Publié dans Passion polar français

Passion polar français: Les naufragés du navire de pierre, Laurent Fréour.

Un navire fait de pierre, définitivement ancré à quai, sur lequel Raphaël, que la vie n’a pas épargné, a élu domicile et d’où il observe tout ce qui se passe sur ce petit morceau de terre, perdu entre ciel et mer…

L’auteur:

téléchargement (1)Laurent Fréour est né à Nantes en 1960. Il est marié et père de quatre enfants. En 2014, il obtient un diplôme de Master 1 RH Essec à Paris. Après avoir exercé des métiers aussi divers que ouvrier agricole, technicien offset, conducteur des travaux, responsable commercial, manager de centres d’appels et directeur des Ressources Humaines et beaucoup voyagé, il revient s’installer à Nantes. Ses voyages, les rencontres au fil du temps et ses expériences professionnelles nourrissent son inspiration. En 1980, il publie La Ninamour, un recueil de poésies. Mais c’est en 2017 qu’il commence à écrire avec la parution de son premier roman L’orange sanguine aux Incartades Editions.

Le roman:

Les naufragés du navire de pierre a été publié par les Incartade(s) Editions, dans la collection « Policier », en 2018. Le style, émaillé de nombreux dialogues, alerte et sobre, alterne des passages classiques avec des passages d’une écriture plus hachurée: « Il frissonna. Le soleil avait laissé place aux nuages. Quelques gouttes tombèrent. Le temps d’enfiler son pull et l’averse arriva. » (Page 19)… »Plus personne. Rien. Sa vie était vide d’amitié et d’amour. Il ne perdrait pas cet ami-là. Il pressentait qu’il avait besoin de lui. Et lui d’Arthur. » (Page 28)téléchargement.png

Les chapitres alternent le point de vue de Raphaël qui assiste aux événements et celui de l’enquête menée par le capitaine de police Jean-Pierre Vidal ou les lettres de Mai-Lan, créant une dynamique alternative.

Construction du récit: les premiers chapitres posent le décor. Puis, l’histoire se déroule au rythme du présent tissé des souvenirs de Raphaël d’un passé plus ou moins lointain: « En début d’après-midi, il se recroquevilla sur son navire de pierre. La petite boîte en fer d’Arthur serrée contre lui, il s’endormit. Doux souvenirs d’enfant. Il faisait la sieste sur la plage de Pointe-Noire. Puis Malabar aboya. » (Page 34) ainsi que de ceux de Jean-Pierre Vidal, ce qui donne un rythme un peu décalé à l’histoire, comme bercée entre passé et présent, le passé s’immisçant dans le quotidien des personnages.

L’intrigue:

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Granit

La disparition inexpliquée d’Arthur, un jeune SDF avec lequel Raphaël s’est lié d’amitié, le trouble, d’autant que le jeune homme n’a pas emmené avec lui son chien dont il ne se sépare pratiquement jamais. Sur ces entrefaites, Jean Rosier, employé municipal, découvre un noyé coincé entre deux bateaux. Paniqué, il appelle les pompiers en empruntant le téléphone portable d’un cycliste qui se trouvait, ô hasard, sur les lieux.

Qui est le cadavre? Qui est ce curieux cycliste? Que faisait-il au bord du quai en plein après-midi? La découverte d’un second cadavre, sous la cascade du jardin japonais, alors que le premier reste toujours non identifié, ne fait que compliquer l’affaire: de nombreuses pistes, de nombreux suspects, de nombreux scénarii possibles. Il va falloir beaucoup de ténacité, d’investigations et de patience au capitaine Vidal pour résoudre cette enquête bien compliquée.

Les personnages:

Des personnages principaux bien campés, meurtris par la vie, pétris de faiblesses, d’émotions qu’ils ne gèrent pas toujours au mieux.

  • Raphaël: ancien conducteur offset âgé de 55 ans, devenu partiellement amnésique suite à un accident; passe ses journées assis sur un bloc de granit, au bord du quai, à Nantes; a vécu une partie de son enfance au Congo; surnommé « chauffe-caillou ».
  • Jean Rosier: employé municipal, des espaces verts.
  • Delion: patron d’une boîte d’interim; visage osseux aux petits yeux enfoncés profondément dans leurs orbites et aux lèvres minces.
  • Arthur: jeune SDF de 22 ans, ami de Raphaël; toujours soigné, attire l’attention des gens avec ses longs cheveux noirs ses traits fins et ses yeux en amande; mauvais caractère mais pas bagarreur; sans famille, vit replié, ne communique qu’avec Raphaël.
  • Michel Jacob: ami de Raphaël, technicien chez Orange, un faux air de Joachim Phénix; personnage haut en couleur avec ses répliques issues de Michel Audiard; connaît parfaitement le quai où il promène son chien.
  • Jean-Pierre Vidal: capitaine de police chargé de l’enquête; grand, blond, visage émacié; 47 ans, marié, deux enfants; a travaillé à la PJ de saint-Denis de La Réunion; officier référent dans les écoutes téléphoniques.
  • Marie-Pascale Turpin: lieutenant de police; femme énergique, gentille, toujours degrue.jpg bonne humeur, célibataire d’allure garçonne; peintre amateur passionnée par les grues, seul objet qu’elle peint.
  • Maximilien Bouvin: commissaire, chef de J.P Vidal; chauve, dépourvu de sourcils, yeux au regard perçant; homme corpulent, grincheux; a fait toute sa carrière à Rennes et Nantes.
  • Lou-Bé Robi: journaliste; grand, brun, athlétique, sûr de lui.
  • Serge: patron du café du Canal.
  • Pierre Guihard: grand-père d’Arthur; ancien marin, très grand et fort; visage rouge, barbe blanche hirsute, parfaire caricature du marin de BD.
  • Maï-Lan Guihard: mère d’Arthur; 44 ans.
  • Bernard Bouvier: cycliste curieux.

Les lieux:

Les deux lieux principaux du roman sont la ville de Nantes à laquelle l’auteur fait de nombreuses allusions insérées dans le déroulement de l’intrigue. Ainsi, Raphaël reconnaît certains SDF « à l’extrémité du cours des 50-Otage », « assis au pied du monument aux morts. »

Alors que Jean-Pierre Vidal aperçoit de la fenêtre de son bureau « l’embarcadère des Bateaux Nantais (…)Entièrement vitrés, ils étaient spécialisés dans les promenades touristiques sur l’Erdre. L’île de Versailles était toute proche. » (Page 38) et qu’on le suit lorsque qu’il ressent le besoin de marcher et qu’il remonte « à pied la rue Kervégan, cette vieille artère nantaise pavée de blocs de granit et bordée d’immeubles cossus construits au XVIIIe siècle. Sur deux cents mètres environ, on remontait le temps et l’histoire négrière de la ville. » (Page 356)

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Nantes bords de l’Erdre

Autre lieu incontournable de l’histoire est le « banc en granit gris. Un gros caillou. Sur le quai, il n’y en avait qu’un comme ça. Une sorte de linteau très épais posé sur le sol(…)La pierre granuleuse, incrustée de quartz et de mica, étincelait au soleil. » sue lequel Raphaël passe ses journées.

En conclusion:

Le +: j’ai apprécié les scènes d’action bien construites, l’intrigue cohérente, les passages chargés d’émotion, notamment la scène où Jean-Pierre Vidal emmène Raphaël sur sa moto rendre visite au grand-père d’Arthur, bien que l’amitié entre les deux hommes soit peu probable. La vie quotidienne des personnages principaux les humanise, les rend plus accessible au lecteur. J’avoue que le happy-end me laisse dubitative, sans doute un peu trop « cliché cinéma ». Cela dit, j’ai éprouvé beaucoup de plaisir à suivre l’enquête et l’histoire de personnages meurtris, bousculés par l’existence mais qui tentent de refaire surface. Belle leçon de courage et de foi en la vie.

Citations:naufrage

« Il avait enfin compris qu’en donnant un peu aux autres, il se donnait beaucoup à lui-même. De l’espoir, de la considération, du courage, moins de peur pour continuer. » (Page 12).

« J.-P. V. était heureux de ce qu’il avait construit. Mais au fond de lui, sans savoir le définir clairement, il sentait qu’il lui restait à accomplir la plus difficile des réalisations: lui-même. La famille retrouvée et le bonheur qu’il ressentait aujourd’hui ne lui suffisaient pas complètement. Pourquoi fallait-il que l’homme soit éternellement insatisfait? » (Page 112)

« Allongé sur le dos, il regardait le plafond. Sans force. Durant de longues heures, cette nuit, il avait en vain cherché le sommeil. Il était rare qu’il dorme aussi peu. Quand on reste éveillé longtemps la nuit, on cogite et tout devient interrogation, problème. Plus on y pense et plus les idées s’obscurcissent. Même les choses les plus simples se transforment en difficultés insurmontables. » (Page 337)

 

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