Publié dans angoisse, éditions du Masque, disparition inexpliquée, enquête criminelle, humour noir, Passion polar français

Passion polar français: Minuit dans le jardin du manoir, Jean-Christophe Portes.

Jean-Christophe portes a laissé momentanément de côté ses talents de rédacteur d’intrigues policières historiques pour une heureuse incursion dans le polar moderne. Jubilatoire!!

L’auteur:

téléchargementJean-Christophe Portes est un journaliste, réalisateur et écrivain français né à Rueil-Malmaison le 21 mars 1966. Il a fait ses études à l’Ecole Nationale des Arts Décoratifs. Il travaille pour les principales chaînes de télévision françaises pour lesquelles il a réalisé plus d’une trentaine de documentaires d’investigation, de société ou d’histoire.

Le roman:

Minuit dans le jardin du manoir a été publié en 2019 par les Editions du Masque. Ici, pas de préliminaires ni de précautions avant de plonger le lecteur dans l’horreur: dès les premières lignes, il sait à quoi s’en tenir: « Un pieu en bois d’un peu plus d’un mètre de hauteur se dressait au milieu de la façade en gros moellons de granit. Et sur ce pieu en bois était enfoncée la tête d’un jeune homme, le cou parfaitement tranché, la face blafarde vidée de son sang ». (Page 13) => Tout est dit!!

manoirC’est avec bonheur que je retrouve la plume de l’auteur, soignée, vive, adoptant dans ce roman le ton caractéristique des comédies macabres, dans la mouvance du film « Noblesse Oblige », mêlant tragédie et scènes cocasses: « Le notaire fou, racontaient-ils, avait tiré sur eux à deux reprises. Et en effet, Trivi, qui s’était aventuré dans l’allée, avait aussitôt essuyé un coup de feu. Paradoxalement il avait été rassuré, car la détonation s’était accompagnée d’un gros nuage de fumée noire. Le forcené utilisait une arme ancienne, probablement à un seul coup et longue à recharger. » (Page 44)…Comme la conversation de la page 57…

L’intrigue:minuit

Minuit. Un visiteur clandestin se retrouve nez à nez avec une tête plantée sur un pieu. Personne ne sait à qui elle appartenait. Denis, propriétaire du manoir dans le jardin duquel la tête a été retrouvée, constate avec horreur que l’info circule en boucle sur tous les réseaux sociaux, dévoilant quasiment son adresse. Mais qui est à l’origine de ces posts? Et comment les journalistes ont-ils pu établir un lien avec « son meurtre »? C’est alors qu’il constate la disparition de sa grand-mère? => Décidément, tout va de travers…

Les personnages:

  • La baronne Colette: grand-mère du notaire; richissime bien que tout le monde la croit ruinée; délicieuse vieille dame excentrique, déterminée, bien plus forte que sa frêle silhouette ne peut le laisser supposer; très moderne malgré ses 85 ans, tient un blog dans lequel elle publie recettes de cuisine et réflexions en tous genres.
  • Denis Florin: notaire et petit-fils de Colette qui l’a élevé après le décès de ses parents; adore sa grand-mère; passionné d’histoire de France, passe tous ses loisirs à des reconstitutions miniatures; spécialiste de plantes médicinales.
  • Jean-Michel Trividec: inspecteur au SRPJ de Rouen; l’air éternellement content de lui, célibataire assumé, grand séducteur et marathonien.téléchargement (2)
  • Bénédicte, surnommée « Miss Je-sais-tout »: adjointe de Trividec.
  • Nadget Bakhtaoui: journaliste à TV1; déterminée, une des meilleurs réalisatrices de grands reportages; coléreuse, de mauvaise foi, féministe acharnée, aucun tact, grossière…mais belle et efficace.
  • Bernier: rédacteur en chef de Nadget.
  • Marcel Chignard: ami de Denis.
  • Ernesto Diaz: brillant universitaire et chercheur mexicain, spécialiste en art; à la recherche depuis des années du trésor perdu.
  • Frederico Monroy: milliardaire espagnol au centre d’un vaste réseau de vente d’armes et de blanchiment d’argent.

Les lieux:

Scène du premier crime: le parc du manoir, « un bien grand mot pour désigner cette prairie miteuse à demi envahie par une forêt sauvage, au-delà de laquelle on distinguait la ligne bleu-noir, parfaitement rectiligne, de l’océan Atlantique. Pour fermer ce quadrilatère, il y avait la masse sombre du manoir de Caudebec, un bâtiment qui dominait immuablement le parc depuis l’an de grâce 1562. » (Page 13).

Seconde scène de crime: « Pour voir les cadavres, il fallait s’enfoncer dans une sorte de maquis rongé par le vent, assez loin du chemin, ce qui ne manqua pas d’étonner Trividec. » (Page 90).

Mise en scène: dans une parodie des films d’horreur de série B, Jean-Christophe Portes full-moon-1372783__340s’amuse à nous transporter dans un décor de carton-pâte qui pourrait s’avérer amusant s’il ne dissimulait pas….: « Avec l’obscurité, il était un peu perdu, d’autant que les nuages avaient presque avalé la lune…Il était minuit et douze minutes exactement lorsque le jeune homme -après avoir trébuché sur l’une des innombrables mottes de taupes du prétendu gazon…avant de se retrouver nez à nez avec cette tête décapitée…Une tête avec des pièces jaunes à la place des yeux et des dents. » (Pages 15-16) =>En pleine nuit, dans un parc désolé, avouez qu’il y a de quoi avoir la peur de sa vie !!

En conclusion:

Le +: ces petites pointes d’humour un rien moqueur mais jamais méchant: « Des dizaines de journalistes s’étaient agglutinés devant les grilles du manoir, filmant frénétiquement le moindre képi, la moindre voiture en mouvement au fond du parc. Les envoyés spéciaux intervenaient à tout instant en direct pour expliquer, le visage tendu, qu’ils ne savaient rien mais qu’on n’allait pas tarder à savoir quelque chose. » (Page 51).

Le récit, raconté au présent, nous entraîne dans une enquête au rythme effréné de ses chapitres courts qui s’enchaînent sans laisser au lecteur le loisir de reprendre son souffle. Jean-Christophe Portes s’amuse à tisser une intrigue aux rebondissements ébouriffants, intégrant tous les ingrédients du genre: ancien manoir, trésor perdu, malfrats à la recherche de ce trésor, duo improbable du notaire coincé et de la belle et intrépide journaliste, le flic dépassé par les événements, l’homme d’affaire véreux, la petite grand-mère qui cache bien son jeu…Tous se retrouvent impliqués dans une histoire abracadabrantes menée de main de maître pour notre plus grand bonheur. Un moment de lecture jubilatoire…

Citations:falaise

« Il faut dire que son apparence avait de quoi rassurer. La trentaine bien sonnée, le costume gris, la cravate club, les cheveux frisés, l’oeil rond un peu fixe, il arborait un air pénétré, qui en réalité n’était dû qu’à une timidité maladive. Son incapacité à exprimer son avis passait pour de la sagesse. Et ses silences fréquents pour de la profondeur. » (Page 23).

« Un jour, un vieil Afghan lui avait expliqué dans une interview que chacun était responsable de ses actes. La vie, disait-il, offre toujours le choix. Lui avait tout abandonné, richesse et honneurs, pour fuir la dictature. Et il était resté un homme libre. » (Page 157).

« Quelques années plus tôt, Denis aurait sans doute erré dans les bois en s’insurgeant contre la noirceur du monde, puis il se serait assis au pied d’un arbre pour y passer la nuit, le regard perdu vers la cime. » (Page 347).

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