Publié dans adultère, éditions JC Lattès, Moyen-Age, Passion polar historique, soif de pouvoir

Passion roman historique: Par deux fois tu mourras, Eric Fouassier.

Premier tome d’une fresque historique consacrée aux rois mérovingiens, période sombre de notre histoire racontée avec brio. Captivant !!

L’auteur:

éric fouassierEric Fouassier, romancier et nouvelliste français, est l’auteur d’une série de romans historiques, notamment la série consacrée au chevalier Bayard, et de romans policiers dont Morts thématiques publié en 2009 et récompensé par le prix Plume de Glace au festival du roman policier de Serres-Chevalier en 2011. Il est également l’auteur, sous le pseudonyme Yves Magne de romans de littérature générale.

Le roman:

Par deux fois tu mourras a été publié par les éditions Jean-Claude Lattès au début de téléchargement.pngl’année 2019. Eric Fouassier écrit dans un style fluide très agréable à lire. L’écriture est soignée, le vocabulaire riche et varié, les phrases bien tournées: « Dans la pénombre luisait doucement l’or des luminaires, des ciboires et de la superbe châsse placée dans le chœur de l’église. De l’encens s’échappait de hauts brûle-parfums et diffusait dans tout l’édifice une brume légèrement suffocante qui faisait tourner les têtes. Par les étroites fenêtres vitrées de la nef se glissaient les premières les toutes premières lueurs de l’aube. » (Page 152).

Les pages se tournent sans que l’on s’en rende compte, attestant d’une grande maîtrise: « En cette mi-juillet, le temps se maintenait au beau et facilitait leur déplacement. Le soleil criblait de lumière les hautes futaies que la reverdie avait gonflées de sève. Une douce brise froissait les feuilles en un continuel bruissement de parchemin et apportait fraîcheur et réconfort aux marcheurs. » (Page 394).

L’intrigue:

569. Galswinthe, seconde épouse du roi de Neustrie Chilpéric Ier depuis quelques mois, rapidement délaissée par son mari, dépérit dans ses appartements du palais de Rouen, siège de la cour neustrienne. A peine Athanagild, père de la reine, est-il enterré que Chilpéric renie sa parole et fait revenir au palais la servante Frédégonde avec laquelle il entretient une liaison depuis quelques années. Cette dernière, enceinte, triomphe. Galswinthe a essayé en vain de reprendre sa liberté lorsqu’une nuit un mystérieux inconnu l’étrangle dans son lit.

téléchargement (1)Quatre ans plus tard. Dans les décombres d’une porcherie emportée par les flots de la Seine à cause des inondations, des restes humains portant un collier fait d’une douzaine de griffes d’ours est mis au jour. Wintrude, qui assiste à la scène, reconnaît le collier de son frère Arrbald, mystérieusement disparu quatre ans plus tôt. Qui a assassiné le jeune homme et pourquoi? Qui est le commanditaire du meurtre de la jeune reine? Les deux événements ont-ils un lien? Questions auxquelles la jeune Wintrude cherche également des réponses, désireuse de comprendre pourquoi son frère est mort. Elle découvre alors que Holgunn, ami d’Arrbald, a disparu un mois plus tôt. Aurait-il lui aussi été assassiné? Que savait-il exactement?

Brunehilde, qui veut savoir qui a tué commandité le meurtre de sa sœur et pourquoi, charge le jeune clerc Arsenius de mener une discrète enquête. Le jeune homme, peu enthousiaste, accompagne donc Gontran-Boson jusqu’à Rouen, en Neustrie où la situation est tendue: Chilpéric fomente une nouvelle attaque contre son frère Sigebert dont il veut se venger.

Dans ce contexte explosif, Arsenius, qui ne peut compter que sur lui et doit se méfier de tous, réussira-t-il à mener son enquête à terme et à s’en sortir sain et sauf?

Les personnages:

Personnages historiques et personnages fictifs se mêlent dans une harmonie qui nous fait oublier qu’il s’agit d’une fiction.

  • Galswinthe: princesse wisigothe, reine et épouse délaissée de Chilpéric Ier; sœur aînée de Brunehaut.

    brunehaut
    Brunehilde
  • Brunehilde: princesse wisigothe sœur de Galswinthe, épouse de Sigebert, frère de Chilpéric Ier; émane d’elle une autorité naturelle.
  • Chilpéric Ier: fils de Clotaire Ier, roi de Neustrie, époux de
    chilpéric
    Chilpéric 1er

    Galswinthe puis de Frédégonde; solide gaillard brouillon et charmeur mais également ambitieux et calculateur.

  • Wintrude: princesse thuringienne devenue esclave du comte Rauchingue après un raid qui a décimé sa famille, treize ans plus tôt; tempérament altier et impulsif.
  • Arrbald: frère aîné de Wintrude, comme elle devenu esclave. 
  • Rauchingue: comte de Soissons réputé cruel envers ses esclaves.
  • Ambrios: intendant de Rauchingue.
  • Gogon: ambassadeur de Sigebert à la cour wisigothe.
  • Arsenius Pontus: filleul de Grégoire, évêque de Tours; jeune clerc gaulois fin lettré, orphelin appartenant à une famille de la vieille aristocratie arverne; missionné par Brunehilde qui veut savoir qui a tué sa sœur.
  • Frédégonde: concubine puis épouse de Chilpéric Ier; née dans une famille de serfs,
    frédégonde
    Frédégonde

     

    elle a été suivante de la reine Audevère, première épouse de Chilpéric: belle et ambitieuse, exerce une puissante influence sur son mari.

  • Gontran-Boson: émissaire du roi Sigebert.
  • Sigebert: fils de Clotaire Ier, roi d’Austrasie, époux de Brunehilde.

    sigebert ier
    Sigebert
  • Germain: évêque de Paris.

Les lieux:

La reconstitution historique d’une telle période présente la difficulté majeure que peu d’archives nous sont parvenues. Dès lors, la description des lieux devient un véritable défi largement relevé par Eric Fouassier qui a su faire revivre, grâce à un vocabulaire précis et tout à la fois imagé, des palais et des villes depuis longtemps tombés dans l’oubli.

Le palais de Chilpéric à Rouen, qui se veut un véritable instrument de pouvoir, souffre d’un état d’abandon: »Le vieux palais de pierre érigé au temps de la splendeur impériale n’était pas épargné. Parcouru par les courants d’air, il y régnait un froid poisseux que les tentures et les peaux de bêtes échouaient à repousser. Les murs, sans guère d’ornements, suintaient. L’haleine mouillée du brouillard se faufilait jusqu’aux appartements royaux. » (Page 17)…

…identique à celui de la capitale neustrienne: « La plupart des bâtiments hérités du Bas

palais archiépiscopal de rouen
Palais archiépiscopal

Empire paraissaient en fort mauvais état. Certains, comme les termes, n’étaient plus en activité et demeuraient en toutes saisons ouverts aux quatre vents. D’autres, à commencer par le grand amphithéâtre construit sous le règne de l’empereur Commode, se dressaient dans les faubourgs qui avaient été abandonnés lors de la construction du nouveau rempart de la cité. Pour partie démantelés, ils servaient de carrières de pierre ou d’étables improvisées pour le bétail. En définitive, seuls le palais et l’ancien forum, proches de la cathédrale, semblaient avoir conservé leur superbe de jadis. Encore fallait-il n’y point regarder de trop près. » (Page 120).

Contraste aigu avec le palais de Sigebert à Metz: « De tous les bâtiments édifiés en Gaule

téléchargement (2)
Metz médiévale

du temps de la splendeur impériale, c’était sans nul doute celui qui avait bénéficié des plus grands soins. Le roi Sigebert et son épouse, Brunehilde, avaient tenu à faire de cet édifice un lieu d’accueil et de concorde, mais aussi le symbole de la puissance et de la grandeur austrasiennes. Les jardins étaient bien entretenus. Colonnades élégantes et portiques à la romaine agrémentaient les cours intérieures. Les murs s’ornaient de tentures, les sols de tapis byzantins. Le soir et par temps couvert, de nombreux lustres garnis de lampes à huile éclairaient les salles avec magnificence. » (Page 49).

En conclusion:

Les nombreuses précisions historiques insérées dans le récit aident à comprendre le contexte religieux et politique, notamment les conflits et les alliances entre les descendants de Clovis et les autres peuples tels que Burgondes, Wisigoths, Byzantins, ainsi qu’entre les princes eux-mêmes, rappelant combien le partage, effectué selon les coutumes franques, avait engendré une situation complexe et explosive: »Il se revit en pensée, douze ans plus tôt, au moment du décès de son propre père, le roi Clotaire. Face à ses trois demi-frères issus d’un premier lit, ses chances de survie semblaient alors bien minces. Pour vaincre la fatalité, il n’avait pas hésité à les prendre de vitesse et à s’emparer de force du trésor du défunt. » Ses frères, refusant de verser le sang royal, lui avaient pardonné mais Chilpéric n’était pas dupe: ils lui avaient laissé la portion congrue de l’immense territoire administré par leur père, à savoir « le médiocre royaume de Soissons…un domaine sans grandes ressources, sans perspectives de conquêtes et placé sous le contrôle direct des trois autres royaumes francs. Autant dire une proie facile à engloutir pour le premier qui se déciderait à en finir une fois pour toutes avec le petit dernier de la famille. » (Page 75).

knight-1421359__340En quelques mots, le lecteur saisit la situation: « Trois rois, trois royaumes, probablement deux de trop. -Parfaitement résumé et si cruellement vrai! » (Page 156).

Le +: la puissance d’évocation, le sens de la description: « Ce n’étaient que tissus bariolés, bracelets de cuivre, ceinturons et baudriers cloutés, fourreaux de métal ouvragés, cuirasses aux motifs repoussés ou broignes rutilantes. Les rayons du soleil se diffractaient sur toutes ces surfaces polies, ricochaient, allaient, venaient, contraignaient à plisser les paupières pour ne rien perdre du spectacle. » (Page 403), les scènes d’action bien construites, le suspense entretenu aux moments clés de l’histoire => Toutes ces qualités qui font d’un roman historique un moment de lecture d’exception qui ravira autant les amateurs d’Histoire que ceux d’aventures bien troussées.

Citations:

meurtre de galswinthe
Assassinat de Galswinthe

« Souvent, le soir, quand la solitude lui pesait trop, elle l’imaginait de retour parmi les siens. Il se faisait reconnaître de la horde sauvage jadis commandée par leur père. Il s’imposait comme le chef légitime de ces farouches guerriers et ceignait la couronne de fer qui symbolisait leur résistance à l’envahisseur. » (Page 37).

« Arsenius fut frappé par l’expression de son visage tandis qu’elle prononçait ces derniers mots. A la fois dure et douloureuse. Il lui sembla tout à coup faire face à la Nemesis des anciens Grecs, cette personnification, de la justice céleste, la déesse implacable de la vengeance. » (Page 59).

« Crois-moi, reprit le duc, le royaume des Francs s’apprête à vivre des heures sombres. Bientôt, chacun devra choisir son camp et les mal avisés ne vivront pas assez longtemps pour nourrir des regrets. » (Page 101)

« Ainsi, c’était donc cela qu’on appelait « régner »! cela passait par le mensonge, la duplicité et le reniement de la parole donnée. » (Page 374).

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2 commentaires sur « Passion roman historique: Par deux fois tu mourras, Eric Fouassier. »

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