Publié dans cadavre, crime, Dossiers police scientifique

Dossier n° 18: Recueillir des indices: l’étude des projectiles.

Un criminel, aussi intelligent soit-il, laisse toujours des traces de son forfait derrière lui, même les plus infimes. Autant d’éléments que la police scientifique s’efforce de collecter afin de faciliter l’identification du coupable…Notamment en cas de meurtre par arme à feu.

1-Deux questions incontournables.

Dans le cas de meurtre par balles, les enquêteurs, lorsqu’ils analysent une scène de crime, se posent deux questions: où se tenait le tireur? De quelle arme s’est-il servi?

Où se tenait le tireur?

Pour repérer la position exacte du tireur, les investigations se déroulent in situ. En effet, contrairement à ce que l’on imagine, les projectiles ne volent pas en ligne droite mais, sous l’effet de la pesanteur, selon une trajectoire parabolique de plus en plus courbée à mesure que la distance parcourue augmente et que la vitesse diminue.

Toutefois, lorsque les tirs sont réalisés sur de petites distances, par exemple dans un appartement, la trajectoire reste quasiment droite. Afin de simplifier leurs calculs, les balisticiens utilisent le principe de géométrie euclidienne qui veut que deux points passent par une seule droite.

Ils utilisent alors des canons laser d’alignement qui leur permettent de matérialiser la trajectoire à partir des points d’impact. Lorsque le tireur a agi plus loin qu’une centaine de mètres, la trajectoire parabolique de la balle est reconstituée à l’aide de logiciels de balistique qui tiennent compte du vent et de la pression atmosphérique.

Quelle arme a-t-il utilisée?

Mais le mieux, pour savoir quelle arme a été utilisée, est de disposer des balles, car chaque coup de feu laisse sur le projectile et sa douille des empreintes caractéristiques. En effet, le canon d’une arme à feu est doté de rayures en forme de spirale qui impriment un mouvement hélicoïdal à la balle.

2-Analyse du projectile.

Ainsi, une fois sortie du canon, la balle tourne sur elle-même telle une toupie, ce qui a pour effet de stabiliser sa trajectoire, d’améliorer la précision du tir et d’en augmenter la portée. Le diamètre de la balle étant très légèrement supérieur à celui de canon, elle y pénètre donc en force, puis tourne sur elle-même en suivant ces rayures qui vont s’incruster sur le projectile et y former des stries. Ces incrustations constituent la signature de l’arme.

Ainsi, le monde des experts scientifiques serait parfait si les balles étaient toujours ainsi exploitables. Ce qui, bien sûr, n’est pas toujours le cas !! En effet, celles qui s’écrasent contre un mur sont si souvent si aplaties qu’il est impossible de retrouver les stries. Sans parler des projectiles tirés à partir d’armes à canon lisse, comme les fusils de chasse!

C’est pourquoi les balisticiens ont souvent besoin de faire parler la douille, étui de laiton qui contient la poudre. Au moment, du tir, quand le percuteur frappe son culot, la poudre s’enflamme, les gaz se détendent, la balle est éjectée et la douille expulsée de l’arme. Cette fois, ce sont les traces formées par le percuteur, le mécanisme d’éjection et, éventuellement, les éraflures produites par le chargeur, spécifiques à chaque arme, qui fournissent de précieux indices.

Une arme a été trouvée à proximité de la scène de crime: afin de savoir s’il s’agit de l’arme du crime, les experts procèdent à un tir de comparaison pour vérifier si les stries de la balle ou de la douille coïncident avec ceux du projectile trouvé. Ce tir est effectué soit dans un puits rempli d’eau, soit dans un tube bourré de coton afin de déformer la balle le moins possible. Ne reste plus qu’à comparer le projectile trouvé à celui du test.

macroscope.jpg
Macroscope

Pour réaliser cette opération, les experts utilisent un macroscope de comparaison: muni de deux loupes binoculaires, cet appareil permet d’observer simultanément deux balles ou deux douilles. Capable de grossir environ 80 fois les stries laissées sur la balle, larges de seulement 0,5 à 2 millimètres, il est doté d’un dispositif permettant de faire « glisser » les images obtenues et de les superposer. Une juxtaposition parfaite permet d’affirmer sans erreur possible que les deux balles ont été tirées par la même arme. Procédé simple à condition de posséder une arme suspecte !!

Dans le cas contraire, tout n’est pas perdu. Les experts peuvent interroger le CIBLE ( système de Comparaison et Identification Balistique par Localisation des Empreintes). Conçu dans les années 1990, ce fichier informatique permet de comparer plus de 38 000 références de balles et de douilles répertoriées lors d’affaires criminelles antérieures, permettant de relier des crimes entre eux. A chaque fois qu’une balle est retrouvée sur les lieux d’un crime, le balisticien enregistre dans la base le calibre de l’arme, le nombre, la largeur et l’orientation des rayures du projectile en question, accompagné de photos prises par une caméra haute définition. Puis, à l’aide d’un logiciel d’analyse d’images, il passe au crible les rayures afin de déceler des microstries qui achèveront de déterminer la signature balistique de l’arme.

Quand les experts ne possèdent ni balle, ni douille, ils étudient les résidus de tir. Lorsque une arme fait feu, elle relâche un nuage de vapeur de particules qui se refroidissent en une fraction de miliseconde après s’être échappées du canon et de la culasse. Ces résidus provenant de la poudre et de l’amorce (système qui met le feu à la poudre) se déposent sur les mains et les vêtements du tireur, trahissant un meurtre déguisé en suicide ou la présence d’un suspect sur les lieux du crime. Dans ce cas, il existe trois possibilités: soit le suspect a tiré avec une arme, soit il a tenu une arme qui venait d’être utilisée, soit il se tenait tout près du tireur.

3-Quelle arme le meurtrier a-t-il utilisée?

Comment détecter ces traces de poudre? La méthode la plus aboutie consiste à détecter les résidus métalliques de l’amorce, composée essentiellement de plomb, de baryum et d’antimoine, en tamponnant les vêtements et les mains du suspect en insistant sur la paume et sur la partie située entre le pouce et l’index. Mais ces prélèvements doivent être réalisés rapidement car au-delà d’une dizaine d’heures les chances de retrouver ces traces sont très faibles. Si le suspect se lave les mains, elles disparaissent totalement.

Les échantillons sont prélevés à temps: c’est à présent au chimiste d’entrer en scène en révélant leurs composants afin de s’assurer qu’il s’agit bien de résidus de tir. Pour cela, il utilise un microscope à balayage électronique couplé à un appareil de micro-analyseX. L’échantillon soumit à analyse réagit aux électrons bombardés par le microscope en émettant en retour des rayons X à des longueurs caractéristiques des atomes qui le constituent. Le chimiste en déduit alors sa composition: s’il s’agit de plomb, de baryum et d’antimoine, se révèle une forte présomption pour qu’il s’agisse de résidus de tir. L’étape suivant consiste à observer au microscope afin de vérifier la forme des résidus qui devraient ressembler à de petites billes ovoïdes pour ne pas les confondre avec d’autres particules de même composition mais d’origine différente, par exemple de la terre riche en baryum.

Examen des blessures.

L’examen des blessures, reposant, sur l’observation de l’orifice d’entrée (OE) et de l’orifice de sortie (OS), permet d’affiner les résultats.

En effet, l’orifice d’entrée, qui correspond au trou fait par la balle, comprend certaines lésions: la collerette érosive et d’essuyage, les brûlures et les dépôts de résidus, suie ou tatouage.

L’orifice de sortie, quant à lui, ne présente ni brûlures, ni collerette érosive et d’essuyage, ni dépôt. En général, il présente une blessure plus grande que celle de l’orifice d’entrée.

La lésion du tatouage donne une idée de la distance de tir.

  • Si l’arme est placée contre la peau, la plaie est en forme d’étoile.
  • Si le coup est tiré à moins de 3 cm, la peau dessine un anneau.
  • S’il est tiré entre 3 et 30 cm, alors on trouvera une poussière noire autour de l’orifice de la balle.
  • S’il est tiré entre 31 et 60 cm, alors on détectera des grains de poudre.
  • Si le coup est tiré au-delà de 60 cm, la zone de tatouage sera absente.

Un expert peut parvenir à recueillir des résidus de poudre même si l’agresseur se trouvait à 2 km et avait une arme surpuissante. En effet, la balle est recouverte d’une petite quantité de poussière qui s’efface seulement quand elle pénètre le corps de la victime.  En essuyant le point d’entrée, les experts peuvent relever ces poussières.

 

 

 

 

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