Publié dans Interviews exclusives

Interview de Sylvie Baron, auteure de polars atypiques, dont certains chroniqués ici…

Un grand merci à Sylvie pour m’avoir accordé de son temps et répondu patiemment à mes questions. Vous découvrirez une personne très sympathique, qui développe et pratique des valeurs humaines essentielles dans notre monde qui semble partir à vau-l’eau…

  1. Sylvie, tu as fait l’essentiel de ta carrière professionnelle dans l’enseignement. Était-ce pour toi une vocation ? Peux-tu nous en dire un peu plus sur ce choix de carrière ?

C’est le seul métier que je pouvais envisager. Quand on travaille avec les jeunes on reste jeune. C’est merveilleux de transmettre, d’aider, de recevoir aussi de la part de tous ces étudiants avides d’apprendre et de progresser. Ou, je dis avides car même les plus récalcitrants ont au fond envie de comprendre et qu’on s’intéresse à eux. Quand on capte une lueur d’intérêt, d’intelligence ou de connivence, on sait qu’on a gagné notre pari. Quelle belle récompense alors !

  1. Quelles sont tes influences littéraires, s’il y en a ? Des auteurs qui t’auraient donné envie d’écrire...

Agatha Christie tient pour moi toujours le haut du pavé avec ses intrigues savamment construites et si ingénieuses. De ce point de vue, on n’a pas fait mieux depuis. Encore une fois, ce n’est pas tant l’hémoglobine qui m’intéresse que la psychologie des personnages. Je lis aussi tous les Fred Vargas et les aventures de son commissaire Adamsberg, psychologie toujours. J’apprécie les polars nordiques parce qu’ils retracent bien une époque, un territoire. Je suis accro à Elisabeth George et puis il y a toujours un peu partout des pépites qui me rendent modeste, comme les Nymphéas noirs de Michel Bussi ou Grossir le ciel de Franck Bouysse.

  1. Quelles sont tes lectures ? Quelle lectrice es-tu ?

Je suis une grosse lectrice et pas seulement de polars. Insomniaque aussi donc forcément ça aide à dévorer la bibliothèque !

  1. Je sais que tu vis dans le Cantal depuis quelques années : pourquoi avoir choisi ce lieu de vie ?

Je suis tombée amoureuse du Cantal tout à fait par hasard il y a plus de 30 ans. Depuis, cet amour ne m’a plus quittée. Des paysages sauvages, authentiques, austères, généreux, qui rendent humbles et forts.

Un slogan qui résume mon attachement à cette terre : « Ailleurs, c’est ici »

En outre, je n’aime pas les romans hors sol, pour être sincère un récit a besoin d’être ancré dans un territoire et de ce point de vue mon Cantal est un formidable terrain de jeux.

  1. Depuis quand écris-tu des histoires ? D’où te vient ce goût de l’écriture ?

J’ai toujours aimé inventer des histoires, créer des situations. Quand je me consacrais à mes étudiants, je pratiquais des méthodes pédagogiques innovantes (jeux de rôles, création virtuelle d’entreprise…). Hachette m’a sollicitée pour écrire des manuels (d’économie !) qui reprenaient ces idées. Ça m’a formée à la rigueur et ça m’a donné envie d’écrire autre chose : des livres que j’aimerais lire !

  1. A quel moment as-tu décidé d’y consacrer tout ton temps ?

Quand je suis arrivée en Auvergne après le décès de ma fille. L’écriture alors est devenue indispensable. Claire aimait tant les livres que je me devais d’écrire pour elle.

  1. Depuis le début de ta carrière d’écrivain, tu as travaillé avec plusieurs éditeurs ? Quelles sont les raisons de ces changements ?

J’ai toujours beaucoup d’amitié pour mon 1er éditeur Les Editions du Bord du Lot qui m’a permis de me faire connaitre localement. Quant à Calmann-Levy, c’est une grande maison d’édition qui m’a ouvert à une diffusion nationale et à d’autres éditeurs associés comme Le livre de poche ou Libra, diffusion pour les gros caractères.

8) Pour quelle raison avoir choisi des intrigues policières atypiques, sans police mais une enquête menée par un proche de la victime, pour héberger tes récits ?

Ce qui m’intéresse, c’est la psychologie des personnages, comment va réagir quelqu’un d’ordinaire plongé dans une situation extraordinaire ? L’enquête policière en tant que telle, ce n’est pas mon truc, en outre, je ne m’y connais pas assez dans les procédures, je laisse ça aux professionnels.

Par contre, mon récit est toujours mis sous tension par une intrigue policière pour tenir le lecteur en haleine et aborder le sujet de façon plus ludique. Comme dans tout bon roman policier, les pistes sont multiples, ce n’est qu’à la fin qu’on découvre le véritable mobile. J’adore semer des petits cailloux, multiplier les interrogations et jouer avec le lecteur, c’est jubilatoire !

9) Comment construis-tu tes romans ? A partir de quel(s) élément(s) ?

Pour moi, il n’y a pas de frontière dans l’écriture alors roman du terroir, thriller, roman militant, roman psychologique, roman d’amour…tout est possible, je ne revendique aucune étiquette et aucune ne me choque. Mes histoires sont des histoires d’aujourd’hui, universelles et profondément humaines.

Comme dans tous mes romans, l’intrigue policière me sert de prétexte pour aborder un problème de notre époque qui me tient à cœur. Après avoir parlé de la désertification médicale (L’Auberge du pont de Tréboul) et de la gestion raisonnée des forêts (L’héritière des Fajoux), après avoir défendu la biodiversité (Les ruchers de la colère) et les maires des petites communes (Rendez-vous à Bélinay), il m’est apparu essentiel pour mon 10ème roman de défendre ce lieu de vie que sont nos librairies

10) Dans chacun des quatre romans que j’ai lus, tu brosses un beau portrait de femme forte et fragile à la fois, courageuse, déterminée, passionnée. Quelle est ta source d’inspiration pour ces portraits ? Comment les construis-tu ?

Portraits de femmes et d’hommes aussi (mon apiculteur, mon médecin, mon journaliste…)

Je regarde les gens, je m’inspire de ce que vois, j’aime décrire des « gens vrais ». On a tous une part d’ombre et de mystère, j’essaie de travailler ces aspects, de plonger dans la tête de mes personnages pour leur faire dire ce qu’ils ressentent vraiment, ce qu’ils cachent aussi, sciemment ou pas.

Construire un personnage est le plus passionnant de tout. Très vite le personnage m’envahit, je deviens ce personnage, je réagis comme lui, je pense comme lui, je ne fais plus qu’un avec lui ce qui me permet de le rendre « attachant ».

Mais qu’est-ce que c’est difficile de s’en séparer quand je mets le mot « fin » ! (Sourire)

11) Tes romans, en tout cas ceux que j’ai lus, au-delà de l’intrigue elle-même, développent un thème basé sur une cause à défendre, un peu comme un cheval de bataille. Es-tu d’accord avec cette affirmation ? Si oui, peux-tu approfondir ?

Ce sont des romans militants. C’est le rôle même de l’écrivain de décrire les problèmes de société, de s’en emparer et d’amener ses lecteurs à réfléchir sur notre époque. Un écrivain n’est pas enfermé dans son bureau, il est ouvert sur le monde. Pour tous mes romans la période de recherches documentaires reste toujours essentielle, elle est aussi réellement passionnante, aller au-devant des gens, découvrir des métiers, des horizons différents, des problématiques…

12) J’ai relevé dans tes romans des thèmes peut-être pas récurrents, mais en tout cas qui reviennent assez souvent, par exemple les secrets du passé, la perte d’un être cher et la reconstruction, l’engagement pour une cause personnelle ou extérieure, le nouveau départ. En ai-je oublié ? (sourire)

Je complète avec le rire des enfants, la force de la nature, la chaleur humaine, la solidarité, les gens simples qui font des choses formidables et ces paysages si beaux dans lesquels nous vivons. Prendre conscience des problèmes, se battre, ne jamais renoncer… autant de thèmes qui me sont chers, je crois que malgré tout je suis une incorrigible optimiste.

13) « Le cercle des derniers libraires » est ton 10e roman. Je suis vraiment admirative par une telle productivité, toujours de qualité. Comment organises-tu tes journées d’écriture ? As-tu un endroit préféré pour écrire ?

Pour chaque roman il y a 2 temps : celui de la recherche documentaire (tous mes coupables ne peuvent pas être profs !) qui m’oblige à me plonger dans un univers souvent méconnu (apiculture, gestion forestière par exemple) à trouver des spécialistes, à me promener sur le terrain, à lire énormément, à faire des recoupements, des synthèses…

Le temps de l’écriture viendra ensuite, quand tout est bien en place dans ma tête soit au bout de 3 mois environ.

Si la première période est celle des rencontres sur le terrain, des discussions et des découvertes, la seconde est celle du silence de mon bureau, de la concentration et de la plongée à 100 % dans mes personnages. J’y passe 8 à 10h par jour, au moins, je ne peux pas les quitter avant le mot fin et encore…

Mais j’ai de la chance, mon bureau donne sur mes chères montagnes et je peux laisser mon regard se perdre dans le paysage quand je cherche l’inspiration.

14) J’ai visité ton site, très beau soit dit en passant, qui témoigne d’un beau succès dans ta région et d’un calendrier chargé. Que penses-tu de cet aspect de la carrière d’un écrivain ?

J’adore échanger avec mes lecteurs, c’est enrichissant, émouvant, ça aide à progresser. Chaque personne pour moi est un personnage potentiel de roman et c’est formidable !

15) Pour toi, quel est le rôle d’un romancier ?

L’écrivain se doit d’être un acteur de son temps, il doit participer à la vie sociale, aller dans les écoles, les médiathèques et créer du lien social à travers toutes ces rencontres.

Il y a deux ans j’ai organisé un atelier d’écriture pour recevoir les témoignages des anciens de la commune et les retranscrire. Une quinzaine de journalistes en herbe et une cinquantaine de récits qui ont donné lieu à une publication « Mémoires de nos villages ». Tout le monde a travaillé bénévolement et l’argent récolté a servi à acheter des livres pour la médiathèque.

Voilà une belle aventure qui me rend fière et justifie ma passion.

16) Dernière question : si tu devais emporter cinq livres sur une île déserte, quels seraient-ils ?

Orgueil et préjugés de Jane Austen

Noireclaire de Christian Bobin

La gloire de mon père de Marcel Pagnol

Mad de Daphné du Maurier

Le prophète de Khalil Gibran

Et bien sûr l’intégrale d’Agatha Christie !

Ses romans chroniqués: Les ruchers de la colère

L’héritière des Fajoux

Le cercle des derniers libraires

Rendez-vous à Bélinay

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2 commentaires sur « Interview de Sylvie Baron, auteure de polars atypiques, dont certains chroniqués ici… »

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