aux autres. Et tout le monde voyait et commentait ce que faisaient les autres. » (Pages 37-38)

fusil
Fusil

Ainsi, l’amitié des deux enfants puis, plus tard, leur amour, est inconcevable, selon l’expression de Silvestro, grand-père de Julien: « Le grain ne peut pas rester avec l’ivraie. » (Page 29)… »Grand-mère Caterina m’avait raconté les nombreuses amours qui s’étaient formées entre les Therrime et les Dominici. Aucune n’avait fini comme dans les contes de fées. » (Page 34).

  • Julien Dominici: narrateur, né à Metz.
  • Antonio Dominici: père de Julien; ouvrier dans une cimenterie près de Metz avant de revenir au pays et de devenir intendant d’un domaine agricole.
  • Agnese Therrime: soeur jumelle d’Alberto; forte, têtue.

    soie
    Soie
  • Alberto Therrime: jumeau d’Agnese, petit-fils d’Alfonso Therrime; ami d’enfance de Julien; propriétaire d’un bar, dealer.
  • Alfonso Therrime: grand-père des jumeaux; patron de la drogue.
  • Caterina: grand-mère des jumeaux; tisseuse.
  • Mario: père des jumeaux.
  • Vittoria: grand-mère de Julien.
  • Nicola: associé d’Alberto.
  • Gabriele Rovelli: avocat de Julien.
  • Tin: ami et complice de Julien, originaire de Mandchourie.

Les lieux:

La soie et le fusil esquisse de la Calabre l’image d’un monde figé dans ses traditions ancestrales, régi par ses propres codes, animé par ses querelles issues d’une autre époque: « Dès le début, je n’avais pas aimé la Calabre. A Milan, les pères accompagnaient leurs fils au parc, ils les emmenaient sur les manèges des Luna Park, voir au cinéma de merveilleux dessins animés. En Calabre, les grands-parents, à la place des contes, racontaient de terribles épisodes de sang et de mort et disaient que c’était des histoires vraies, arrivées aux parents d’autrefois. » (Pages 38-39).

calabre
Calabre

Les lieux de l’histoire sont plus des mises en scène vivantes que de simples décors de carton-pâte. Ainsi, les jardins de l’Allaro, où le père de Julien travaille comme intendant à son retour de France, « étaient une longue bande de terre plate qui partait de la mer et se terminait au pied des monts. On y trouvait une grande entreprise agricole où travaillaient mon père, ses frères et le grand-père…Les Jardins, plus qu’une entreprise agricole, étaient un bouillonnement de vie douze mois sur douze. Des hectares et des hectares de cultures, qu’on devait parcourir en voiture pour en voir l’étendue. Des vignes, des plantations d’agrumes, des oliveraies, des allées de jasmin, des jardins estivaux et des serres hivernales. » (Page 24).

En conclusion:

La soie et le fusil est un récit sombre et lumineux à la fois, empreint d’une mythologie ancestrale, violent comme le rouge de la terre calabraise, indompté comme les eaux de ses rivières, un polar qui puise son originalité et son souffle dans les légendes homériques de luttes claniques véhiculées par les vieilles tisseuses et les ancêtres du village.
Peu de détails, peu d’explications: le récit, tout en allusions, déroule ses volutes en petites touches de couleurs et de noirs, comme dans un tableau impressionniste, à charge pour le lecteur de le reconstituer. Un acte de rébellion, de générosité aussi de la part de l’auteur italien, qui fait revivre ici des histoires « profondément enracinées dans cette terre », incrustées dans les regards et les gestes de ses gens.

Citations:

mafia
Mafia

 

« Dans un certain sens, nous nous ressemblions, à la différence des autres gamins nous étions nés ailleurs et c’est pourquoi nous aimions avec plus de conviction cette terre rouge, pour nous, tout était une découverte, tout était une conquête. » (Page 29).

« Le temps devient gris et moi j’utilise des couleurs criardes. Et plus au-dehors ça s’assombrit, plus dedans nous utilisons des trames colorées, vives, sur des chaînes pâles. Nos femmes ont toujours su quand il est juste d’obéir aux ordres de leurs hommes et quand au contraire il faut contrevenir. Mais toutes les fois où elles se sont rebellées ouvertement, le flot de la haine a grossi au lieu de s’assécher. » (Page 35).

« Gabriele, la criminalité calabraise est le résultat de tant de choses…il y a la cupidité, le mal qui fait partie de l’homme, mais elle aussi nourrie d’injustices sociales, qu’elle soit vraie ou présumée. La société de ma terre est complexe, c’est un mélange de races différentes contraintes de vivre sur un mouchoir d’argile rouge serré entre deux mers sous un soleil impitoyable. » (Page 72).

« Mais les désirs des enfants ne changent pas le destin construit par les grands. » (Page 176).

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