Publié dans angoisse, éditions Hugo Thriller, disparition inexpliquée, Italie, magie noire, Passion thriller, peur

Passion thriller: Le livre des choses cachées, Francesco Dimitri.

Un thriller à mi-chemin entre le roman fantastique et le conte philosophique qui a le mérite de nous poser des questions existentielles perturbantes, certes, mais tellement au cœur de nos peurs…

L’auteur:

thFrancesco Dimitri, né dans les Pouilles, région du sud de l’Italie, est un auteur d’essais et de romans fantastiques. Il vit à Londres.

Le roman:

Le livre des choses cachées, The book of hidden things en version originale parue en 2018, a été publié en 2018 par les éditions Hugo Thriller. Premier roman de Francesco Dimitri écrit en anglais,  Le livre des choses cachées est à mi-chemin entre le thriller fantastique et le conte philosophique.

Ecrit à la première personne, chaque chapitre raconte l’histoire du point de vue de l’un des quatre personnages principaux, opérant de fréquents allers-retours entre le présent et les souvenirs de leur passé.hugo thriller
Les thèmes développés sont ceux de la famille, de l’amitié indéfectible, du conformisme, de la difficulté à tracer sa propre route malgré le poids du regard des autres et de la société, la nostalgie de l’enfance et de la vie insouciante.

L’intrigue:

10 juin. Jour du Pacte. Chaque année, Mauro, Fabio, Tony et Arturo se retrouvent dans le village de leur enfance pour célébrer leur amitié. Tout le monde est au rendez-vous sauf Art. Il n’est même pas chez lui, dans la maison de ses parents où tout semble à l’abandon. Ce qui ne lui ressemble pas. « Art va bien, je me répète en me brossant les dents. Mais je me mens et je le sais. L’état de sa maison, les plants d’herbe, le fait qu’il nous pose un lapin: ça ne sent pas bon. » (Page 47).

disparition
Disparition

 

Vingt-deux ans plus tôt. Les quatre amis ont quatorze ans. Art a disparu pendant sept jours. Puis il a réapparu. Personne n’a jamais su ce qu’il s’était passé. Art n’a jamais rien dit. Et si l’absence d’Art, aujourd’hui, faisait écho à cette disparition mystérieuse?

C’est alors que Fabio découvre dans l’oliveraie où Art a disparu vingt-deux ans plus tôt le cadavre d’un chien pendu à une branche. Dans cet environnement particulier aux Pouilles, les trois amis vont devoir gérer la situation seuls: « Mauro a raison sur un point, il vaut mieux faire profil bas: la première fois qu’Art a disparu, on s’est retrouvés suspects numéro 1 alors qu’on n’était que des gamins. Aujourd’hui, nous sommes des adultes et Art est dealer, ça va être mille fois pire.

De révélation en révélation, Mauro, Tony et Fabio vont découvrir ce qui se cache derrière la façade lisse et immaculée des apparences. Qui est réellement Arturo? Qui sont-ils eux-mêmes? Que sont-ils incapables de faire, mais, surtout, que sont-ils capables de faire? Jusqu’où iront-ils pour découvrir la vérité qui se cache derrière la disparition mystérieuse de leur ami, lorsqu’ils étaient adolescents?

Les personnages:

  • Fabio: photographe de mode; célibataire, traverse une mauvaise passe.
  • Mauro: avocat à Milan; marié, père de famille.
  • Tony: chirurgien, homosexuel.
  • Arturo: le plus flamboyant et énigmatique des quatre.

=>Tous les quatre sont amis d’enfance.

  • Anna: épouse de Mauro.
  • Angelo: père de Fabio.

Les lieux:

village pouilles
Village Pouilles

L’histoire se déroule à Casalfranco, un petit village situé dans les Pouilles, le talon et l’éperon de la botte italienne, l’ancienne Apulie de l’époque romaine, dont le décor, typique de la région, semble figé dans l’intemporalité et le délabrement: « …pour nous retrouver sur une petite place ronde et pavée. Elle est cerclée de maisons blanches au toit plat, et deux palmiers poussent confortablement dans un massif de fleurs en son centre. Dans un coin, une fontaine rouillée. Son robinet a été cassé, si bien que l’eau gargouille en continu. » (Page 19). Les rues sont étroites, les portes branlantes, Casalfranco, malgré ses trente-cinq mille habitants, fait figure de village.

Les paysages à la beauté abrupte dépouillée, sculptés par une nature extrême, confèrent au récit son ambiance malsaine, parfois irrespirable: « …des vignes, aux pieds courbés, puis des oliviers touffus, courbés eux aussi, noueux. Ce qui pousse ici doit composer avec le manque d’eau et l’excès de soleil, de même qu’avec le vent, la grêle et les orages…C’est un paysage hors du temps, mais pas d’une manière qui me plaît. Face à lui, je me sens très vulnérable. » (Page 21)… »

olive-trees-3010402__340..Des paysages magnifiques à défaut d’être accueillants: « une longue route qui serpente le long de la côte. Elle traverse des dunes parsemées de tamaris, de genévriers et de fleurs sauvages. La vision de la mer sur notre droite, derrière les dunes, est époustouflante. On ne s’habitue jamais à une telle majesté. » (Page 58).

L’Italie: découverte d’un monde différent, insoupçonné, bien loin des clichés de carte postale d’un pays dont on ignore les facettes les plus secrètes: « Elle verra le paysage changer, la civilisation urbaine de l’Europe et du nord de l’Italie céder la place à la nature du sud, puis à la vraie nature du vrai sud, une terre plate et sans règles, où lorsqu’il fait trop sec on continue à offrir des sacrifices aux saints pour implorer la pluie, rien qu’un peu, par pitié, juste de quoi éviter que le bétail et la vigne ne crèvent sur place…et elle éprouvera la même chose que les gens du coin: cet endroit est réellement finis terrae, le bout du monde.

Un pays aux hivers bien plus rudes qu’on ne le pense, un hiver qui « vous donne envie de mourir, tout est froid et amer et encore plus hostile que le reste de l’année. Le vent, en particulier, est un vrai psychopathe. Il mord et il fouette, et quand il souffle de la mer, ses relents de poisson mort vous abrutissent et l’humidité vous plombe comme les vêtements entraînent les noyés vers le fond. » (Page 35) =>Rien qui donne envie d’y séjourner…

En conclusion:

Le livre des choses cachées constitue une bouffée d’air frais, avec son petit je-ne-sais-quoi de typiquement italien tout à fait savoureux. On appréciera surtout une proximité due au style direct, presque intime: le narrateur est assis là, à côté de nous, et on l’écoute nous raconter son histoire en sirotant une bière fraîche…Une sombre histoire dans un pays rude et sauvage, où la mafia contrôle la vie de chacun, ses moindres faits et gestes; un pays qui vit comme hors du temps, où les traditions séculaires rythment encore le quotidien, où le surnaturel reste tapi dans l’ombre, prêt à surgir à la moindre occasion.

Le +: les interactions de chacun des quatre amis avec conjoints, enfants et famille; l’amitié su sens italien du terme: même si on se fâche, si on se brouille, on est toujours là pour la famille et les amis, pour la simple et bonne raison qu’ils sont notre famille et nos amis. A la vie, à la mort !!

Un roman solaire et ténébreux, d’une beauté inquiétante et mélancolique à la fois, de celle des tragédies grecques où le destin tient chaque être vivant dans sa main. Le livre des choses cachées résulte d’un cocktail détonnant mêlant une grosse pincée d’humour un peu décalé, saupoudré d’un peu de cynisme à l’accent désespéré, plus une once de fatalisme avec une pointe de lyrisme…Et le tour est joué!!

Citations:

oliveraie
Oliveraie

« Je parle de cette partie du monde: les Pouilles. Je vous l’accorde, en cette saison on est saisi par les senteurs de romarin, de citron et de thym en fleurs. Lorsque je suis sorti du taxi en cette chaude soirée de juin, j’ai dû fermer les yeux pour les boire toute d’un coup, comme un vin doux à un rendez-vous galant. Mais c’est un attrape-nigaud. D’ici trois semaines le soleil aura dissipé les parfums, carbonisé la terre, et les dernières formes de vie se battront pour les quelques gouttes d’eau restant sous le sol. » Page 9).

« Dans le sud, on ne s’excuse pas deux fois. Une fois ça va, selon les circonstances, mais une deuxième fois vous fait passer pour une chiffe molle, et par conséquent pour une cible légitime. Et là, pas la peine de compter sur la famille ou les amis. » (Page 46).

« Je sais pertinemment que Lara comprend à ma voix beaucoup de choses que je ne dis pas. Les femmes dont je tombe amoureux sont toujours plus intelligentes que moi, ça me perdra (cela dit, comme l’a un jour observé Tony en plaisantant, il est possible que toutes les femmes soient plus intelligentes que moi). (Page 64).

« -Tu trouves pas ça nul, des fois? D’être adulte. Trouver un boulot, puis un autre, payer des impôts, et encore des impôts, toujours la même routine. Y a que le week-end qu’on est vivant; le reste du temps on est des hamsters dans une roue. Et on peut pas s’arrêter de courir, parce qu’il y a toujours une facture, un prêt, un truc…un mioche qui nous oblige à courir dans la roue. » (Page 119).

« J’ai grandi. Et j’ai appris que les démons, les goules et tout ce qui nous fait peur la nuit, ce sont des excuses qu’on se fabrique pour se raconter qu’il y a pire que nous, plus malfaisant que l’être humain. » (Page 168).

« Mais en cette ère d’information, de navigation GPS et de connectivité infinie, les secrets, loin de disparaître, se portent mieux que jamais. On traverse la campagne, on n’y erre plus, et le paysage est un décor, non plus un contexte. On perd le lien avec la terre et, par conséquent, de nouvelles formes de vie sauvage surviennent. Avec le départ des humains, d’autres récupèrent l’espace. A l’abri des regards, les vipères prennent le pouvoir. Les choses secrètes et cachées prospèrent. » (Pages 226-227)

2 commentaires sur « Passion thriller: Le livre des choses cachées, Francesco Dimitri. »

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