Publié dans éditions l'Archipel, Italie, Moyen-Age, Passion polar historique, Templiers, Venise

Passion polar historique: Le Grimoire de l’ange, Alfredo Colitto.

Troisième aventure du chirurgien Mondino di Liuzzi, Alfredo Collito nous entraîne dans une intrigue échevelée pour un roman historique captivant…

L’auteur:

téléchargementAlfredo Colitto est un romancier italien né à Campobasso, dans la région de Molise, en 1958.Il est également le traducteur italien de Don Winslow et de Joe R. Lansdale. Il vit à Bologne où il enseigne l’écriture créative. Primé par plusieurs prix littéraires, il est connu en Italie pour ses romans historiques traduits en sept langues et publiés dans une vingtaine de pays. L’élixir des Templiers est le premier à paraître en français. Il a également participé à l’élaboration de recueils de nouvelles.

Le roman:

Le Grimoire de l’Ange, Il libro dell’angelo dans la version originale parue en 2012 par les téléchargementEditions Piemme, a été publié par les éditions L’Archipel en 2018. Il fait suite au roman Les disciples du feu

Le style du romancier italien est fluide, très agréable à lire, laissant ainsi au lecteur toute latitude pour se concentrer sur l’histoire construite en allers-retours entre Venise et Bologne pour deux récits récits qui semblent n’avoir rien en commun.

La reconstitution historique très soignée s’appuie sur une documentation précise, notamment concernant la religion juive et la justice vénitienne du XIVe siècle. Alfredo Colitto ne laisse rien au hasard, tout est pensé jusque dans les moindres détails afin de th (2)faire revivre au lecteur le contexte historique du récit. Par exemple les costumes et leurs codes: « …lorsqu’on est loin de chez soi, on est jugé en fonction de sa tenue vestimentaire. Il avait donc accordé une attention particulière à sa mise pour le voyage: des habits confortables mais de belle facture. Il désapprouvait la dernière mode qui voulait que les vêtements masculins soient de plus en plus courts, et il lui paraissait indigne d’un médecin de se promener avec des jupettes arrivant à mi-cuisses et des chausses bariolées. » (Page 11)… »Les Sages, les Avocats et les chefs de la Quarantaine portaient une toge de drap noir aux larges manches doublées de tissu rouge, tandis que la toge rouge était l’apanage des sénateurs et des six conseillers du doge. Le tout était complété par une calotte cylindrique de tissu noir et par une écharpe qui indiquait le rang au sein des magistratures. » (Page 119).

Contexte politique et religieux: l’action se déroule principalement à Venise, en 1312, quelques années après l’arrestation des Templiers par le roi de France, Philippe le Bel, dans le but de s’emparer de leurs immenses richesses, sans que le pape Clément V n’intervienne. Le grand maître de l’ordre, Jacques de Molay, attendait dans sa prison parisienne d’être brûlé sur le bûcher, tandis que le roi était toujours à la recherche de la moindre de l’hypothétique trésor.

Pendant ce temps, l’Italie, territoire divisé en fiefs, communes, républiques autonomes et

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Templier

terres appartenant à l’Eglise, était la proie d’ Henri VII, prince de la maison de Luxembourg, roi de Germanie et d’Italie, qui venait d’être sacré empereur des Romains. Prince autoritaire, il ambitionne de rétablir la gloire du Saint-Empire romain germanique et le pouvoir impérial dans le nord de la péninsule, mais il se heurte à la résistance des cités libres de Toscane, notamment la cité de Florence, ainsi qu’au roi de Naples, robert d’Anjou, et au pape Clément V. => C’est dans ces circonstances tendues que Mondino se rend à Venise.

Le roman aborde également la situation des Juifs, à peine tolérés, ne jouissant pas des mêmes droits que les autres citoyens, rendant compliquée, voire dangereuse, l’intervention de Mondino en faveur du jeune Davide, fils d’un marchand juif: « Son impuissance à l’égard de cette situation proprement intolérable l’exaspérait, et il n’était pas certain de pouvoir retourner habiter chez lui sans risque…Cependant, il se refusait à solliciter d’autres Juifs, d’une part pour ne pas les mettre en danger, mais surtout parce qu’il devinait ce qu’ils lui diraient: « Dieu nous frappe à cause de nos péchés, que Son nom soit béni. Réjouis-toi de ton malheur, ça aurait pu être pire. » …Davide, qui était né et avait grandi à Venise, de plus d’une mère chrétienne, avait l’impression de ne rien partager avec eux. » (Page 159).

L’intrigue:

Venise 1313. Deux semaines avant la fête de la Sensa (l’Ascension), l’acqua alta, en se retirant, dévoile, dans un coin de la place Saint-Marc, les cadavres non identifiés de trois enfants crucifiés, chacun portant une blessure au côté droit, comme le Christ. Devant l’horreur de ces crimes, aussitôt on avait accusé les Juifs, dont on racontait « qu’ils buvaient le sang d’enfants chrétiens pour se réconcilier avec le Messie qu’ils avaient tué. » (Pages 32-33). L’un d’entre eux, le vieux Eleazar de Worms, est arrêté. Mondino, à la requête d’Adia, se rend à Venise afin de tenter de sauver le vieil homme.

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Doge de Venise

Pendant ce temps, à Bologne, Gerardo, désolé de n’avoir pu accompagner son ami médecin dans son voyage, se voit confier par Michele da Castenaso une délicate mission consistant à emmener Pietro da Bologna, l’avocat des Templiers, jusqu’au Portugal, afin de le soustraire à Béranger de Tours, missionné par Philippe le Bel pour le ramener vivant en France.  Il se retrouve alors plongé dans une intrigue dont il se maîtrise ni les tenants, ni les aboutissants. Finalement, les deux fuyards, afin de déjouer leurs poursuivants, décident de se rendre à Venise pour s’embarquer.
A Venise, Mondino se demande pourquoi le doge Gradenigo interroge lui-même Eleazar de Worms? Serait-ce pour lui soutirer son secret, à savoir la cache du grimoire sacré? Après de multiples péripéties, Gerardo, Mondino, Pietro et Adia, activement recherchés, parviendront-ils à se sortir du guêpier dans lequel ils se sont fourrés. Si oui, comment?

Les personnages:

  • Mondino de Liuzzi: médecin anatomiste, chirurgien renommé.
  • Gandone de Gandoni: futur beau-père de Mondino; commerçant d’épices et de substances médicinales.
  • Adia: ancien amour de Mondino.
  • Gerardo da Castelbretone: ami de Mondino.
  • Michele da Castenaso: grand maître de la corporation des maçons.
  • Pietro da Bologna: avocat des Templiers recherché par le pape et le roi de France.
  • Davide: fils du vieux Juif accusé des meurtres des enfants crucifiés; guide de Mondino à Venise.
  • Eleazar de Worms: marchand d’étoffes juif; accusé des meurtres des enfants crucifiés.
  • Bérenger de Tours: moine franciscain mandaté par Guillaume de Nogaret pour retrouver et arrêter Pietro da Bologna.
  • Fosco Trevisan: ancien apprenti d’Eleazar.
  • Vettor Gradenigo: patricien vénitien, membre du conseil des Dix.
  • Da Mosto: conseiller du doge.

Les lieux:

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Venise

Les descriptions de lieux sont à la fois sobres et imagées, reconstituant un monde oublié et en même temps très présent que l’auteur fait revivre sous nos yeux tel un peintre composant un tableau: « Il s’agissait d’une petite bâtisse à deux étages, toute de pierre et de bois, avec une terrasse couverte sur le toit pour faire sécher le linge. Elle se dressait sur une placette guère plus grande qu’une cour, où trois cochons blanc et noir fouillaient la boue à la recherche de nourriture. » (Page 53)

Venise dont l’évocation est intimement intégrée au récit : »Devant eux, s’offraient un grand môle de pierre avec quelques bateaux au mouillage, deux hautes colonnes et, derrière, une place pavée de briques cuites disposées en arêtes de poisson. sur la droite de la place se dressait un palais tout droit issu des récits merveilleux des voyageurs revenus d’Orient. »… »Perdu dans ses pensées, Mondino avait oublié qu’il était en train de vivre un rêve. Il parcourait les canaux de Venise, longeant des maisons et des palais qu’il ne connaissait jusque-là que par ouï-dire, érigés sur des forêts de poteaux plantés dans le sol de la lagune, supports des fondations faites de terre et de pierres. Quand il avait découvert ce mode de construction à travers ses lectures, il s’était étonné que les poteaux ne pourrissent pas alors qu’ils étaient immergés. » (Pages 37 et 52).

Dans ce roman dont l’action se déroule à Bologne puis à Venise, l’auteur montre ce qui caractérise les deux cités et ce qui les distingue, à une époque où les contrastes entre les cités étaient bien plus marqués qu’aujourd’hui: « Un peu plus loin, il y avait un marché, bien différents des marchés bolonais. Des étals de marchandises en tous genres alternaient avec des comptoirs de change, des boutiques de joailliers, et autre. Une odeur semblable à celle du poisson pourri flottait partout… » (Page 35)

En conclusion:

venice-378291__340La difficulté du roman policier historique ne réside non pas dans la reconstitution des costumes, des lieux et des coutumes, mais dans la capacité de l’auteur à restituer l’état d’esprit, les interactions, politiques et religieuses et les modes de pensés des personnages. Défi relevé haut la main par Alfredo Colitto qui confirme, avec cette troisième aventure du médecin bolonais Mondino, son réel talent.

Le +: les petites choses de la vie quotidienne, d’infimes détails qui donnent de l’épaisseur au récit.

Citations:

« Son oncle Liuzzo l’avait averti que la philosophie ne faisait pas bon ménage avec la nature féminine, et que cette fille qui savait lire, écrire, s’y entendait en musique et en poésie et semait l’embarras avec ses idées incongrues ne serait pas une bonne épouse. » (Page 18).

« Davide saisit quelque chose entre eux, un regard qui attira son attention. Pour la première fois, il envisagea confusément que l’enjeu n’eût rien à voir avec le meurtre des pauvres enfants. Gradenigo semblait attendre autre chose de son père, quelque chose que tous deux étaient les seuls à savoir. Le greffier, les gardes, le bourreau et Davide lui-même n’étaient que des pions dans le jeu pervers entre les deux hommes. » (Page 68).

« Chaque fois qu’une femme dit quelque chose de sensé, tu as l’air de t’apprêter à crier au miracle! Nous aussi nous avons un cerveau, tu sais. » (Pages 115-116).grimoire

« Tel était le défaut des étrangers, qui détestaient toutes les villes qui n’étaient pas la leur ou bien, au contraire, les magnifiaient et considéraient leur ville d’origine comme un lieu méprisable. Aucune de ces positions n’était juste. Toutes les villes et tous les peuples présentaient leurs propres vices et leurs propres vertus. » (Page 136).

« Gerardo ne trouvait pas les mots pour exprimer son étonnement, son exultation et sa vague terreur. Le monde était beaucoup plus vaste qu’il ne l’avait cru. Il existait des terres que la Bible ne mentionnait pas et dont même Aristote n’avait pas parlé. »(Page 227).

 

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2 commentaires sur « Passion polar historique: Le Grimoire de l’ange, Alfredo Colitto. »

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