Publié dans cadavre, Dossiers police scientifique, morgue, Paris

Dossier n° 17: Histoire de la morgue, second volet: abus et profanations.

Avant d’évoluer vers la médecine légale et de jouer un rôle actif dans l’enquête criminelle, le personnel de la morgue se limitait, sous la surveillance des greffiers, à quelques garçons « morgueurs » mal payés et tout aussi mal considérés, se livrant à des trafics et prestations sordides pour arrondir leurs fins de mois…Voici le témoignage édifiant de Gustave Macé, ancien commissaire de police, écrit en 1890.

1)De profanations…

  • Les arracheurs de dents autorisés à débiter leurs boniments sur la place du Marché-teeth-887338__340Neuf s’approvisionnaient à bas prix dans la boîte appelée « Coffret des Macchabées » dans laquelle les garçons morgueurs déposaient tout ce qu’ils récupéraient sur les cadavres. Confortablement installés dans leurs voitures, ils montraient, aux  badauds ébahis, des corbeilles plates, appelées « vans », pleines d’un nombre impressionnant de canines, de molaires et d’incisives, soi-disant extraites sans douleur. Et pour cause!! On les avait arrachées sur des cadavres !!!.
  • Les vendeurs de pommades, spécialement fabriquées pour contrer la chute des cheveux mais précipiter celle des cors aux pieds et autres durillons de toutesperruques espèces, achetaient, eux aussi, leurs échantillons précieux à la morgue. Les longs et beaux cheveux de diverses nuances, accrochés en bouquets à leurs tréteaux, que les passants pouvaient caresser pour en éprouver la douceur, provenaient en fait de cadavres de femmes; quand aux cors et durillons, ils étaient tout simplement sur des personnes anonymes mortes noyées. Le public pouvait examiner, à l’aide d’une puissante loupe, ces horribles cors munis de leurs racines que le charlatan avait réunis au fond d’une coupe en cristal.

2)…En soirées spéciales!!!

  • La nuit, le garçon morgueur, livré à lui-même dans un univers qui, il faut bien l’avouer, donne froid dans le dos, se consolait dans les bras de prostituées qu’il faisait venir tout exprès dans la salle de garde.
  • Moyennant une rétribution plus ou moins importante, il autorisait des individus louches à la recherche d’émotions fortes, aux passions étranges, doués d’appétits pour le moins malsains, à assister à la mise à nu et au nettoyage des cadavres effectué à grands coups de balais de bouleau, aucune précaution particulière n’étant prise.
  • Le morgueur organisait des soirées spéciales: on remplaçait le thé par un saladier images (3)de vin chaud sucré accompagné de deux petites bouteilles d’eau-de-vie baptisée « eau des morts », le tout fourni par un cabaretier voisin. Lorsque chacun avait bu sa rasade, on se rendait dans la salle des morts où le garçon morgueur, expert en la matière, choisissait un cadavre très ballonné et, avec la précision d’un chirurgien, il enfonçait une grosse épingle dans l’abdomen. Par le trou ainsi pratiqué s’échappait un jet de gaz auquel on mettait le feu, éclairage morbide rehaussé par l’extinction des autres sources de lumière. On pouvait parfois attendre plusieurs semaines avant de pouvoir organiser ce genre de soirée, car la morgue ne disposait pas toujours du cadavre adéquat !!! L’idéal était un corps d’homme ayant séjourné au moins six semaines dans l’eau lequel, au lieu d’être piqué à l’abdomen comme les femmes, était percé dans ses parties génitales, se qui rendait l’opération encore plus drôle !! On pariait même sur la durée de combustion des gaz…Quand on dit que la réalité dépasse la fiction….

3)Fin de trafic.

Face au scandale, la préfecture de police mit fin à ces trafics honteux en interdisant l’entrée de la morgue à toute personne étrangère à son fonctionnement. Elle défendit aux garçons morgueurs de fabriquer eux-mêmes les cercueils qu’ils vendaient aux pauvres. Comme l’Etat ne leur allouait que 2 francs pour l’inhumation des inconnus, ils enveloppaient les cadavres dans une toile d’emballage puis les ficelaient; ensuite, ils les jetaient pêle-mêle dans une voiture à bras recouverte de paille comme pour les chevaux qu’on emmenait chez l’équarrisseur et, la nuit, ils les emmenaient au cimetière.

4)Contagion et énormités administratives.images (2)

  • Les employés de la morgue vendaient les effets et les objets retrouvés sur les cadavres à des brocanteurs, sans les désinfecter au préalable. A l’époque, Pasteur n’avait pas encore découvert les microbes et le choléra faisait des ravages terribles. Aujourd’hui, ce commerce dangereux n’existe plus, les vêtements étant systématiquement brûlés.
  • Les primes de repêchage: jadis, les sommes allouées pour le repêchage des personnes tombées à l’eau étaient de 15 francs pour une personne vivante et de 25 francs pour un mort. Ce qui explique les monstrueuses spéculations auxquelles se livraient les « ravageurs », miséreux des bords de Seine qui tamisaient l’eau et la boue du fleuve à la recherche d’objets et de débris métalliques qu’il s revendaient au poids: au lieu de les secourir, ils les aidaient à mourir. Ces abus cessèrent le jour où les sommes furent inversées: 15 francs pour un mort, 25 francs pour un vivant. Pourquoi ne pas y avoir pensé plus tôt!!!
  • Même aberration pour l’inhumation des corps: moins les garçons morgueurs reconnaissaient de cadavres, plus ils touchaient d’argent. En 1881, le greffier encouragea son personnel actif à fournir à la police tous les indices qu’ils pouvaient trouver sur les cadavres, après les enquêtes menées par les commissaires. Dès lors, les morts violentes, sans cause connue, devinrent rares.
  • Imaginez-vous le spectacle repoussant de cadavres nus, aux ventres souvent ballonnés, aux chairs meurtries, aux teintes jaunâtres, bleues, verdâtres…Peu ragoutant en vérité! Désormais, les morts sont exposés revêtus de leurs effets personnels, ce qui a pour conséquence de les rendre plus facilement identifiables. Ainsi, les intérêts des familles sont mieux préservés, la morale et la décence publique  sont sauvegardées et les malheureux qui achèvent leur passage sur terre de si triste façon sont respectés.

5)Anonymat.images (1)

Avant 1840, les deux tiers des corps n’étaient pas reconnus. Aujourd’hui (1890), très peu de cadavres sont enterrés sous l’appellation « inconnu ». Certains corps sont identifiés grâce à la présentation des vêtements assainis et conservés, ainsi qu’à l’aide de photographies collées dans les registres, sortes d’albums photographiques contenant de précieux renseignements. Chaque sexe possède le sien propre. Le dimanche et les jours fériés, le greffe reste ouvert afin de permettre aux personnes ne pouvant quitter leur travail en semaine de venir sur place, afin d’identifier un éventuel disparu.

6)Anecdotes.

Les victimes des guerres civiles de 1830, 1848, 1851 et 1871 étaient déposées à la morgue. C’est au milieu d’un tas de cadavres revêtus du costume de citoyen-soldat que le

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Père-Lachaise

commissaire Macé chercha et trouva le corps d’Henri Regnault, jeune peintre orientaliste âgé de 28 ans, élève de Cabanel, prix de Rome 1866; engagé dans les francs-tireurs, il est abattu le 29 janvier 1871 lors de la bataille de Buzenval. Sur ordre de monsieur Cresson, avocat et préfet de police jusqu’au 11 février 1871, il les fit transporter et inhumés au cimetière du Père-Lachaise.

Comme de nombreux établissements parisiens, la morgue témoigne des atteintes de la guerre civile et de l’invasion prussienne. En, effet, pendant le siège, un obus ennemi a perforé le toit du bâtiment, ne produisant dans la salle de séchage que des dégâts matériels. Mais le 24 mai 1871, en début d’après-midi, alors que deux cents cadavres de communards étaient allongés dans la salle d’exposition, un obus, lancé des hauteurs du Père-Lachaise, traversa à nouveau la toiture et éclata sur les cadavres, projetant lambeaux de chair et de cervelle contre les murs et le plafond…

La morgue, dont l’entrée est gratuite, aussi bien pour les morts que pour les vivants, a ses habitués, ceux qui viennent pour se distraire, par curiosité, tenaillés par l’envie de sensationnel, d’émotions fortes en regardant tout son soûl les victimes de meurtres restées anonymes. Il arrivait parfois que le gardien-chef, obligé de faire évacuer la salle d’exposition, se voit insulté, menacé du poing.

J’achèverai ce funeste tableau par l’anecdote de la « bague fatale »: une alliance, transmise par succession de famille, revint à plusieurs reprises à la morgue, aux doigts des infortunées héritières qui avaient hérité. Une légende disait que quiconque la portait mourait d’une manière funeste et prématurée.

 

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2 commentaires sur « Dossier n° 17: Histoire de la morgue, second volet: abus et profanations. »

  1. OH mais quelles horreurs suprêmes!!! Maintenant, aux USA il y a une dizaine d’année, gros scandale dans un funerarium renommé de New York je crois : on remplaçait les bras et jambes des cadavres par du carton, des tubes etc… et on vendait les os!

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