Publié dans Passion polar historique

Passion roman historique: Le matin d’Eylau, Jacques Sudre.

Dans ce premier roman, Jacques Sudre nous propose une enquête policière enchâssée dans une intrigue d’envergure internationale sur fond de guerre contre la Prusse et de complots royalistes. Magistral!!

L’auteur:

jacques sudreJacques Sudre, originaire de Savoie où il est né il y a 57 ans, a étudié les sciences politiques, l’ économie et l’ histoire, études qui ont conforté sa passion pour l’histoire et l’écriture. Par manque de temps, sa carrière d’écrivain est longtemps restée à l’état de projet. C’est ainsi que Le matin d’Eylau n’a vu le jour qu’en 2015, à la date de l’anniversaire de son épouse. Ayant obtenu les faveurs du public, l’aventure continue avec L’or de Malte. L’intention de Jacques Sudre, en écrivant des romans historiques, est de rendre accessibles aux lecteurs d’aujourd’hui ces pans de l’histoire avec un grand « h » mêlée à la petite histoire, cette période de quinze années au cours de laquelle la France et l’Europe modernes sont nées; de montrer que, finalement, les préoccupations et les soucis rencontrés par nos ancêtres ne diffèrent pas tant que cela des nôtres.

Le roman:

Le matin d’Eylau est paru aux éditions L’Harmattan, dans la collection « Romanstéléchargement historiques, série XIXE siècle »en 2017. Il a fait l’objet d’une seconde édition en 2018. La langue de Jacques Sudre est savoureuse, délicate et parfois sensuelle, utilisant un vocabulaire choisi, comme en atteste le premier paragraphe du roman: « La foule ondulait lentement sous la lumière d’un doux soleil d’automne parisien. Cent, deux cents personnes, peut-être, se pressaient devant l’entrée du Salon. Cet agglomérat était d’ailleurs plaisant à l’œil du spectateur. Les pelisses légères et fourrées des dames offraient des variations de gris qui partaient de l’ambré et s’étiraient jusqu’au perle rosé, çà et là relevés par de plus froids verts d’eau. dans ce nuage de pastels sourds et nuancés, quelques uniformes apportaient un heureux contre-point. Dans ce camaïeu précieux, le vert impérial d’une veste de chasseur à cheval côtoyait ainsi le bleu de France d’une kurtka, les ors des lourdes épaulettes ou encore l’argent des dolmans. » (Page 9).

Le fait que le récit soit raconté au présent donne au lecteur accès à l’immédiateté des

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Soldat napoléonien

événements qu’il vit en direct, comme un spectateur privilégié. Impression accentuée par le sens de la description à la fois sobre et précise: « Les trois voyageurs rentrèrent dans l’auberge. La salle était basse, faiblement éclairée par quelques petites fenêtres. Le sol, en terre battue, était jonché de débris de repas, bouteilles, miettes, os… »(Page

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Cuirassiers 

51)… »Sur ces routes monotones faites de plaines sableuses interminables, qu’entrecoupaient des forêts de pins aux profondeurs insondables ou encore des zones de marais qui paraissaient sans fin, les cuirassiers avançaient au pas et, la plupart du temps, les hommes étaient à pied. » (Page 226).

La parfaite connaissance de l’auteur du contexte offre une intrigue policière sur fond d’espionnage et de contexte politique international tendu: les Autrichiens ayant perdu la bataille d’Austerlitz, ils rêvent de revanche et ont des vues précises sur l’Italie.

L’intrigue:

En mission officielle auprès du prince Eugène, beau-fils de Napoléon, le colonel de

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Eugène de Beauharnais

Sallanches doit reformer le nouveau cadastre du royaume milanais auquel l’empereur s’est engagé dans la constitution de 1802. En réalité, on pouvait se demander si la réelle fonction du colonel n’était pas plutôt de conseiller, voire de surveiller le jeune homme.

C’est à Milan qu’il fait la connaissance de Grégoire, homme de main de Fouché, envoyé par ce dernier afin d’identifier les projets du comte d’Antraigues, agent secret au service des Bourbons, plus que jamais désireux de récupérer leur trône. Sur les conseils d’Eugène, les deux hommes décident d’unir leurs efforts et de suivre sa piste à Stresa, petite ville située plus au nord.

Mais une fois arrivés sur place, ils trouvent la ville en émoi par la découverte de cinq cadavres non identifiés dans le jardin de la villa de la comtesse Borromée, située sur Isola Bella, tandis que Pietro Longhi, l’administrateur de l’île, est porté disparu, ainsi que sa barque. Qui a tué ces hommes, comment et pourquoi?

Tandis que Sallanches et Grégoire entament une délicate enquête et déterminent l’identité autrichienne des cinq cadavres, la déclaration de guerre contre la Prusse complique singulièrement la situation. Ce qui ressemblait à un crime crapuleux s’apparente à une affaire d’espionnage qui pourraient avoir des répercutions désastreuses pour l’Empire. Le vice-roi confie l’enquête à Sallanches et Grégoire.
De rebondissements en trahisons, de courses poursuites en complots, les deux amis parviendront-ils à retrouver l’arme secrète avant qu’elle ne soit livrée aux Autrichiens ou aux Anglais par le comte d’Antraigues? Dans cet imbroglio, qui sont les traîtres et qui sont les fidèles serviteurs de l’empereur?

Le contexte:

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Milan: porta Sempione

L’Italie de 1806 se laisse gagner peu à peu par les idées révolutionnaires qui ont mené la royauté française à sa perte, avec le profond désir d’émanciper le peuple italien de tout joug étranger, touchant aussi bien les étudiants, l’armée, la bourgeoisie que quelques aristocrates éclairés.

De leur côté les Autrichiens et les Russes, en la personne de l’empereur François Ier d’Autriche et du tsar Alexandre Ier, vaincus à la bataille d’Austerlitz le 2 décembre 1805, rêvent de revanche, notamment en annexant le royaume d’Italie au profit des Autrichiens. Les Anglais, certes invaincus puisqu’ils n’ont pas participé à la bataille, désormais isolés, cherchent à se racheter.

Tandis qu’en France, le parti royaliste oeuvre en sous-main pour le retour des Bourbons, créant une ambiance de suspicion et de délation, raison pour laquelle Napoléon veut arrêter d’Antraigues, soupçonné d’être à la botte des royalistes et des Anglais, unis dans la même volonté de détrôner celui qu’ils appellent l’usurpateur: comme Fouché, ministre fidèle à Napoléon est « à couteaux tirés avec Talleyrand, le fait que le principal collaborateur de notre ministre des relations extérieures soit un agent royaliste contribuerait à la disgrâce de Talleyrand et au triomphe du ministre de la police (Fouché). » (Page 55)

Difficultés de l’enquête: dues aux intrigues de cour, politiques et diplomatiques rendant les investigations de Sallanches et Grégoire délicates à mener: « …imaginez mon ami, la sœur d’une lectrice de l’impératrice, une personne pour qui l’Empereur manifeste, comment dirais-je, une attention affectueuse, est en relation avec le principal agent secret du prétendant Bourbon. Si les royalistes et Louis XVIII ont ainsi un accès direct à l’Empereur nous pouvons craindre le pire. » (Page 73)

Les lieux:

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îles Borromée

Les descriptions des principaux lieux où se déroule l’histoire bénéficient d’un soin tout aussi particulier que les portraits des personnages, qu’ils soient historiques ou fictifs, et que la mise en scène, toujours activement ancrées dans l’action. Nous visitons ainsi l’Italie du début du XIXe siècle, notamment la petite ville de Stresa « entièrement ouverte sur le lac avec une grève en pente douce où venaient mourir les vaguelettes soulevées par un vent venant de l’est. La rue principale que parcouraient le deux cavaliers et la berline était bordée de jolies façades. Quelques beaux hôtels particuliers du siècle dernier étalaient leur parc aux yeux des passants. »(Page 29).

Les îles Borromée: « Les îles se détachaient nettement du fond offert par la côte est du lac. En arrière-plan, trônait le monte Rosso et plus loin encore la Cima Pedum dont les sommets étaient encore maculés de neige. La majesté sereine du lieu laissait une profonde impression sur les deux voyageurs français… » (Page 33).

boats-2890426__340Isola Bella: « L’embarcation approchait maintenant d’Isola Bella. La petite île était longue de 500 mètres environ et large de 300. Ce qui n’était à l’origine qu’un rocher s’était transformé parla folie d’une dynastie de princes baroques en un ensemble palatial imposant sur l’est de l’île. Il se prolongeait à l’ouest par des jardins où les orangers, les myrtes se mélangeaient aux essences rares en s’étageant sur plusieurs terrasses (…)L’ensemble donnait l’impression fabuleuse d’un gigantesque navire de pierre flottant sur les eaux du lac. » (Page 35).

Quelle plus agréable façon de transporter le lecteur dans un autre espace-temps?

En conclusion:

bataille d'eylau
La bataille d’Eylau

 

Le Matin d’Eylau est un roman cultivé, riche de détails historiques et culturels propres à brosser un tableau de l’époque le plus vivant possible: peinture, ameublement, opéra, gastronomie, sciences et techniques sont ainsi minutieusement mis en scène de façon à donner au récit une réelle densité. Un roman qui passionnera les aficionados du genre mais également tous les amateurs de romans d’aventures.

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La bataille d’Eylau: l’empereur avec ses soldats

Les scènes d’action au rythme soutenu, notamment la poursuite dans la nuit, contribuent à rendre le récit palpitant. Car il ne s’agit pas ici d’une simple parade historique dont le seul but est d’étaler les connaissances de l’auteur. Jacques Sudre s’y entend comme personne pour restituer l’atmosphère de l’époque par des anecdotes parfois drôles, toujours intéressantes, concernant des personnages réels, des attitudes, des événements, des détails de la vie quotidienne, tout un canevas finement tissé soutenant une intrigue bien ficelée et passionnante.

Le +: Sallanches et Grégoire faisant régulièrement le point sur l’avancée et les interactions de leur enquête sous forme de conversation, bien agréable façon pour le lecteur de ne pas se perdre dans les méandres de l’histoire napoléonienne.

Le +: la scène du naufrage de la chaloupe racontée selon le point de vue des acteurs et celui des spectateurs sur la plage, donnant ainsi une perspective toute cinématographique intéressante.

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Style Empire

Citations:

« Peu de monde ne se doutait qu’ici se concentraient tant de richesses et de puissance dans les mains de quelques familles. Ce pouvoir, elles l’avaient de toujours; Milan restait une oligarchie. Le voyageur pouvait penser que les fastes de la Renaissance ne survivaient que dans quelques vieilles familles décaties, réfugiées dans leurs sombres palais et ressassant leurs gloires antiques parties depuis longtemps en fumée (…)En fait, il n’en était rien; derrière l’austérité des façades de la Via dei Nobili se cachait la demi-douzaine de familles qui régnaient plus que jamais sur la Lombardie. » (Pages 58-59)

« Il faisait des études tout court. Et sur un cerveau faible comme le sien, le simple fait d’être soumis à des débats d’idées, loin des tuteurs que peuvent être la religion ou la famille, engendre des désordres bien compréhensibles. Il a été soumis à toutes ces influences pernicieuses qui régnaient à Bologne et il est revenu la tête farcie de thèses plus calamiteuses les unes que les autres. Liberté, égalité, unité italienne et j’en passe. » (Page 77).

« Je serais encore un petit avocat au parlement de Dijon, membre d’un ou deux cercles de beaux esprits provinciaux et propriétaire de quelques arpents de vignes dans la région de Chambertin ainsi que d’une bibliothèque de classiques. -Le bonheur, finalement…alors que vous voilà lancé sur les routes d’Europe à la recherche d’un fantomatique espion de Louis XVIII et d’une comtesse milanaise mystérieuse. » (Page 92).

« Sallanches, assis sur un des canapés au côté de sa femme, sa main dans la sienne, regardait et écoutait cette joyeuse assemblée. Un pâle soleil illuminait la pièce, le feu de cheminée crépitait, la tasse de thé était exquise. Ceci ressemblait au bonheur. » (Page 190).

« Il était militaire. Il était décidé à rejoindre l’armée dans la soirée. Mais quel sens donner à sa mission lorsque l’on avait entendu de telles horreurs? Sauver la France, protéger les siens, oui bien sûr cela avait une signification, mais comment pouvait-on la sauver ou les protéger en Pologne? Pourquoi mourir en assiégeant Dantzig? Pourquoi faire mourir en prenant Lubeck? Sallanches ne trouvait pas de réponses à ses questions. Il avançait. Difficilement. « (Pages 235-236)

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