Publié dans cadavre, corruption, enquête criminelle, Italie, Passion polar, peur

Passion polar: La pension de la Via Saffi, Valerio Varesi.

Dans une ambiance ouatée par le brouillard,dans une ville aux contours incertains, Soneri mène une enquête aux implications personnelles qui le mèneront sur des chemins faits de désillusions et d’amertume…

L’auteur:

téléchargement (3)Valerio Varesi, né en 1959 à Turin, est un écrivain et journaliste italien, auteur de douze romans policiers racontant les enquêtes du commissaire Soneri dont seulement trois sont traduits en français. Il a étudié la philosophie à l’université de Bologne.

Le roman:

La pension de la via Saffi, L’Affitacamere en version originale parue en 2004, traduit par Florence Rigollet, a été publié en 2017 par Agullo Editions dans la collection « Agullo Noir ». Le ton du roman est légèrement nostalgique, un tantinet désabusé, l’histoire flottant entre le monde d’avant, celui de la jeunesse, et le monde moderne.téléchargement.png
La pension de la via Saffi est d’ailleurs construit selon cet axe: d’un côté de le regard désenchanté de Soneri sur la Parme et l’Italie d’aujourd’hui; deux visions, deux mondes opposés: « C’est devenu la patrie des bureaucrates, des escrocs et des financiers qui remuent du fric et des dettes en les faisant monter comme des blancs en neige. Cornetti savait travailler, l’autre avait fait des études. Cornetti construisait des maisons pour les gens, l’autre pour gagner du fric. » (Page 183)

La construction de l’enquête est assez inaccoutumée, pas tant dans la façon de la mener ( quoique…) mais dans le fait qu’elle s’arrête au moment où le commissaire identifie le coupable. Début: découverte du cadavre…Fin: identification du coupable (pas l’interrogatoire et la mise en examen habituels). Entre les deux, se déploient les méandres des investigations du commissaires mêlées à son passé personnel et à l’histoire politique de Vecchia Parma.

L’intrigue:

Quelques jours avant Noël. Fernanda se rend à la Questure (commissariat) pour signaler la disparition de sa voisine, Ghitta Tagliavini, propriétaire de la pension portant le même nom. Finalement, elle est retrouvée morte dans sa cuisine, le corps déjà froid et raidi, ne portant aucune trace de sang. Pourtant, Soneri est persuadé qu’il s’agit d’un meurtre.
Commence alors pour lui une curieuse enquête qui va le mener dans un lieu qu’il a fréquenté lorsqu’il était étudiant, éclairant une partie de sa jeunesse sous un jour beaucoup moins agréable que dans ses souvenirs.

christmas-tree-1081981__340La disparition de la vieille Fernanda a-t-elle un lien avec le meurtre de son amie Ghitta? Savait-elle ou aurait-elle vu quelque chose qui menace sa sécurité? Car selon certains témoins, la propriétaire de la pension, ces derniers mois, se sentait menacée. L’ambiance de son établissement n’était plus la même depuis qu’elle avait remplacé les étudiants par une clientèle de couples clandestins bien plus lucrative.

De nombreuses question émergent au fur et à mesure que Soneri fouille dans le passé de la vieille dame. Sa disparition brutale a-t-elle un rapport avec son activité de guérisseuse? De faiseuse d’anges pour des femmes mariées issues d’un milieu aisé? Avec le meurtre d’un jeune gauchiste vieux de 28 ans mais jamais élucidé? Avec l’organisation occulte orchestrée par Ghitta où il est question de beaucoup d’argent, de secrets honteux, de chantage, de haine larvée…Tout un monde que le commissaire ne soupçonnait pas et qui va remettre en question certaines de ses certitudes…

Les personnages:

  • Commissaire Soneri: veuf; a travaillé quinze ans à la PJ de Milan avant d’être transféré à Parme, sa ville natale; ne sais pas travailler en équipe, ce qui lui vaut certains désagréments avec sa hiérarchie.
  • Ghitta Tagliavini: propriétaire de la pension de la via Saffi.
  • Juvara: lieutenant sous les ordres de Soneri, spécialiste des recherches sur internet.
  • Frère Fiorenzo: moine franciscain.
  • Pitti: messager de Ghitta, élégance d’un dandy, un peu surannée.
  • Chiastra: vieux montagnard, ancien amant de Ghitta.
  • Elvira Cadoppi: unique pensionnaire de Ghitta; femme cynique et froide.
  • Selvatici: avocat spécialisé dans les procès politiques.
  • Bettati: barbier installé dans l’ancien quartier du commissaire; les yeux et les oreilles de la rue.

Les lieux:

parme 1
Parme

La pension Tagliavini, pension à l’ancienne, comme si le temps était resté figé: « rien n’avait changé depuis le temps où, dans ce hall, il arrachait une dernière ration d’intimité lors de ses rencontres avec Ada. Surtout, il retrouvait l’odeur légèrement moisie des murs toujours à l’ombre et le souffle des caves sous la terre qui transpire. » (Page 17).

Ambiance: 

Tout le récit se déroule dans une ambiance particulière due en partie au brouillard et au manque de luminosité, compliquant les investigations du commissaire: « Il la vit nier dans la pénombre en hochant la tête; on pouvait facilement se méprendre sur le sens de chacun de ses gestes. Ils n’étaient que deux voix et deux silhouettes imprécises (…) La ville dans le brouillard, surtout. La ville sans aucun dimension certaine, au cœur sinué de ruelles, là où un voile d’eau déforme les distances comme un verre mal poli et les transforme en perspectives trompeuses. Là où les pas qui résonnent semblent attirés par un gouffre tout proche où le chemin s’enfonce. » (Page 43).

brouillardLe brouillard crée une atmosphère de films noirs: « Le clocher du duomo et les flèches du baptistère donnaient l’impression d’être amputés. De temps à autre, une voiture annoncée par le bruit de son moteur ou quelques bicyclettes silencieuses qui couraient vers le centre ville en roue libre surgissaient de la grisaille. » (Page 60).

En conclusion:

Par bien des aspects, La pension de la via Saffi est un polar rendu intimiste par les nombreux passages d’introspection du commissaire: « L’assassinat de Ghitta, au contraire, l’obligeait à affronter ce qu’il avait enfoui en lui et il était troublé par les souvenirs qui remontaient à la surface car il craignait d’en vérifier l’inconsistance. » (Page 60)

Le +: le jeu de cache-cache dans les rues sombres emplies de brouillard à la poursuite d’un homme pressé non identifié dans une ambiance de film noir des années quarante…

Le +: l’enquête policière parallèle à l’enquête personnelle de Saveri. Toutes ses certitudes concernant sa jeunesse et sa sa femme s’envolent au fur et à mesure de son avance et se désagrègent dans le brouillard.

Citations:

« Dans le fond, il avait toujours aimé observer la ville les nuits d’hiver, quand tout s’éteint et qu’elle s’endort. Si quelqu’un passait par là, ce serait pour une bonne raison. Et lui se plairait à la deviner, à l’imaginer. » (Page 31).

« Les puissants, ils respectent que les puissants. Les autres, ils s’en servent. Et quand ils en ont plus besoin ou qu’ils deviennent gênants… » (Page 81).

« Nous laissons le néant derrière nous: les idées, la politique, les souvenirs, les amours…Tout disparaît. Un vrai brouillard. Comme celui qui nous tombe dessus pendant des mois. » (Pages 313-314).

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2 commentaires sur « Passion polar: La pension de la Via Saffi, Valerio Varesi. »

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