Publié dans éditions De Borée, Passion roman historique, racisme

Passion roman historique: Les hommes aux masques d’argent, Le Livre de raison, Versailles 1680, David Glomot.

« Si la vérité ne te convient pas, considère la comme un mensonge »…Parole pleine de sagesse qui résume parfaitement ce roman passionnant, riche de rebondissements et d’aventures épiques…

L’auteur:

david glomotDavid Glomot, né en 1976, professeur et docteur en histoire, il a décroché son doctorat à l’Université de Toulouse en 2010 avec une thèse intitulée « Héritage de serve condition », une société et son espace : La Haute-Marche à la fin du Moyen-Age.
Il est professeur de géopolitique et d’histoire en classes préparatoires à Limoges.

Familier de la Société des sciences naturelles et archéologiques de la Creuse, il donne des conférences sur l’histoire médiévale creusoise aux Archives départementales. Mais David Glomot est avant tout un passionné de musique rock dont il aime à cacher des allusions dans ses textes. Egalement passionné de jeux de rôles et d’imaginaire, il construit ses récits d’aventures autour de lieux et d’époque au fort pouvoir évocateur, dans la lignée des grands romanciers qui ont bercé notre enfance.

Le roman:

Les hommes aux masques d’argent, Versailles 1680 a été publié par les éditions De Boréeth (3) en 2019, dans la collection Vents d’Histoire. Il constitue le troisième tome d’une même quête, celle du Livre de raison. Le style est fluide, agréable, utilisant un vocabulaire aussi abrupt et cru que l’époque à laquelle se déroule l’intrigue. S’agissant de la suite de Le Trésor du papillon de fer, l’auteur, au cours du second chapitre, rappelle les principales actions précédentes afin de faire le lien avec le présent roman. Attention bien appréciable afin de ne pas se perdre dans les méandres de l’histoire. Néanmoins, Les hommes aux masques d’argent peut se lire indépendamment.

L’intrigue:

Onze ans après les événements narrés dans Le Trésor du papillon de fer, Lizzy, Jethro et leur fils Paddy se sont installées à Amsterdam dans l’espoir de vivre une vie simple et honnête, loin des tumultes de toutes sortes. Mais le destin en a décidé autrement. Vintersorg, ami de Jethro, mortellement blessé, expire dans les bras de Paddy. Qui est cet homme au masque de métal brillant et au nez tranché venu frapper à leur porte? Un malandrin arrivé là par hasard? Cherchait-il quelque chose en particulier?

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Amsterdam

Toujours est-il que Jethro et Lizzy, après l’incendie de leur maison, sont contraints de fuir à nouveau. La seule solution est d’emprunter le navire de Vintersorg et de voguer jusqu’aux Ecréhou, un archipel au large de Saint-Malo afin de retrouver Lemmy l’Avranchin, une connaissance d’Anneke, qui pourrait les faire passer en France.

 

Si Elliott, leur ennemi de toujours, est responsable du meurtre de Vintersorg et de leur fuite, combien de coupeurs de gorges étaient à leurs trousses pour le venger? De combien de temps disposaient-ils pour prendre de l’avance et dissimuler leurs traces?

Pendant leur périple, Paddy lit les aventures de Padraig, son parrain, tour à tour mercenaire, contrebandier ou naufrageur, dans les lettres que ce dernier a envoyées à ses parents jusqu’en 1676, quatre années plus tôt. Un an après leur installation à Versailles, bien que la famille ne prospère pas, chacun semble avoir trouvé une occupation sinon sa place. Pris dans le tourbillon de la grande histoire, les amis parviendront-ils à se retrouver et à échapper aux mystérieux hommes masqués d’argent?

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Versailles

Les personnages:

David Glomot nous offre une galerie de portraits hauts en couleur, à la psychologie et au caractère particulièrement bien composés, rendant le roman vivant.

  • Paddy: onze ans, fils de Lizzy et de Jethro; grand et robuste pour son âge; habile, courageux, honnête et serviable; écrit bien et lit vite.
  • Jethro: père de Paddy, affranchi noir, polyglotte;portefaix et fossoyeur.
  • Lizzy: mère de Paddy; ancienne prostituée; gardienne du précieux Livre de Raison; femme insoumise, indépendante, déterminée, une louve dominante; nourrice et femme de ménage chez Anneke.
  • Krisje: vieille couturière, partage la maison de la famille à Amsterdam.
  • Anneke: patronne et amie de Lizzy, femme d’un riche marchand; huguenote française réfugiée à Amsterdam.
  • Padraig Muricellos: aventurier et mercenaire irlandais, ami de Jethro et Lizzy, parrain du petit Paddy; obsédé par le Livre de raison qu’il veut pouvoir déchiffrer un jour.
  • Elliott: ennemi juré de Jethro et Padraig.
  • Molly: amie de Lizzy à Versailles.

Les lieux:

L’essentiel du roman se déroule en deux endroits: Amsterdam pour la première partie, puis Versailles en 1680, au moment de la construction du château de Louis XIV. Les décors bénéficient d’une mise en scène soignée, riche de nombreux détails, permettant au lecteur de visualiser non seulement les lieux, mais également les odeurs, les habitudes vestimentaires et alimentaires…reconstituant l’époque avec brio.

Amsterdam: capitale où Jethro et Lizzy se réfugient après les événements du précédent roman, afin de se faire oublier des autorités anglaises, « le seul endroit où aucun Anglais ne viendrait les chercher. » (Page 12)…Pourtant, « dans ce port grouillant où toute l’Europe se croisait, Jehtro devait faire profil bas. Ne pas être repéré. Ne pas être le nègre amusant que l’on exhibe » afin de sauvegarder la sécurité de sa femme et de son fils… »Amsterdam était un enchevêtrement de canaux et de bassins, de darses et de formes de radoub. Peut-être le premier port du monde, en tout cas le plus populeux et le plus encombré de marchandises. Les mâtures encroûtées de glace et les cordages d’où pendaient des stalactites bleutées créaient une ambiance presque festive, rappelant les guirlandes et lampions des cérémonies religieuses dont les protestants n’étaient pourtant pas friands. » (Page 50).

Versailles: une description originale qui met autant l’accent sur les détails concrets

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En construction

que sur l’atmosphère, les émotions qui s’en dégagent: « Versailles était la curieuse rencontre entre les canons et les roses, la brutalité et l’élégance, la personnalité double et perverse d’un roi aussi cruel qu’esthète. Ses jardins devaient servir à montrer sa puissance organisatrice, sa maîtrise de la nature: le dieu solaire ordonnant au jaillissement de l’eau, à l’éclosion des bourgeons…En réalité, Versailles restait un immense chaos, un chantier inachevé, aussi bruyant que mal mis en scène. » (Page 220)…

 

Et qui montre l’envers du décor, à travers le regard du jeune Paddy: « Les déchets recommençaient à parfumer Versailles, qui atteignait son point de saturation. S’y entassaient désormais quatre mille courtisans et trente mille ouvriers qui ne mangeaient pas les mêmes plats mais se vidaient de la manière et avec la même régularité. Paddy comprit l’acharnement qu’on mettait à y faire pousser oranger, rosiers, citronniers, lavandes et jasmins. » (Page 225).

Reconstitution historique:

David Glomot apporte un soin tout particulier à reconstituer les aspects les plus divers et les plus inattendus de cette fin de XVIIe siècle, le cadre et les conditions de vie des petites gens: « Le marmot leur fit signe de le suivre. Portant sur son visage tous les malheurs du monde, il les fit prestement marcher dans un labyrinthe de rues gluantes et d’escaliers glissants…Le quartier était maintenant régulièrement débarrassé de ses marauds par de brutales visites de la maréchaussée. Le pouvoir n’avait aucune pitié pour les âmes qui se putréfiaient dans ce gourbi. Le roi Louis détestait Paris, au point de vouloir abandonner le Louvre pour Versailles… » (Page 164).

La situation du royaume: 

Position et intentions du roi Louis XIV qui, après le décès de Fouquet dans ses geôles, « triomphait de tout: les ministres retors crevaient embastillés; les nobles rebelles connaissaient la disgrâce ou se métamorphosaient en serviles courtisans aussi précieux que ridicules. Le clergé? Il filait doux. Le peuple? Il payait l’impôt et œuvrait sur les multiples chantiers de Sa Majesté. Le roi, détesté de tous, et son éminence grise Colbert s’imposaient comme les arbitres de la politique européenne. » (Page 155).

Et la situation internationale: 

« Tous savaient que les tensions montaient entre les marines européennes. L’Angleterre pérorait en multipliant les prises dans l’Atlantique, mais la flotte du roi Louis intimidait de plus en plus…et l’Espagne avait encore la couenne dure. » (Page 153).

En conclusion:

art-3512198__340Les hommes aux masques d’argent est un roman foisonnant, riche de nombreux détails et de descriptions aussi frappantes que passionnantes, offrant un récit tout à fait passionnant. Il donne néanmoins une vision très réaliste et sans concession de cette époque brutale dont le quotidien était tissé par les bassesses, l’hypocrisie, l’ivrognerie, la corruption, la crasse, la cruauté, la violence et l’indifférence…En somme, toutes ces facettes peu ragoutantes de l’humanité !!

Le +: l’histoire de Padraig racontée à travers les lettres qu’il envoie à ses amis…Pendant que ces derniers vivent leurs propres aventures avec en suspens cette question: parviendront-ils un jour à se retrouver? Si oui, dans quelles circonstances?

Citations:

« Jehtro n’était pas rancunier, il était même plutôt du genre rationnel, méthodique et objectif. Il savait que si un Blanc dépourvu de tout avait débarqué dans son village africain, on lui aurait donné à faire des tâches de femmes et des métiers humiliants; c’était le lot de tout nouveau venu. Commencez en bas, faites vos preuves! Mais combien d’années deviez-vous passer à faire vos preuves pour être accepté lorsque votre couleur de peau, elle, ne changeait pas? » (Page 21).

« En tout et pour tout, leu errance dans le froid et la brume dura sept semaines. Ils dérivèrent, car un homme seul, blessé au bras, avec un vague mousse nauséeux, ne pouvait rien tenter de glorieux. » (Page 64).

« Non, on ne mange pas de porc pour des raisons fiscales. Notre religion, autant que la tienne, est le meilleur moyen d’asservir les gens et de pousser les frères à s’entre-tuer, après avoir renié leurs parents et trahi leurs conjoints. La religion sert à faire payer la populace abrutie, pour qu’elle engraisse les religieux…Le Saint Coran interdit le porc pour mieux enrichir imams et émirs. Le porc ne donne que sa viande, alors que la brave brebis donne du lait et de la laine, la vache donne du lait et sa force de travail…Bref, on peut faire payer des impôts en laine, en fromage, en corvées de labours. » (Page 84).

« La politique comme la religion sont nées de la rencontre entre le premier des menteurs et le premier des naïfs. Au moins, nous, voleurs, sommes honnêtes. » (Page 170).

« Le passé est une prison, surtout pour les déracinés nostalgiques, Limousins ou Africains comme vous. Pour pigeonner les gens solitaires venus de loin et malheureux ici, il faut entrer dans leur tristesse par la porte de l’amitié. On se méfie toujours moins des compatriotes et des confrères. » (Page 227).

 

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