Publié dans éditions l'Archipel, cadavre, disparition d'adolescent, enquête criminelle, justice, Passion thriller

Passion thriller: Une pierre dans le coeur, Phillip Margolin.

Un des premiers romans d’un auteur de thrillers américains qui, depuis, a fait son chemin. Une belle (re)-découverte…

L’auteur:

th (1)Phillip Margolin, né à New-York en 1944, est un écrivain américain auteur de romans policiers et de « legal thrillers ». Après des études à l’université de Washington, il obtient son diplôme de droit en 1965. Deux ans plus tard, il entame une carrière d’avocat à Portland où il plaide de nombreuses affaires de femmes battues jugées pour homicide.

En 1978, il publie son premier roman Une pierre dans le coeur. Ses autres romans se situent tous dans le milieu judiciaire qu’il connaît parfaitement.

Le roman:

Une pierre dans le coeur, Heartstone en version originale parue aux USA en 1978, a été publié en 2000 par les éditions l’Archipel dans la collection Les Maîtres du suspense, puisth (2) réédité l’année suivante par les éditions Pocket. Le style sobre et précis démontre, dans ce premier roman, le sens du détail dont fera preuve Phillip Margolin dans ses romans ultérieurs: le récit se déroule lentement, comme un film au ralenti, suivant les procédures à la lettre, sans jamais ennuyer son lecteur: « La voiture de Roger s’arrêta derrière eux. Ensemble, ils gagnèrent le porche. Qu’importe s’ils n’étaient pas les bienvenus. La plupart des invités étaient des connards, des intellos, bref, des gens que la simple présence des Coolidge mettait mal à l’aise. Cette sensation procurait à Bobby un certain plaisir. Il frappa brutalement à la porte. Un garçon vêtu de blanc leur ouvrit. En les reconnaissant, il s’assombrit. » (Page 37).

L’intrigue:

William Holloway, SDF, alors qu’il est mourant, revient à Porsmouth, Virginie, afin de soulager sa conscience en révélant au procureur général Albert Caproni l’identité de l’assassin d’Elaine Murray, tuée sept ans plus tôt. L’inspecteur Schindler rouvre le dossier.

téléchargement (7)Sept ans plus tôt, novembre 1960: le jeune Richie est retrouvé mort le visage en bouillie, le crâne enfoncé, une vingtaine de coups de couteau criblant son corps, témoignant de l’acharnement du tueur, même après la mort du jeune homme. Sa petite amie, Elaine, qui se trouvait dans la voiture au moment de l’agression, est portée disparue puis, une semaine plus tard, retrouvée morte elle aussi. Qui a tué ces deux adolescents sans histoire, populaires et admirés de tous?

S’agit-il d’une vengeance? D’un règlement de compte? D’une histoire de jalousie? Ray Schindler et son co-équipier mènent l’enquête mais ils ne disposent d’aucun indice, aucun mobile et aucun suspect. Obnubilé par cette affaire qu’il prend trop à cœur, Schindler est persuadé que les frères Coolidge sont les coupables. Finalement, l’enquête lui est retirée puis classée.

1967: d’ordinaire, l’inspecteur Schindler ne prend pas de gants et ne recule devant aucun moyen de parvenir à ses fins. Mais cette fois, l’intimidation ne suffira pas. Schindler devra se montrer patient et diplomate face aux sombres secrets que son enquête mettra au jour.

Les personnages en 1960:

portsmouth
Portsmouth
  • Roy Schindler: inspecteur de police à la brigade criminelle; caractère imprévisible, peut se montrer charmant ou tout le contraire; solitaire, célibataire.
  • Elaine Murray:fille du docteur Murray, petite amie de Richie.
  • Richie Walters: beau, riche, bonnes manières; excellent sportif, très bons résultats scolaires.
  • William Holloway: petit voyou.
  • Bobby Coolidge: petit voyou; frère de Billy; plus humain que son frère bien qu’il soit violent, intelligent mais pas intéressé par l’école.
  • Billy Coolidge: frère de Bobby; plus dur que son frère, dénué de toute moralité.
  • Harvey Marcus: équipier de Schindler.
  • Esther Freemont: copine de lycée.
  • Bande des Cobras: se rend parfois dans un quartier noir de la ville, histoire de s’amuser à terroriser un ou deux gamins =>La bande donne à ses membres paumés un statut social, ils se sentent importants, plus forts que les gosses de riches du lycée.

Les lieux:

forest-1622696__340Lookout Park, lieu du meurtre, un parc de plus de cent cinquante hectares, couvert de buissons et de bois, ainsi que de nombreux fossés, ce qui ne facilité pas la recherche du cadavre d’Elaine puis d’indices: « Un chemin de terre grimpait vers le pré, qui suivait ensuite une pente douce menant à un talus recouvert de ronces. » (Page 64).

En conclusion:

Le +: Phillip Margolin montre parfaitement la co-existence de deux mondes et ses conséquences possibles: celui des « pleins aux as », habillés à la dernière mode, possédant voitures et maisons luxueuses; et celui, à seulement quelques mètres, de ceux qui luttent non pour vivre décemment mais pour survivre, s’immergeant dans l’alcool et la malbouffe: « Bobby les détestait. Il trouvait injuste que tout leur tombe du ciel, à ces petits cons, alors que son frère et lui devaient trimer comme des bêtes. C’était comme ça depuis la mort de leur père. Ils vivaient chichement et regardaient leur mère picoler. » (Page 38).

Un premier roman puissant, donnant un aperçu du talent de l’auteur pour analyser le

skyline-1101606__340
Portsmouth nuit

processus psychologique de la violence, d’hommes et de femmes en perdition en arrivant à commettre des actes irréparables. Une enquête bien ficelée, ne négligeant aucun des aspects procéduriers, ni les rouages de la police et de la justice. Des personnages complexes dont on se plaît à tenter de comprendre les motivations.

Citations:

« Marcus feuilleta le volumineux dossier que Schindler avait posé sur son bureau, trois quarts d’heure auparavant. Il contenait des rapports de police, des notes du service de protection juvénile et un bilan psychiatrique des frères Coolidge. On y décrivait deux adolescents violents, défavorisés, nourrissant un vif ressentiment envers une société qu’ils ne parvenaient pas à intégrer. » (Page 91).

« Il ignorait pourquoi il s’était tourné vers la police. Dans un premier temps, déstabilisé par les tensions et le danger inhérents à son nouveau métier, il s’était beaucoup interrogé sur son choix. Peut-être espérait-il inconsciemment démasquer l’assassin de son frère? Peut-être le fait de travailler la nuit lui fournissait-il un prétexte pour dormir toute la journée, tandis que ses parents erraient dans l’appartement comme des âmes en peine. » (Page 71).pierre coeur

« Bobby était décidément un être étrange. Rien à voir avec les garçons qu’elle fréquentait au lycée. Cela faisait d’ailleurs partie de son charme. Sa maturité, ses relations. La plupart de ses amis étaient des anciens du Vietnam…Cette complexité était une autre facette de son charme. Ses anciens petits amis étaient trop simples, tous issus d’un même moule. Des garçons riches et oisifs. Bobby, lui, était indéchiffrable. Ou presque. Il avait des jardins secrets, des zones d’ombre… » (Page 185).

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