Publié dans amour, Angleterre, Passion lecture

Passion lecture: La poursuite de l’amour, Nancy Mitford.

Un roman psychologique qui, contrairement à ce que son titre laisse supposer, n’est pas du tout une comédie romantique mais une peinture acerbe de la société anglaise de l’entre-deux guerres…

L’auteur:

Nancy Mitford est une romancière et biographe britannique née le 28 novembre 1904 à Londres et décédée le 30 juin 1973 à Versailles. Elle est l’auteur de huit romans et quatre nancy mitfordbiographies. Dans l’entre-deux-guerres, aussi bien en France que dans son pays natal, elle a joué un rôle influent dans la vie mondaine, recevant dans son salon de sa maison parisienne, où elle s’installe définitivement en 1945, tout ce que l’Angleterre comptait d’écrivains, d’hommes politiques et de personnes distinguées, notamment Evelyn Waugh, Cecil Beaton, la baronne Blixen, Hamish Hamilton, se posant en quelque sorte comme une « vitrine » de l’esprit britannique. En contrepartie, elle plaidait la cause des écrivains français auprès des éditeurs et du public anglais. Bien qu’elle ait débuté sa carrière littéraire en 1931 avec son premier roman Highland Fling, elle ne connaîtra la consécration qu’au lendemain de la guerre avec La Poursuite de l’amour et L’amour dans un climat froid.

Le roman:

La poursuite de l’amour, The pursuit of love dans la version originale parue en 1945, cinquième roman de l’auteure, a été publié en 1950 par Delamain et Boutelleau, puis réédité en 1982 par les éditions 10/18, et en 2006 par les éditions La Découverte. Ecrit à la première personne, c’est un roman psychologique, en grande partie autobiographique concernant l’enfance et la famille de Nancy Mitford, qui raconte l’apprentissage de l’amour par Fanny et sa cousine Linda Radlett. Il remporta un immense succès et fut publié à plus de un million d’exemplaires. La suite s’intitule L’amour dans un climat froid.humour

Le style est alerte, un peu facétieux, à l’image de Nancy Mitford, réputée pour être une femme qui aimait rire, pleine de joyeuse malice. L’humour de ce roman n’est ni mordant, ni amer, mettant en scène des situations cocasses avec légèreté et attendrissement: « Dans leurs jaquettes, les cheveux copieusement enduits de brillantine, ils étaient vraiment éblouissants, mais à peine eûmes-nous le temps de les regarder que Mme Wills attaqua un grand jeu d’orgue, pendant qu’oncle Matthew remorquait le long de la nef, à une folle allure, Louisa, dont le visage était voilé. » …ou se moquant gentiment des travers de certains: « Au beau milieu du cantique préféré de Louisa, Comme un cerf altéré, Davey s’était subrepticement faufilé hors du banc et s’était fait conduire par une auto du cortège jusqu’à la gare, d’où il était parti directement pour Londres. Le soir même il téléphona pour expliquer qu’il s’était abîmé une amygdale en chantant et qu’il avait jugé sage d’aller immédiatement vois un célèbre laryngologiste, qui lui avait ordonné le lit pour huit jours. » (Pages 83-84).

Le thème du roman est la recherche de l’amour: « Nous étions en quête du véritable amour, celui qu’on ne peut connaître qu’une fois au cours de sa vie, l’amour impatient d’être consacré et dès lors immuable. » (Page 63)

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Amour

La société anglaiseLa poursuite de l’amour nous fait découvrir différentes facettes d’une société complexe, aux codes bien établis, peut importe le milieu: le Londres d’avant-guerre, un monde oisif et futile, totalement différent du monde des affaires incarné par les banquiers Kroesig, et l’aristocratie rurale vivant des revenus de ses terres, déconnectée de la capitale et de ses centres d’intérêt mondains.

Les principes d’éducation des jeunes filles répondaient à des conventions très strictes, dont tout manquement menait pour le moins à une mise en quarantaine de la bonne société: « On avait pour principe qu’il était interdit de voir un jeune homme seule à seul, en quelque circonstance que ce fût, avant d’être fiancée avec lui. Les seules personnes capables de faire respecter cette règle étaient une mère ou une tante; l’on ne devait donc jamais échapper à leur œil vigilant. Linda fit remarquer à plusieurs reprises qu’un jeune homme pouvait difficilement demander la main d’une jeune fille qu’il connaissait à peine, mais on la traita de sotte. » (Page 95)

L’intrigue:

Fanny, jeune femme timide et posée, raconte ses souvenirs d’enfance, ainsi que les amours de sa cousine Linda, jeune femme futile et romanesque qu’elle aime comme une sœur, malgré, ou à cause de leurs caractères diamétralement opposés. Elle revient sur l’époque bénie des années 1920, quand une à une les cousines et la tante de Fanny se sont fiancées et mariées, attisant d’autant le désir des deux jeunes filles de trouver le grand amour.années 1920

Linda court après le bonheur mais ne semble pas pouvoir le rattraper. Après deux mariages décevants et une liaison tout aussi insatisfaisante dans les bras d’un Français, elle s’enfuit avec un jeune Anglais appartenant à un réseau de la Résistance. Tandis que la douce Fanny trouve son équilibre en épousant Alfred, qui lui apporte sécurité et sérénité, deux sentiments plus forts et durables que la passion amoureuse. La fin tragique de La poursuite de l’amour illustre le propos de l’auteur: l’amour n’est pas un jeu. C’est affaire de grandes personnes.

Les personnages:car-1485677__340

Les différents portrait présentés dans La poursuite de l’amour sont particulièrement étoffés, fouillés, leur psychologie est soigneusement développée, notamment celle de Linda, personnage principal, dont le caractère est modelé en opposition avec celui de sa cousine, offrant ainsi deux portraits de femmes complètement différents mais tout aussi attachants.

  • Oncle Matthew: colérique, autoritaire, bourru, aussi indiscipliné que les enfants, grand chasseur de renards, n’aime que sa terre, son pays et son roi, ancré dans ses principes, éclipse tous les autres membres de la famille, malgré la peur qu’il inspire parfois; aime les personnes qui lui tiennent tête.
  • Linda: fille cadette de Matthew, lui ressemble beaucoup; personne sensible, délicate et romanesque; trop préoccupée d’elle-même pour être une bonne mère; absolue dans sa quête éperdue du bonheur, du grand amour.
  • Tante Sadie: épouse de Matthew; distraite, dévouée à son mari et ses enfants.
  • Tante Emily: soeur de Sadie; a élevé Fanny; croit en l’instruction des femmes; fait un mariage tardif, à plus de 40 ans.
  • Fanny: cousine de Linda; fille de la plus jeune sœur de Sadie et Emily.
  • Capitaine David Warbeck: mari d’Emily; santé délicate; petit, blaond, jeune d’apparence; critique d’art, écrit dans une revue littéraire.
  • Anthony Kroenig: premier mari de Linda; grand, blond, bien charpenté, tendance à l’embonpoint; issu d’une famille de riches banquiers; homme sérieux, personnalité médiocre, ennuyeux.
  • Alfred Wincham: mari de Fanny, recteur du collège Saint-Pierre à Oxford; homme simple, bon et docte.
  • Christian: amant de Linda.vintage-1501563__340
  • Lavender: amie d’enfance de Linda; sa demoiselle d’honneur à son premier mariage; très peu féminine, ne se préoccupe pas de son apparence; infirmière et assistante sociale; calme, pleine d’assurance, de confiance en ses capacités.
  • Mère de Fanny: femme coquette et volage; a abandonné sa fille âgée d’un mois.

Les lieux:

« Dis-moi où tu vis, je te dirai qui tu es »…

La description des lieux, bien qu’elle ne revête aucun caractère indispensable dans un roman psychologique, permet ici d’approfondir, de rendre plus vivant les portraits moraux dressés par l’auteure. Ainsi, la maison des beaux-parents de Linda, des gens insignifiants, fades, sans aucun intérêt, en tout cas aux yeux de leur bru: « Les Plaines était une maison très laide. C’était plutôt un « cottage » qui avait trop grandi. Les chambres, quoique spacieuse, avaient tous les inconvénients d’une maison paysanne: plafonds bas, petites vitres en losanges, parquets irréguliers et partout du bois naturel plein de nœuds. Elle était meublée ni avec bon ni avec mauvais goût, mais simplement sans aucun recherche de goût, et n’était même pas très confortable. » (Page 143).

manoir anglaisAlconleigh, propriété de famille des Radlett, est mise en perspective par rapport à la maison de tante Emily dans laquelle la jeune Fanny fut élevée, dans un subtil procédé pour montrer le contraste entre les deux familles. La maison d’Emily était « un coffret de style Queen Anne, avec des murs de briques, des boiseries blanches, un magnolia et une odeur fraîche et délicieuse. La maison était séparée de la campagne par un petit jardin propret, une clôture en fer forgé, un pré communal et les maisons du village…La campagne était plus douce, plus abritée, trop cultivée. »

Tandis que l’ambiance d’Alconleigh évoque plus la rudesse de son propriétaire, avec ses « bois cruels qui rampaient jusqu’à la maison. C’était chose courante d’être réveillés par les cris d’un lièvres qui cerclait, horrifié, autour d’un furet, ou par le glapissement étrange et terrible d’un renard…Et le faisan juché pour la nuit, comme le hibou qui s’éveille, faisait retentir les nuits de sons sauvages, surgis des premiers âges. » (Page 29)

En conclusion:

La poursuite de l’amour est un roman délicieusement suranné tout en offrant un aspect très moderne, posant la question existentielle de la place de l’amour dans les relations hommes/femmes, au sein de notre société moderne. Il propose également un portrait caustique de l’aristocratie, exaltant le caractère britannique. Une observation juste et acérée des travers et passions de nous autres pauvres humains imparfaits…

La plume de Nancy Mitford est étincelante d’humour, alerte, parfois cocasse, malgré une fin tragique. Les dialogues sont délicieux, les personnages attachants et vivants. Vous passerez en leur compagnie des moments drôles, émouvants, tristes aussi, à l’image de la vie…

Citations:flag-1090955__340

 » C’est pas juste, était le cri perpétuel des Radlett, dans leur jeune âge. Le grand avantage de vivre dans une famille nombreuse, c’est qu’on y apprend de bonne heure l’importante leçon de l’injustice de la vie. » (Page 22).

« Nous n’avions jamais appris à danser et je ne sais pourquoi nous nous étions imaginé que c’était chose facile et naturelle. Je crois que Linda a saisi ce jour-là ce que je mis des années à apprendre: le comportement d’un homme civilisé n’a rien à voir avec la nature. Tout n’est qu’artifice et art plus ou moins consommé. » (Page 77).

« Pauvre Linda. Elle a une nature follement romanesque, ce qui pour une femme est fatal. Heureusement pour elle et pour nous, la plupart des femmes sont terriblement terre à terre, autrement le monde aurait du mal à tourner. » (Page 118)

« Toute cette joie, cette vie, cette beauté ne faisaient qu’accentuer la lassitude et la mélancolie de la pauvre Linda. Elle les sentait mais n’y participait pas. Elle tourna ses pensées vers son vieux Londres familier. Par-dessus tout, elle aspirait à retrouver son lit. Elle était comme une bête blessée qui se traîne vers sa tanière. » (Pages 193-194).

« Linda ne voyait que trop clairement qu’elle ne pouvait espérer soutenir la comparaison avec cette fiancée qui non seulement était plus jolie et plus correcte qu’elle, mais qui aussi était morte ! Cela lui parut fort injuste. Eût-elle vécu, sa beauté se fût sans nul doute fanée après quinze années de mariage et sa correction eût pu devenir lassante. Morte, elle restait à jamais embaumée dans sa jeunesse, sa beauté et sa gentillesse. » (Page 212).

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