Publié dans disparition d'enfants, enlèvement d'enfants, Italie, Passion thriller, profiler, secrets de famille, serial killer

Passion thriller: Le Chuchoteur, Donato Carrisi.

Un thriller psychologique terrifiant qui nous plonge dans les abîmes les plus sombres de l’âme humaine, nous poussant à nous demander quelles sont les frontières entre le bien et le mal et dans quelles circonstances nous serions capables de les franchir.

L’auteur:

donato carrisiDonato Carrisi est un journaliste, dramaturge, scénariste et romancier italien, auteur de romans policiers. Il est né à Martina Franca, une petite ville de la région de Tarente, dans les Pouilles. Il vit aujourd’hui à Rome. Juriste de formation, spécialisé en criminologie et science du comportement, il est l’auteur d’une thèse sur Luigi Chiatti, tueur en série surnommé « le monstre de Foligno », responsable des meurtres de deux petits garçons en 1992 et 1993. Il s’est inspiré de son mode opératoire pour l’intrigue du Chuchoteur.

En 1999, il abandonne sa carrière de juriste pour se consacrer à l’écriture de scénarii. Il collabore régulièrement au quotidien milanais Corriere della sera. En 2017, il réalise son premier film intitulé « La fille dans le brouillard » adaptation de l’un de ses romans.

Le roman:

Le Chuchoteur, Il Suggeritore dans la version originale parue en 2009, a été publié en téléchargementfrançais en 2011 par les éditions Calmann-Lévy. Vendu à plus de 200 000 exemplaires en Italie, il est traduit en douze langues et a remporté quatre prix littéraires, dont le prix SNCF du polar et le prix des lecteurs Livre de Poche en 2011. Il est le premier d’une trilogie consacrée à l’enquêtrice Mila Vasquez. Le style de Donato Carrisi est fluide, parfois percutant, instillant le malaise puis l’angoisse à coups de phrases d’abord anodines, puis plus courtes, plus percutantes: « Boris lui avait dit que les clés du motel étaient des passe-partout, depuis que le propriétaire en avait eu assez de les changer, vu que les clients les emportaient quand ils ne payaient pas. Celui qui la suivait le savait-il? Il avait probablement une clé comme la sienne. Elle se dit que, s’il essayait d’entrer, elle pouvait le surprendre de dos. Elle se mit à genoux et glissa sur la moquette tachée, jusqu’à la fenêtre. Elle se colla au mur et leva la main pour l’ouvrir. Le froid avait bloqué les gonds. Elle eut du mal mais réussit quand même à dégager l’un des battants. Elle se remit debout, fit un bond et se retrouva dehors, à nouveau dans l’obscurité. » (Page 86).

Construction: le récit, raconté à la troisième personne, est construit selon un scénario très complexe, qui atteste de la maîtrise des effets de l’auteur, dans lequel tout est pensé, au plus infime détail près: « Mila se pencha par-dessus le portail et vit un jardin bien entretenu, avec une cabane à outils et un tuyau en caoutchouc rouge qui serpentait dans l’herbe jusqu’à un pulvérisateur. Des meubles en plastique et un barbecue à gaz. » (Page 18).  Un jeu de piste à double sens dans lequel les indices pour la police sont dévoilés dans des mises en scène dans lesquelles chaque corps retrouvé mène à un criminel => Le mal en vue du bien…

luigi chiatti
Luigi Chiatti

 

Thème: tueurs en série, disparition d’enfants: « Il y a des parents qui donneraient leur vie pour savoir ce qui s’est passé. Quelle erreur ils ont commise? Quelle distraction a conduit à ce drame du silence? Ce qui est arrivé à leur petit. Qui l’a pris et pourquoi. Il y a ceux qui interrogent Dieu pour savoir de quelle faute ils ont été punis. Ceux qui se tourmentent pendant le reste de leurs jours à la recherche de réponses, ou bien qui se laissent mourir en tentant de répondre aux questions. » (Pages 29-30)

L’intrigue:

foligno
Foligno

Cinq fillettes disparues. Cinq tombes. Toutes de cinquante centimètres sur vingt. Chacune contenant un bras gauche correspondant aux cinq fillettes. La découverte d’un sixième bras gauche d’une victime inconnue relance l’enquête. Mila est envoyée en renfort afin de retrouver la sixième fillette. Quels sont les points communs entre les victimes? Le cas échéant, pourraient-ils mener à l’assassin?

 

L’intrigue, particulièrement retorse, est inspirée des agissements du tueur en série italien Luigi Chiatti arrêté et incarcéré pour le meurtre de deux garçons de 4 et 13 ans en 1992 et 1993. Condamné à trente ans de réclusion, son état psychique fragile lui a fait éviter la perpétuité. Donato Carrisi, spécialiste en criminologie, offre ici un portrait de tueur en série particulièrement vivant et crédible, constituant la valeur ajoutée du récit, s’apparentant presque à un documentaire : « Un tueur en série sévit à des intervalles de temps variables, qu’on ne peut prévoir, avec une compulsion à répéter son comportement qu’il n’est pas en mesure d’arrêter. Pour cette raison, la colère ou la vengeance ne font pas partie de son univers. Il agit pour répéter une certaine motivation. » (Page 237).

L’analyse approfondie des scènes de crime, qui parlent à travers des indices aussi infimes soient-ils, est très importante pour mieux cerner la dynamique des événements, la personnalité du tueur afin d’augmenter les chances de l’arrêter. « Un tueur en série évolue dans un univers de symboles. Il suit un chemin ésotérique, démarré des années plus tôt dans l’intimité de son cœur, et qu’il continue maintenant dans le monde réel. Les fillettes enlevées ne sont qu’un moyen pour atteindre un objectif, un but. » (Page 138)… »Comme tous les criminologues qui travaillaient pour la police, il avait ses méthodes. Avant tout, attribuer des traits au criminel, afin d’humaniser une figure encore abstraite et indéfinie. En effet, devant un ma aussi féroce et gratuit, on tend à oublier que l’auteur, tout comme la victime, est une personne, avec une existence souvent normale, un travail et parfois aussi une famille. Pour appuyer sa thèse, le professeur Gavila faisait remarquer à ses étudiants de l’université que, pratiquement toutes les fois où on arrêtait un criminel en série, ses voisins et ses proches tombaient des nues. » (Page 26).

Le fonctionnement de l’équipe du Département des sciences comportementales de la police fédérale constitue ainsi un rouage irremplaçable de l’enquête proprement dite, menée par le criminologue Goran Gavila qui, bien qu’il ne soit pas policier, est le véritable meneur: « Goran fit un petit geste de la main. Cela suffit pour que tous les membres de l’équipe se rassemblent immédiatement autour de lui. (…) Mila eut la confirmation de l’immense confiance confiance qu’ils faisaient à son instinct. Goran les guidait. C’était très étrange, parce qu’il n’était pas de la police, et les « flics » -du moins ceux qu’elle connaissait- étaient toujours rétifs à faire confiance à un civil. » (Pages 78-79).images

Afin de privilégier la circulation des idées sans médiation, les membres de l’équipe, le temps de l’enquête, vivent en huis clos. « Cette cohabitation forcée générait une certaine correspondance qui servait à alimenter un seul cerveaux en action. » (Page 134).

Les personnages:

Des personnages complexes, aux personnalités contrastées qui s’affrontent dans des duels, notamment la rivalité entre Mila et Sarah, les tensions entre Mila et Boris, les interactions entre différentes équipes donnent au roman une dimension humaine appréciable.

  • Goran Gavila: professeur et criminologue novateur, n’a pas le permis.
  • Agent spécial Stern: agent informatif de l’unité dirigée par Roche; le plus ancien et le plus gradé; son rôle est de rassembler les informations qui pourraient servir à élaborer les profils psychologiques et à tracer d’éventuels parallèles avec d’autres cas; précis, ne change jamais ses habitudes; catholique pratiquant, marié depuis 37 ans, père de deux jumeaux.
  • Roche: inspecteur chef de la brigade d’investigation pour crimes violents depuis huit ans; c’est lui qui a ouvert la brigade aux civils tel que le professeur Gavila dont il suit les intuitions; plus politicien que policier ce qui motive ses choix de carrière; ses subalternes ne lui vouent aucune considération; très bon face à la presse.
  • Agent spécial Sarah Rosa: experte en informatique, s’occupe de la logistique; a suivi une formation spécifique sur la planification des opérations de police; déteste Mila.
  • Agent spécial Klaus Boris: ancien militaire, agent examinateur chargé des interrogatoires, spécialiste de techniques multiples grâce auxquelles il obtient de très bons résultats.
  • Mila Vasquez: entrée dans la police pour rechercher des personnes disparues, mission pour laquelle elle obtient de très bons résultats: 89 cas résolus => Experte reconnue, même à l’étranger. Aime travailler en solo; suite à un événement traumatisant de son enfance, elle est incapable de ressentir de l’empathie.
  • Léonard Vross, surnommé « Chang »: médecin légiste qui doit son surnom à ses yeux en amande.
  • Krepp: expert de la police scientifique; sexagénaire, tatouages, nombreux piercings; le meilleur dans son domaine.
  • Alexander Bermann: agent commercial très bon, estimé de tous dans la ville.
  • Père Rolf: ancien responsable de l’orphelinat.
  • Père Timothy: occupa la maison paroissiale de l’ancien orphelinat, remplace le père Rolf depuis la retraite de ce dernier, six mois plus tôt.

Les lieux:

Les lieux mêmes de l’action sont décrits en détail bien que l’on ne sache pas dans quelle vielle et dans quelle région il se déroule. Anonymat que les faits racontés peuvent se produire n’importe où sur la planète. Rassurant !!

chuchoteur.pngLes endroits sont en corollaire avec l’ambiance sinistre du roman: par exemple, le Bureau dans lequel travaille l’équipe d’enquêteurs, un appartement situé au 4e étage d’un immeuble anonyme proche du centre. Le bâtiment abrite surtout des bureaux secondaires de la police fédérale, pour la plupart administratifs et comptables, ainsi que les archives papier, ce qui constitue une excellent couverture. L’appartement faisait partie des logements sécurisés du programme de Protection des témoins. Bureau encastré entre deux appartements, donc pas de fenêtres. Un climatiseur, un seul accès, une porte d’entrée blindée, des murs très épais, des dispositifs de sécurité désactivés. Des installations très sommaires laissant place à la réflexion et à la concentration sur l’enquête.

Quant à l’orphelinat, une immense bâtisse à la façade noircie par le temps. Une première salle immense, deux escaliers qui s’entrecroisent vers les étages supérieurs. Haute verrière. Atmosphère irréelle. Une inscription en bas-relief sur le portail: « Visitare Pupillos In Tribulatione eorum Et Immaculatum Se Custodire Ab Hoc Saeculo: Secourir les orphelins dans leurs tribulations et les préserver de la contamination de ce monde. »

L’ambiance:

Dès le début du roman, une ambiance de psychose donne le ton, plongeant le lecteur d’emblée dans un climat de peur: « A partir de là, une chasse au monstre confuse et improvisée avait débuté. Les citoyens s’étaient mobilisés, prêts à faire justice eux-mêmes. La police avait posté des barrages sur les routes. On avait renforcé les contrôles des individus déjà condamnés ou soupçonnés de crimes sur des mineurs. Les parents n’osaient plus laisse sortir leurs enfants, même pas pour aller à l’école. De nombreux établissements avaient dû fermer pour cause de manque d’élèves. Les gens ne quittaient leur domicile qu’en cas de stricte nécessité. A partir d’une certaine heure, villages et villes étaient déserts. » (Pages 12-13).

En conclusion:

Le Chuchoteur est un roman très sombre par les détails macabres concernant le modus operandi du tueur, les scènes d’autopsie, les souffrances des victimes, mais réellement addictif et passionnant. Tous les aspects de l’enquête, notamment les techniques d’interrogatoire, bénéficient d’une documentation soignée, d’un réalisme qui confère au documentaire.

Le +: Le Chuchoteur propose une réflexion profonde, intelligente et impartiale sur des questions éthiques tels que le bien et le mal. C’est bien plus qu’un divertissement; c’est presque un essai, même si l’histoire des personnages occupe une partie non négligeable du scénario. Cet aspect constitue la valeur ajoutée, ce qui distingue Donato Carrisi des autres romanciers de thrillers. Un thriller psychologique d’exception, qu’il est impossible de ne pas avoir lu.

Citations:

tarente
Tarente

 

« Des milliers d’oiseaux dans le noir, contrains à crier autour d’une lumière improbable. Nous ne pouvons pas les voir, mais eux, ils nous observent -des milliers d’oiseaux…Il faut se méfier des illusionnistes: parfois, le mal nous trompe en revêtant la forme la plus simple des choses. » (Page 14).

« C’est la première chose à laquelle on pense devant un crime sur des mineurs. Ses enfants. Et on se demande ce qui serait arrivé si…Mais on ne peut pas finir la phrase, tant cette pensée est douloureuse. » (Page 24).

« On part de l’hypothèse que personne ne naît tueur en série, mais qu’on accumule passivement des expériences et des stimuli, comme une sorte d’incubation de la personnalité meurtrière, qui débouche ensuite sur la violence. » (Page 138).

« Quand un individu ment, il doit effectuer une activité psychologique interne pour compenser toute une série de tensions. Pour rendre ses réponses plus crédibles, il est contraint d’atténuer ses informations véridiques, déjà sédimentées dans sa mémoire, et à recourir à des mécanismes d’élaboration logique pour les amalgamer au mensonge qu’il raconte. » (Page 234).

« Je pourrais avoir tout ce que je désire. Mais, justement à cause de ça, je ne sais pas ce qu’est le désir. » (Page 326).

 

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